CHAPITRE XIX
Georges Mareschal premier-chirurgien de Louis XV; le duc d'Orléans régent; lettres de maintenue de noblesse accordées à Georges Mareschal; son fils Louis et son petit-fils Louis-François nommés gentilshommes ordinaires du roi; fonctions de cette charge; les « entrées » chez le roi; « brevet d’entrées » délivré à Louis Mareschal; il reçoit une charge de maître d’hôtel du roi et cède à François de la Peyronie sa survivance de premier-chirurgien.
François Mareschal nommé conseiller clerc au Parlement de Paris; exil du Parlement à Pontoise, en 1720. — François recoit du régent l’abbaye de Bellefontaine.
Parmi les charges de la maison du roi, celle de premiermédecin changeait seule de titulaire à la fin de chaque règne : la disparition de Louis XIV ne modifiait donc pas la situation de Georges Mareschal et de son fils aîné, maintenant premierschirurgiens du jeune Louis XV.
Au cours de la minorité, les décisions royales sont prises « de l’avis de M. le duc d'Orléans, régent » : en réalité, le régent était chef absolu du gouvernement. [l n’oubliait pas lattitude de Mareschal au moment de la mort subite des princes, et saisit toutes les occasions de lui en témoigner sa reconnaissance.
Pendant les vingt-cinq dernières années de son règne, Louis XIV, réduit aux expédients financiers, avait plusieurs fois vendu des lettres de noblesse : quelques jours avant sa mort, 1l Jugea que les nouveaux bourgeois-gentilshommes ne méritaient pas de conserver plus longtemps leurs privilèges, et, par édit d'août 1715, 1l les replongea dans leur roture, sans toutefois restituer leurs écus : les acheteurs de noblesse étaient gens impopulaires, et l’édit, malgré son injustice, provoqua la joie maligne des contemporains. « Voulons et nous plaît, disait le roi, que nonobstant tous les anoblissements que nous avons accordés depuis le {er janvier 1689, par lettres moyennant finance, en conséquence de nos édits du mois de
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mars 1696, mai 1702 et décembre 1711, ou autrement, lesquels nous révoquons, éteignons et supprimons, tous les particuliers que nous avons anoblis depuis le dit jour Î janvier 41689, ensemble les enfants et descendants de ceux des dits anoblis qui sont décédés, à la réserve de ceux que nous jJugerons à propos d’excepter en considération des services importants rendus à l'Etat, soient imposés à la taille et autres impositions et charges publiques, et à cet effet compris à l’avenir dans les rôles des villes, bourgs et paroisses, taillables de leur résidence, à proportion de leurs biens, tenures et facultés, et ce, à commencer du 1 octobre de la présente année 1715. »
Le cas de Georges Mareschal, admis gratuitement en 1707 dans le deuxième ordre de la nation, était visé par les mots « où autrement »; il devait donc solliciter de Sa Majesté le bénéfice de l’exception prévue par l’édit. Mais, dès la signature de cet acte, Louis XIV tomba malade, puis son état s’aggrava, et, jusqu’au 1% septembre, le chirurgien ne songea pas à produire sa réclamation. Vinrent ensuite les difficultés de la régence. Quand le duc d'Orléans eut enfin nommé les nombreux membres des sept conseils remplaçant les ministres, Georges Mareschal se rendit chez M. Roujeault, commissaire chargé d'examiner l’opportunité de la confirmation des nouveaux anoblissements (1), et lui remit une demande de « maintenue de noblesse ». Le 11 février 1716, sur l’avis favorable du régent, le Conseil « du dedans », présidé par le duc d’Antin, rendait l’arrêt suivant :
Vu par le roi étant en son Conseil les lettres patentes du mois de décembre 1707, enregistrées où besoin a été, par lesquelles le feu roi, son bisaïeul, voulant récompenser les services importants que Georges Mareschal, son premier-chirurgien, lui a rendus et au publie, l’aurait anobh, lui et ses enfants et descendants nés et à naître en légitime mariage, ainsi qu'il est plus au long porté par les dites lettres; l’édit du mois d’août 1715 par lequel il est dit, entre autres choses, que tous les anoblissements accordés depuis le 1x janvier 1689, par lettres moyennant finance en conséquence des édits des mois de mars 1696, mai 1702 et décembre 1711, ou
(1) Almanach royal de 1716, p. 59 et 60.
