L'OUES EX EN F'ANNIT
D’après le portrait de Rigaud
(Musée de Versailles)
€beau, bien fait, portant son chapeau de bon air, mais un peu pâle ». — «II ne se peut rien ajouter, dit-il, aux tendresses et aux acclamations des Parisiens (1). » Un an auparavant, la princesse Palatine écrivait : « Le petit dauphin a mauvaise mine lorsque les dents lui font mal, mais lorsqu'il se trouve bien, c’est un bel enfant : il a de grands yeux très noirs, le visage rond, une jolie petite bouche, qu’il tient cependant un peu trop souvent ouverte, et un nez si bien fait qu’il serait difficile d’imaginer mieux. »
Le rhume qui fit paraître le roi « un peu pâle » aux yeux de Marais guérit en quelques jours, et les « officiers de santé » n'eurent aucun soin à lui donner pendant le séjour de trois mois qu’il fit à Vincennes.
Résignant, selon l’usage, la charge de premier-médecin du roi, le vieux Fagon s'était retiré au Jardin royal des plantes, dont il conservait la surintendance. Deux principaux candidats aspiraient à sa succession : Chirac, premier-médecin du régent, et Boudin, médecin ordinaire du roi. La nomination de Chirac parut impossible : voyant le duc d'Orléans confier la santé du jeune roi à l’une de ses créatures, le public soupçonneux lui eût attribué les plus noirs projets. Quant à Boudin, auparavant premier-médecin de Monseigneur, puis de la dauphine de Bourgogne, 1l avait tous les droits à remplacer Fagon. « Mais, dit Saint-Simon, c'était un compagnon d'esprit d’intrigue, hardi, lié avec tout ce qui était le plus opposé à M. le duc d'Orléans. Il avait de plus crié sans mesure, et sur le ton de Mme de Maintenon et du duc du Maine, sur les poisons (2). »
Choisissant un troisième candidat, le régent nomma done à la charge enviée un modeste docteur qui soignait le roi depuis sa naissance et se nommait Poirier. Le 11 janvier 1708, il avait été choisi pour remplir l'office de prfemier-médecin du duc de Bretagne : « Personne ne le connaissait à la Cour, écrit Sourches à cette date, mais c'était un médecin de Paris, du choix de Fagon selon les apparences. » En dépit des « apparences », Poirier obtint ses différents emplois grâce à sa parenté avec Bontemps, le premier-valet de chambre de Louis XIV (3).
(Journal, t:1,"p. 192.
(2) Mémoires, t. XIII, p. 285.
(3) HAZzON, Notice sur les hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine, p. 159.
qe
Docteur de la Faculté de Paris depuis 1676, il n'avait jamais pris part aux intrigues des courtisans, et sa nomination ne souleva aucune objection. « M. Poirier, dit Marais, devint premier-médecin du roi, parce qu'il s'était trouvé en place premier-médecin du dauphin. »
Le 30 décembre 1715, le petit roi quitta Vincennes pour les Tuileries. Suivant le droit de leur charge, les premiers médecin et chirurgien habitaient le logis même de Sa Majesté : Mareschal eut un appartement au château, indépendamment de celui qu’il occupait depuis longtemps dans le Vieux Louvre. La description n’en a pas été retrouvée; il n’est que mentionné dans l’Ætat des logements de la Cour aux Tuileries en 1716 (1).
Tant que Louis XV fut « entre les mains des femmes », les cérémonies du grand lever et du petit lever n’eurent pas lieu avec l’ancienne étiquette : Poirier et Mareschal devaient toutefois se trouver soir et matin dans la chambre du roi, aux heures fixées par Mme de Ventadour. Pendant cette période, Louis XV eut des petits rhumes et des maux de dents qui ne nécessitèrent mi l'intervention de la Faculté, n1 celle de Saint- Côme. Sa huitième année donna lieu à une curieuse cérémonie. «On a accoutumé de la faire, écrit Dangeau, quand on est près de remettre les rois et les dauphins entre les mains des hommes, pour faire voir que la gouvernante les a remis en bon état (2). »
Les officiers de santé reçurent l’ordre d’examiner le petit roi dans une solennelle assemblée. Le 1er février 1717, les membres de la maison médicale, ayant Poirier à leur tête, et les chirursiens, conduits par Georges Mareschal, se réunirent aux Tuileries dans la chambre de Sa Majesté. Louis XV fut déshabillé devant eux, et ils s’assurèrent de sa bonne constitution (3). « La taille du roi, habituellement maintenue par un corps de baleine, écrit la princesse Palatine, est parfaitement droite. Ses jambes et ses pieds sont fort jolis. » D’après la Beaumelle, on remarqua sur la poitrine de l’enfant la cicatrice produite par l’antidote qui lui fut administré en 1712 : on ne s’explique guère comment le contre-poison de Mme de Verrue put laisser pareille trace.
(1) Archives nationales, O1 1674.
(2)JournalitieX VIT; p116:
(3) Nouveau Mercure, février 1717.