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LES « ENTRÉES » CHEZ LE ROI

le règne précédent. Si le régent ne voyait aucun inconvénient à permettre « l'entrée libre en toutes occasions » chez un souverain de six ans, le premier-ministre Dubois fit rapporter tous les brevets après le sacre. Au mois de mars 1723, il réglait à nouveau l'étiquette de la chambre royale : les « entrées familières » donnèrent accès chez le roi à toute heure du jour et en tous lieux, sauf quand il travaillait avec ses ministres; les grandes et premières entrées conférèrent les mêmes droits qu'autrefois. Les élus aux précieuses « entrées familières » étaient en petit nombre : leur liste contient les princes du sang, le cardinal Dubois, l’évêque Fleury, précepteur du roi, le premier-médecin, le premier-chirurgien Georges Mareschal avec son nouveau survivancier, le premier-valet de chambre Blouin, le barbier ordinaire Binet, la nourrice du roi et enfin Louis Mareschal. Le nom de ce dernier est omis par le Mercure galant (1), et Mathieu Marais cite seulement « Mareschal fils » parmi les bénéficiaires des grandes entrées (2) : mais l’Etat de la France de 1727, document quasi-officiel où l’on trouve une description détaillée du cérémonial de la Cour, le désigne comme jouissant effectivement des entrées privilégiées.

Le 5 mai 1710, Georges Mareschal avait vendu son office de maître d'hôtel à M. Le Vasseur, conseiller-maître en la Chambre des comptes : au commencement du mois d’octobre 1716, M. Le Vasseur mourut, et le duc d'Orléans, témoignant une troisième fois sa bienveillance à Louis Mareschal, lui donna l’emploi vacant : c'était un présent de cent mille livres, car l’ancien titulaire ne possédait ni brevet ni survivance, et la charge dépendait de Sa Majesté (3). A la date du 5 octobre 1716, on lit dans les registres de la maison du roi : « Retenue de maître d'hôtel du roi pour le sieur Mareschal, gentilhomme ordinaire de Sa Majesté, par le décès de Gabriel-Henry Le Vasseur (4). »

Ainsi, dès la seconde année de la régence, Louis Mareschal exerçait à la fois trois charges auprès de Louis XV. Depuis 1710,

(1) Numéros de mars et de mai 1728.

(2) Mémoires, t. II, p: 427.

(3) On se rappelle que, sur les douze charges de maîtres d’ hôtel, quatre étaient à la nomination du grand maître de la maison du roi, qui les vendait à son profit, tandis que Sa Majesté donnait les siennes.

(&) Archives nationales, O1 60, fo 147: (Le copiste du roi a jugé inutile de transcrire le corps de l'acte.)

le personnel des maîtres d'hôtel s’était en partie renouvelé : seuls, MM. d’Igny, d’Appougny, Quentin de Champlost, Gangnot d’Arzilliers, Payen de Montmort et Ricouart d’'Hérouville servaient encore; Louis Mareschal eut pour autres collègues : Pierre du Mans, sieur de Verclé, chevalier de l’ordre de Saint-Lazare; Jacques de la Porte de Séligny; Louis de Verton, sieur de Saint-Germain; Georges Bertrand de Remond,et François Raffy de Bazoncourt, capitaine au régiment Royal-Roussillon (1).

Louis Mareschal conserva les fonctions de maître d’hôtel du roi jusqu’au 29 mai 1725, époque à laquelle il vendit la charge. Il participa donc au cérémonial du magnifique repas servi le jour du sacre de Louis XV à Reims, le 25 octobre 1722. Ce furent les grands officiers de la couronne qui tinrent les plus modestes emplois. Le cortège de la « viande », habituellement conduit par le maître d'hôtel en quartier, était cette fois somptueusement organisé : d’abord marchaïent, jouant des fanfares, les hautbois, les trompettes et les flûtes de la chambre du rot, suivis des six hérauts d’armes; puis venaient le marquis de Brézé et M. des Granges, grand maître et maître des cérémonies; Louis Mareschal et ses onze collègues suivaient deux à deux, le bâton fleurdelisé en main; derrière eux, M. de Saint-Eugène et le marquis de Livry, maïître d’hôtel ordinaire et premiermaitre d'hôtel, précédaient le prince de Rohan, faisant fonction de grand maître de la maison du roi (2). Alors seulement marchaient, portant les plats destinés au roi, le duc de Brissac, grand panetier de France, et les gentilshommes servants (3). À la table royale, le prince de Rohan, représentant le duc de Bourbon, eut l’honneur d’offrir la serviette à Sa Majesté. L’Æ£tat de la France de 1727 consacre de nombreuses pages à la description de ce festin.

En 1719, Louis Mareschal se défit enfin de sa plus ancienne charge, en la cédant à un praticien dont la réputation croissait tous les jours, François Gigot de La Peyronie. Fils d’un chirurgien de Montpellier, la Peyronie était né dans cette ville le

(1) Etat de la France de 1718.

(2) Le duc de Bourbon, grand maître, était auprès du roi comme prince du sang.

(3) Au grand couvert, les gentilshommes servants portaient une serviette sur

l’épaule : le duc de Brissac, à leur imitation, se chargea de cet accessoire pendant le festin du sacre. (Mémoires de Luynes, t. IT, p. 321.)

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