autrement, seront et demeureront révoqués, éteints et supprimés; requête présentée à Sa Majesté par le dit sieur Mareschal, contenant qu’encore que cette révocation ne puisse et ne doive concerner en quelque manière que ce soit ceux qui ont été anoblis sans aucune finance, mais en considération de services distingués, connus et rendus au feu roi et sous ses yeux,comme ceux du dit sieur Mareschal, qui continue actuellement de les rendre à Sa Majesté en la même qualité de son premier-chirurgien, néanmoins, pour obvier à toutes les difficultés qui pourraient lui être faites à l’avenir en vertu du dit édit du mois d’août 1715, 1l suppliat très humblement Sa Majesté de vouloir sur ce lui pourvoir, à quoi ayant égard, ouï le rapport et tout considéré :
Sa Majesté étant en son conseil, de l’avis de M. le duc d'Orléans, régent, a déclaré et déclare que la révocation faite par lédit du mois d’août dernier des anoblissements accordés depuis le {er janvier 1689, par lettres moyennant finance ou autrement, ne concerne en aucune manière les lettres d’anoblissement accordées au dit sieur Mareschal au mois de décembre 1707, en considération de ses services, Sa Majesté les ayant en tant que de besoin exceptées de la dite révocation. Veut et entend Sa Majesté que le dit sieur Mareschal, ensemble ses enfants et postérité nés et à naître en légitime mariage, jouissent de tout l'effet et contenu aux dites lettres, sans pouvoir y être troublés et inquiétés sous prétexte du dit édit, et que pour l'exécution du présent arrêt toutes lettres patentes nécessaires leur soient expédiées.
Signé : Voysin et le duc d’ANTIN (1).
Le même jour, deux autres anoblissements furent confirmés : celui de Jacques Gabriel, l'architecte du Pont Royal à Paris, et celui du chirurgien Bessière.
Le dernier paragraphe de l'arrêt prévoyait l’expédition de lettres patentes devant assurer son exécution. Mais, autrefois, les dossiers dormaient de longues années dans les cartons des chancelleries, et les lettres de maintenue de noblesse ne parurent qu’en 1743 : à cette date, le premier-chirurgien était mort depuis sept ans; ce fut son fils, Georges-Louis Mareschal, seigneur châtelain de Bièvre, qui les reçut. L’acte royal, dont la négligence « des secrétaires du rol, maison, couronne de
(1) Archives nationales, E 1984. Chaque arrêt des sept conseils était contresigné par le chancelier Voysin, garde des sceaux de France.
France et de ses finances » retarda la rédaction pendant près de trente ans, est ainsi conçu :
Lettre de maintenue de noblesse pour Georges-Louis Mareschal, chätelain de Bièvre-le-Châtel.
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à nos amés et féaux conseillers, les gens tenant notre Chambre des comptes à Paris, présidents, tréscriers de France au bureau de nos finances établi au même lieu, salut.
Notre cher et bien-amé Georges-Louis Mareschal, écuyer, châtelain de Bièvre-le-Châtel, nous a exposé que le feu roi, notre très honoré seigneur et bisaïeul, voulant récompenser les services 1mportants que le sieur Georges Mareschal, son premier-chirurgien, lu: a rendus et au public, l’a anobli, lui, ses enfants et descendants nés et à naître en légitime mariage, par lettres patentes du mois de décembre 1707, dûment registrées; mais, par édit d'août 1715, tous les anoblissements accordés depuis le 1 janvier 1689, par lettres moyennant finance, en conséquence des édits des mois de mars 46906, mai 1702 et décembre 1711, ou autrement, ayant été révoqués, éteints et supprimés, le sieur Georges Mareschal nous a fait ses représentations, sur lesquelles nous avons pourvu par arrêt rendu en notre Conseil le 11 février 1716, et en même temps ordonné que, pour son exécution, toutes lettres patentes nécessaires seraient expédiées; mais le sieur Mareschal étant décédé sans les avoir obtenues, exposant, son fils, nous a très humblement supplié de les lui accorder.
À ces causes, voulant favorablement traiter exposant, de l'avis de notre Conseil qui a vu copie des lettres d’anoblissement accordées au feu sieur Mareschal au mois de décembre 1707, dûment registrées, et le dit arrêt du 11 février 1716, qui sont ci-attachés sous le contre-scel de notre chancellerie et, conformément à icelui, nous avons déclaré et déclarons que la révocation, faite par l’édit du mois d'août 1715, des anoblissements accordés depuis le 1* janvier 1689, par lettres moyennant finance ou autrement, ne concerne en aucune manière les lettres d’anoblissement accordées au dit feu sieur Mareschal au mois de décembre 1707, en considération de ses services, les ayant, en tant que de besoin, exceptées de la dite révocation; voulons et entendons que lPexposant, ensemble ses enfants et postérité nés et à naître en légitime mariage, jouissent de tout l’effet et contenu aux dites lettres, sans pouvoir y être troublés et inquiétés sous prétexte du dit édit.
Si vous mandons que ces présentes vous fassiez registrer, et du contenu en icelles faire jouir et user les exposants, pleinement et paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements, et nonobstant toutes choses à ce contraires.
Car tel est notre plaisir.
Donné à Versailles, au mois de juin, l’an de grâce 1743, et de notre règne le vingt-huitième.
