‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 80 sur 182 · LA SEIGNEURIE DE MONTÉCLAIN · texte numérisé non relu

LA SEIGNEURIE DE MONTÉCLAIN

Compris dans les paroisses de Bièvre et de Jouy, le domaine s’étendait sur quatre-vingt-dix-sept arpents de terres labourables, vingt arpents de prés, cent vingt-six arpents de friches et quatre-vingt-dix de bois, soit au total sur trois cent trentetrois arpents, valant cent quarante hectares. Le seigneur avait droit de moyenne et basse justice, « avec prévôt ou maire, gruyer, greffier, procureur fiscal, geôlier et autres officiers pour exercer le fait des dites justices, » droits de lods et ventes, de défaut, saisine et amendes, de cens, surcens et rentes foncières sur les héritages situés dans la censive de sa seigneurie, droit de pêche dans la rivière de Bièvre le long des prés du domaine, droit de chasse, etc., etc. Il percevait annuellement sur le moulin de Vauboyen (1) une redevance de neuf setiers, soit quatorze hectolitres, de « grain mouture »; en revanche, le seigneur de Montéclain devait chaque année à son voisin le seigneur de Bièvre quinze boisseaux (deux hectolitres) de « blé méteil ».

Près de la ferme, comprenant maison d'habitation et « corps d'hôtel », bergeries, granges et étables, jardin et grande cour fermée de murailles, s’élevaient une chapelle, un « colombier à pied », un auditoire et une prison, vestiges du passé féodal de la seigneurie.

Comme le premier-chirurgien du roi et le père célerier s’accordaient sur le prix du domaine, le supérieur général des religieux de Saint-Germain-des-Prés, frère Charles de Lhostallerie, par acte du 5 janvier 1716, autorisa le prieur à vendre Montéclain au seigneur de Bièvre, sous la condition que la somme perçue serait employée à la construction de deux maisons « situées dans la cour intérieure de l’abbaye de Saint-Germaindes-Prés » : de cette façon, la fortune immobilière de l’ordre ne subirait qu’un virement. Et, le 30 juillet 1716, par-devant M Le Meunier et Lauverjon (2), notaires à Paris, Georges Mareschal acquérait la seigneurie de Montéclain pour le prix de soixante mille livres (soit deux cent quarante mille francs) : les religieux avaient estimé fort cher la convenance de ee fief

(1) On voit dans les lettres d’érection de la seigneurie de Bièvre en marquisat (juin 1770) que Georges-François Mareschal de Bièvre possédait « le fief et justice de Vauboyen »; on ne peut établir si ce fief était partie intégrante de la seigneurie

de Montéclain, ou s’il fit l’objet d’une acquisition spéciale pour le premier-chirurgien. (2) Archives nationales, P 2002.

au premier-chirurgien, car le fermage de Montéclain ne s’élevait qu’à onze cents livres.

A l'acte de vente est annexée une pièce se rapportant à l’une des particularités curieuses de l’ancien droit féodal : c’est l «ensaisinement » du contrat par Jean-Louis Phélypeaux, « seigneur comte par engagement du domaine de Montlhéry; » de ce chef, il perçoit sur Georges Mareschal une somme de quatre mille cinq cents livres, « pour droits seigneuriaux dus à cause de la dite acquisition. » Or, Montéclain relevait directement de Louis XV,«comte de Montlhéry, » et c’est à Sa Majesté que le premier-chirurgien allait, quelques mois plus tard, faire « foi et hommage » pour son nouveau fief. Cette apparente contradiction s'explique par la disposition féodale dite « de l’engagement ».

L’inaliénabilité du domaine royal constituait un des principes fondamentaux de l’ancienne monarchie : quand le prince voulait battre monnaie en vendant un bien de la couronne, il en cédait seulement la jouissance, et se réservait la faculté de la racheter à une époque quelconque : une telle convention s’appelait « engagement », et l’on désignait sous le nom de « domaine engagé » le fief qui en devenait l’objet. C’est ainsi que Jean-Louis Phély peaux possédait le comté de Montlhéry : il en recueillait les droits « utiles », comme celui de l’ensaisinement du contrat passé par Mareschal; mais les droits « honorables » restaient l'apanage du roi, véritable suzerain du nouveau seigneur de Montéclain. Phélypeaux appartenait à la même famille que le ministre Pontcharträn : appelé le comte de Saint-Florentin, puis le duc de la Vrillière, 1l fut lui-même ministre sous LouisX V.

Le 12 mai 1717, Georges Mareschal se présenta devant la Chambre des comptes, comme après son acquisition de la seigneurie de Bièvre, et 1l reçut des lettres patentes où le roi s’exprimait ainsi par la plume d’un de ses conseillers : « Savoir faisons que notre cher et bien-amé Georges Mareschal, notre conseiller et premier-chirurgien, nous a cejourd’hui fait au bureau de notre Chambre des comptes les foi et hommage qu’il nous devait pour raison de la terre et seigneurie de Montéclain, ses appartenances et dépendances, relevant de nous à cause de notre tour de Montihéry (1). » Le roi terminait en rappelant

(1) Archives nationales, P 22, n° CLXI.

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