‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 71 sur 182 · GEORGES MARESCHAL ET LE PETIT ROI LOUIS XV · texte numérisé non relu

GEORGES MARESCHAL ET LE PETIT ROI LOUIS XV

Louis le Bien-Aïmé; affection de Georges Mareschal pour le petit roi. — La Cour à Paris. — Les premiers-médecins Poirier et Dodart. — Accident survenu à Louis XV; sa huitième année; sa puberté. — Maladie du roi en 1721 ; inquiétude de la France; Mareschal et Helvétius; guérison de Louis XV: il est fiancé à l’infante d’Espagne.

La Cour à Versailles; le sacre; la majorité. — Indisposition du roi en 1725; Mareschal et le duc de Bourbon. — Renvoi de l’infante; saignée que lui avait faite Mareschal. — Mariage de Louis XV avec Marie Leczinska. — Maladie du roi en 1726; Mareschal et Chirac; reproches de Mareschal au jeune roi.

Naissance d’un dauphin; Mareschal donne ses soins à une cinquième génération de Bourbons; son diagnostic en 1733 sur la santé du duc d'Anjou. EN

Le long règne de Louis XV se divise en deux périodes très distinctes. Dans la première, malheureusement la plus courte, le prince est véritablement Louis le Bien-Aimé, sans que ce surnom Îui soit encore décerné. Malgré les difficultés de la Régence et le bouleversement financier de Law, la France reste pour son petit roi, dit Michelet, « mère, amante et nourrice. » À chacune de ses maladies d’enfant, on tremble de le perdre. Enfin, en 1722, il est sacré à Reims. Quand le duc de Bourbon l’a marié, en 1725, à Marie Leczinska, les Français sont fiers de voir ce mari de quinze ans si beau, si bien portant, si amoureux de sa femme; il est dix fois père en douze ans, et ce sont d’affectueuses plaisanteries sur sa vaillance conjugale. Puis vient la guerre de succession de Pologne, où Louis XV prend les armes en faveur de son beau-père; la victoire sourit au jeune prince et l’avantageuse paix de Vienne lui assure, en 1738, une des plus belles provinces du royaume, la Lorraine. Si le successeur de Louis XIV fût mort après ces vingt-trois ans de pouvoir, l’histoire, indulgente pour ses fautes, eût enregistré Le règne de Louis XV comme l’un des meilleurs et, des plus féconds.

Dans la deuxième période, le ro, abandonnant le gou-

vernement aux mains de maîtresses et de favoris, fut cause pour son pays d’une déchéance dont 1l eut peine à se relever; mais le premier-chirurgien Mareschal, mort en 1736, ne connut que les heureux débuts du jeune prince. Louis XV, qu’il avait vu naître et qu'il entoura de ses soins jusqu’à l’âge de vingtsix ans, fut toujours pour lui l’enfant gâté, délicat et charmant, que la France idolâtrait. « Lorsqu'il donnait des conseils au roi sur sa santé, dit Morand, il oubliait qu'il parlait à son maître, et prenait, si on l’ose dire, le ton d’un père qui parle naturellement à son fils. La crainte respectueuse qu’inspire la majesté du trône n’a pu en aucun temps étouffer les expressions ingénues de son zèle salutaire, et, comme elles partaient du cœur, le roi les a toujours reçues avec bonté (1). »

Le petit Louis XV, monté sur le trône le 1er septembre 1715, avait cinq ans et demi; jusqu’à sa huitième année, il resta confié aux soins de sa gouvernante, la duchesse de Ventadour. Echappé d’une façon inespérée à la rougeole maligne qui enleva si rapidement son père, sa mère et son frère, l’enfant royal était de faible santé. Dès lés premiers jours de son règne, il prit un refroidissement et fut assez souffrant dans la nuit du 7 septembre. Louis XIV avait ordonné qu’aussitôt après sa mort, le dauphin fût mené à Vincennes. Les médecins de la Cour, craignant que le rhume de l’enfant n’empirât, s’opposèrent à ce voyage. Pour Saint-Simon, la santé du roi fut le prétexte de leur veto : commodément logés à Versailles, ils ne se souciaient pas d’aller camper au château de Vincennes. Mais le régent, qui « tenait à demeurer à Paris où il avait tous ses plaisirs sous sa main », usa d’un stratagème, et fit venir en consultation les médecins appelés quelques jours auparavant près du feu roi. « Ceux-là qui n’avaient rien à gagner au séjour de Versailles, continue Saint-Simon, se moquèrent des médecins de la Cour, et sur leur avis il fut résolu qu’on mênerait le lendemain lundi 9 septembre le roi à Vincennes, où tout était prêt pour le recevoir (2). »

Georges Mareschal partit donc avec la Cour pour cette nouvelle résidence. Le chroniqueur Mathieu Marais, comme tout Paris, vint voir passer le petit roi sur Les boulevards; il le trouva

(1) Eloge de Mareschal.

(2) Mémorres, t. XIII, p. 233.

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