Signé : Louis, et plus bas, par le roi, PRÉLyPEAUx (1).
Il ne manquait plus qu’une formalité, celle de l’enregistrement de ces lettres à la Chambre des comptes : six mois suffirent à l’accomplir, et, le 10 février 1744, le greffier en chef Ducornet inscrivait au bas du document la mention suivante « Registrées en la Chambre des comptes, oui le procureur général du roi, pour jouir par limpétrant, ses enfants et postérité, nés et à naître en légitime mariage, de l'effet et contenu en icelles, et être exécutées selon leur forme et teneur. »
Si Georges Mareschal avait mis tant d’empressement à obtenir du régent le maintien de sa noblesse, c’est qu'il n’agissait plus seulement pour lui et ses enfants : Louis Mareschal était maintenant père d’un fils, Louis-François (2), et de deux filles, Louise-Catherine et Marie-Anne; au moment de la signature de l’arrêt de 1716, la belle-fille du premier-chirurgien commençait une nouvelle grossesse.
Ayant assuré la condition sociale de ses descendants (3), Mareschal utilisa son crédit auprès du régent pour procurer à son fils aîné des fonctions plus en rapport avec ses goûts. Bien qu’il possédât depuis dix ans la charge de premier-chirurgien survivancier, Louis Mareschal ne montrait aucun attachement pour sa profession : il y réussissait médiocrement, car les mémoires du temps ne conservent le souvenir d’aucune opération pratiquée par lui; aussi cherchaitl à vendre sa survivance.
(1) Archives nationales, P 2593, fo 14.
(2) Le 16 juillet 1712, il avait perdu un autre fils, nommé Georges-Jacques. (Archives municipales de Versailles, registres paroissiaux.)
(3) Soixante-dix ans plus tard, le contrôleur des finances Bertin écrivait au généalogiste Chérin : « Ce 11 mai 1785. Le ministre vient de décider, monsieur, que le droit de confirmation de noblesse, impos“ par l’édit d'avril 1771, n’était pas dû par les descendants du sieur Mareschal, premier-chirurgien de Louis XIV. Je m’empresse de vous en informer, pour que vous puissiez en faire part aux parties intéressées, en vous renvoyant en même temps l’arrêt du 11 février 1716, joint au mémoire. » (Bibliothèque nationale, mss.; Chérin, vol. 130, dossier 2668.)
Mais, en attendant une occasion favorable, le jeune homme, qui ne « suppléait » presque jamais, pouvait facilement remplir un autre emploi de Cour : une charge de gentilhomme ordinaire du roi étant devenue vacante au mois de mai 1716, Georges Mareschal l’obtint pour son fils.
M. Belluchau de Villiers se démettait volontairement; or, l'office de gentilhomme ordinaire du roi valait couramment cinquante mille livres, soit plus de deux cent mille francs (1). Malgré les termes du brevet, dans lequel le roi paraît faire don de la charge à Louis Mareschal, il est donc certain que M. de Villiers lui vendait sa succession, sous réserve de l’agrément du régent.
Les officiers de la maison du roi ambitionnaient un brevet de « retenue » ou de survivance, leur assurant un remboursement partiel ou total du prix de leur charge : Louis Mareschal reçut pareille faveur le jour même de sa nomination. En l’agréant pour successeur de M. de Villiers, le régent accordait à son fils Louis-François, âgé de trois ans à peine, la survivance de la charge (2).
Les gentilshommes ordinaires du roi, créés par Henri III, furent d’abord au nombre de quarante-cinq (3); Henri IV n’en conserva que vingt-quatre; au commencement du règne de Lous XV, on en comptait vingt-six, servant par semestre, au lieu de le faire par trimestre comme les maîtres d'hôtel. L'état de la France de 1718 donne les noms des nouveaux collègues de Louis Mareschal :
Gabriel de Racapé, sieur de Ménil;
Charles Ancelin;
Jean Lériget de la Faye, sieur de Varambon:;
Jean-Baptiste de Ponts;
Charles de Creil, sieur de Grandmesnil;
François Bourdelin de Rumilly;
Louis de Massol, marquis de Collonge; |
Louis Orceau, sieur d’Itteville;
Pierre Gagnat Saint-Andriol, sieur de la Couronne;
(1) Nouveau Mercure, numéro de mai 1718.
(2) Voir à |’ Appendice n° 4 le brevet qui lui fut délvré à cette occasion (6 mai 1716).
(3) Dumas père s’est inspiré de cette création dans son roman les Quarante-cinq-
GEorGes-Lours MARESCHAL SEIGNEUR DE BIEVRE Gentilhomme ordinaire ét Maître d'hotel du roi TE BEN NTI)
( d'apres un pastel de Blumberque, appartenant à
M.Moisson Mareschal de Monteclain)
Plon-Nounrit & Gi? Edit
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