‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 69 sur 182 · LES CONSEILLERS AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

LES CONSEILLERS AU PARLEMENT

comme ayant un frère compromis dans la même affaire (1).

Devenu commendataire de l’abbaye de Bonnefontaine, François Mareschal avait étudié le droit : en 1718, il acquit le grade d'avocat en Parlement et consigna le prix d’une charge de conseiller. Il était parmi les premiers à pourvoir quand l’abbé Robert, conseiller clerc en la grand’chambre, manifesta l'intention de céder son siège : l’abbé, magistrat depuis le 2 mars 1671, c’est-à-dire depuis près de quarante-huit ans, voulait goûter un repos légitime. Saint-Simon l’immortalise dans ses Mémoires, à propos d’une aventure amusante survenue au duc de Richelieu, lors de la séance tenue au Parlement en 1713 pour la renonciation des princes français au trône d’Espagne : ce fut grâce à l’abbé Robert que le vieux duc put sortir de la grand’chambre, malgré « l’entassement de la foule », pour aller rendre un lavement malencontreusement conservé (2).

Admis par Messieurs du Parlement (3), M. de Bonnefontaine obtint facilement l’agrément du régent, et le conseiller Robert Jui céda sa charge pour la somme de quarante-cinq mille livres. Le 26 mai 1719, il recevait ses lettres de nomination (4), et, ayant présenté une requête au Parlement, il fut convoqué à la séance du 23 août 1719 : la grand’chambre, présidée par Potier de Novion, entendit le rapport rédigé par le conseiller Gaspard Brayer de la Motte, puis elle décida que « le sieur François Mareschal serait reçu au dit état et office de conseiller clere en la Cour, pourvu qu'il en soit trouvé suffisant et capable, en prêtant le serment en tel cas requis et accoutumé, lui préalablement examiné (5) ». Le président prit un code et l’ouvrit au hasard : lisant le passage sur lequel il était tombé, il annonça que le jeune avocat serait interrogé le 1% septembre sur la loi 13, a marito cod. de donationibus inter virum et uxorem.

Le sort traitait singulièrement l’abbé en l’obligeant à discourir sur «les donations entre mari et femme ». Cependant,un tel sujet ne l’embarrassa pas, et, au jour dit, M. de Bonnefontaine subit son examen devant toutes les chambres réunies,

(1) Journal de Barbier, t. I, p. 251.

(2) Mémoires, t. XIV, p. 354, et t. X, p. 469.

(3) On appelait ainsi,ou simplement « Messieurs », les membres de cette assemblée.

(4) Voir à l’ Appendice n° 6.

(5) Archives nationales, X1a 8437, fo 73.

à la satisfaction de « Messieurs ». Trouvé «suffisant et capable » sur la loi désignée, ainsi que « sur les livres de droit, de théorie et de pratique du droit français », il prêta serment et fut admis à exercer sa charge (1).

Bien que son vendeur fit partie de la grand’chambre, c’est à la « deuxième des enquêtes » qu’entra François Mareschal. Lorsqu'un siège de la grand’chambre devenait vacant, on l’attribuait au plus ancien conseiller des enquêtes, qui cédait sa place au nouvel acquéreur.

Les membres du Parlement jouissaient de nombreux privilèges honorifiques. Réputés nobles, ils transmettaient la noblesse à leurs enfants s’ils mouraient revêtus de leur charge, ou s'ils l’exerçaient pendant vingt ans. Cet avantage intéressait peu M. de Bonnefontaine, noble par lui-même et voué au célibat, mais d’autres présentaient pour lui de l'importance : il était officiellement dispensé de résider en son abbaye, exempté du ban et de l’arrière-ban, du logement des gens de guerre, du payement des droits seigneuriaux, et possédait le droit de committimus. Les émoluments des conseillers, peu élevés, ne s’élevaient guère qu’à trois mille livres. Messieurs de la deuxième des enquêtes tenaient leurs audiences ordinaires le mercredi et le samedi, revêtus de robes noires. Les jours de grande séance, François Mareschal siégeait en robe rouge et chaperon fourré.

M. de Bonnefontaine entrait au Parlement pendant une période troublée : depuis 1718, la Cour souveraine faisait à Law une violente opposition. La fameuse banqueroute éclata l’année qui suivit la réception du jeune abbé. Comme le Parlement n’enregistrait pas les édits imaginés pour restreindre le désastre financier, le régent l’exila temporairement à Pontoise. Le 21 juillet 1720, François Mareschal reçut la visite d’un Mousquetaire porteur de la lettre de cachet suivante: «Le roi, par de bonnes considérations, a transféré son Parlement à Pontoise. Il vous ordonne, Monsieur, de vous y rendre pour y rendre la justice, et vous défend de vous assembler ailleurs, à peine de désobéissance et de privation de votre charge, si n’y faites faute. Dieu vous ait, Monsieur, en sa sainte et digne garde (2). »

(1) Archives nationales, X1a 8487, fo 98, verso. (2) Journal de Barbier, t. I, p. 55,et Journal de Mathieu Marais, t. I, p. 333.

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