FRANÇOIS GIGOT DE LA PEYRONIE
15 janvier 1678. À peine âgé de dix-neuf ans, il se fit recevoir dans la Communauté de Montpellier, et, comme Paris l’attirait, il obtint de son père l’autorisation de passer quelques années auprès d’un confrère de Saint-Côme; ses ressources lui permettaient d'entrer chez l’un d’eux, non pas comme garçon chirurgien, mais comme étudiant libre :
«M. de la Peyromie eut le bonheur, lit-on dans son Eloge, d’être reçu pensionnaire chez M. Mareschal, alors chirurgien en chef de lPhôpital de la Charité, depuis premier-chirurgien du roi. L’amitié d’un grand homme est aussi précieuse que les talents de la nature. M. de la Peyronie sut se rendre digne de celle de M. Mareschal. Cet illustre chirurgien se fit un plaisir de lui communiquer ses lumières, malgré le pressentiment qu'il pouvait avoir dès lors que, en formant un pareil disciple, il se donnait un émule redoutable. On juge aisément des connaissances dont M. de la Peyronie s’enrichit à l’école d’un tel maitre. Il eût retiré assez de fruits de son voyage à Paris en se bornant à entendre les leçons et à voir les opérations de M. Mareschal, mais un esprit de la vivacité du sien fut avide de tout apprendre dans une ville qui offre tant de ressources à la docte curiosité : 1l prit une teinture de tous les arts (1). »
Un autre panégyriste de la Peyronie, M. de Ratte, écrit à son tour : « Pendant son séjour à Paris, il fit avec Mareschal une liaison des plus étroites, à laquelle il fut en partie redevable d’une infinité de nouvelles lumières sur la pratique de sa profession (2). »
Le jeune homme retourna dans sa ville natale : en 1714, Mme de Saissac et le chevalier de Luynes l’appelèrent à Paris sur le conseil de Chirac pour traiter le duc de Chaulnes (3). La Peyronie fut accueilli avec bienveillance par son ancien maître, devenu chef de la chirurgie. Appréciant son caractère et ses talents, Mareschal lui prédit un brillant avenir s’il se fixait à Paris. Aussi, dès 1715, la Peyronie entrait-il à Saint-Côme par l'acquisition d’une charge de « chirurgien de la prévôté de Paris », puis il ouvrit boutique rue Saint-Benoît. L'année sui-
(1) Eloge prononcé à l’Académie de chirurgie. (Mémoires de l’ Académie, t. IV, p. LXXXIIL.)
(2) Eloge de M. de la Peyronie, prononcé à la Société royale des sciences de Montpellier.
(3) Futur maréchal de France.
vante, Dangeau signale d’un mot la réputation dont il Jouissait déjà; après avoir parlé d’un duel entre M. de Villette et M. de Jonsac, le mémorialiste écrivait le 8 avril 1716 : « On a voulu mettre la Peyronie, «fameux chirurgien, » en prison pour n’avoir pas averti qu'il avait pansé M. de Villette, mais 1l a trouvé moyen de se justifier. » Les statuts des maîtres de Saint-Côme leur imposaient l’obligation négligée par la Peyronie : si le chirurgien échappa aux mesures de rigueur qui assuraient le respect des édits contre le duel, il le dut à la protection de Georges Mareschal.
Le premier-chirurgien du roi aimait à se faire accompagner, dans les consultations difficiles, par son ancien pensionnaire. ÇOn me fit lundi, écrit Dangeau le 22 avril 1717, une opération fort douloureuse entre les deux mamelles, par le conseil de M. Mareschal; Ledran et la Peyronie y étaient présents. » Le poste de chirurgien ordinaire de l’hôpital de la Charité étant devenu vacant, Georges Mareschal obtint du prieur des frères que la Peyronie fût choisi pour le remplir. Enfin, 1l Jugea que nul autre n’était plus apte à recueillir sa succession auprès du roi, et il lui offrit la survivance de sa charge, que Louis Mareschal ne voulait plus conserver. Acceptant avec reconnaissance cette proposition, la Peyronie reçut, le 6 janvier 1719, le brevet ci-après :
De par le roi,
Notre premier-médecin, premier-maitre et maître ordinaire de notre hôtel, maïîtres et contrôleurs de notre chambre aux deniers, salut.
Le feu roi, notre bisaïeul, considérant lPimportance de la charge de notre premier-chirurgien, ayant le premier homme de Part en cette qualité en la personne du sieur Georges Mareschal, 11 Jugea à propos de s’assurer pour cette charge, en cas qu’il vint à manquer, d’un successeur élevé de sa main, et, par ses lettres du 25 octobre 1706, il en pourvut en survivance Georges-Louis Mareschal, son fils; il a été servi Jusqu'à sa mort de l’un et de l’autre avec la même fidélité et la même affection qu’ils continuent d’avoir près de notre personne, mais, la santé de Georges-Louis Mareschal ne répondant ni à sa capacité n1 à son zèle, et préférant notre intérêt au sien, 1ls nous ont supplé l’un et l’autre de jeter les yeux sur un sujet propre à succéder au sieur Georges Mareschal; et, bien informé de la capacité et de