LES TERRES DE LA COUR-ROLAND
la nécessité de «l’aveu et dénombrement ». Georges Mareschal n'avait pas encore accompli cette formalité pour la châtellenie de Bièvre : il produisit ensemble les deux documents. Le dénombrement de la seigneurie de Montéclain, semblable à celui de la châtellenie de Bièvre, est comme lui daté du 4 mars 17148 et scellé des armoiries du premier-chirurgien surmontées d’une couronne de comte (1).
Georges Mareschal tenait maintenant presque en entier dans sa mouvance le quadrilatère limité au nord par la route de Versailles à Sceaux, à l’ouest par les terres de la Cour-Roland et les paroisses de Jouy et Villeras, au sud par la paroisse de Vauhallan, à l’est par la paroisse d’Igny, le bois de Verrières et les terres de lPAbbaye-au-Bois (2); il en possédait aussi la plus grande partie. Un triangle d’environ quatre-vingt-dix arpents, situé entre les routes de Versailles à Sceaux et à Bièvre, près de leur point de jonction, restait seul en dehors du domaine; ce terrain dépendait de la ferme de la Cour-Roland, et depuis 1719 le propriétaire en était « messire Tristan du Faur, comte de Bioulle, marquis de Cardaillac et baron de Saint-Jorry. mestre de camp du régiment Colonel-général-de-l’infanterie ».
De 1710 à 1715, la Cour-Roland avait appartenu à M. Cornu de Sainte-Marthe, à la fois commissaire des guerres et portechaise d’affaires du roi (3).
Le comte de Bioulle consentit à céder au seigneur de Pièvre le triangle de terrain qu’il convoitait, et, le 12 mai 1720. pardevant M° de Bougainville, notaire à Paris (4), Mareschal acquérait pour trente mille livres les quatre-vingt-sept arpents neuf perches (trente-sept hectares) de terre labourables et friches situés en face de la Cour-Roland. M. de Bioulle se réservait, pour lui et ses enfants, le droit de passage sur une allée de pommiers et d’ormes, prenant naissance au bout de l'avenue de la Cour-Roland et permettant de gagner vers le nord la paroisse de Vélizy, sans passer par le point de jonction des
(1) Archives nationales, P 122 (1), pce 718.
(2) Voir plus haut l'extrait du plan dit « les chasses du roi »; les diverses sei-
gneuries de Georges Mareschal, le château et le parc de Bièvre y sont figurés; on y
remarque le « pont Maréchal » sur la Sigrye, le « bois Maréchal » près de la ferme de Favreuse, le « carrefour Maréchal » dans le bois de Verrières, etc. : ces appellations sont des souvenirs du premier-chirurgien de Louis XIV.
(3) I a été parlé de cet utile officier au chapitre x.
(4) Archives nationales, P 2002.
routes de Bièvre et de Sceaux. Sur les quatre-vingt-sept arpents, vingt et un se trouvaient dans la censive de Georges Mareschal, comme seigneur de Montéclain; les soixante-six autres dépendaient de la seigneurie de Vélizy.
Dans le contrat du 12 maï 1720, le premier-chirurgien soldait le prix de son acquisition «en billets de la banque royale, dont le seigneur vendeur se déclarait content »; Mareschal s’y prenait à temps pour écouler ce papier monnâäie : on touchait à la fin de l’aventure financière de Law, et dans les derniers jours du même mois éclatait la banqueroute royale. Aussi, en 1723, quand le premier-chirurgien se rendit acquéreur d’une troisième seigneurie, celle de Vélizy, fut-il spécifié que le payement serait fait en deniers comptants, «sans aucuns billets ni papiers royaux ou autres qui pourraient avoir cours ci-après dans le commerce, en vertu d’édits, déclarations du roi et arrêts du conseil de Sa Majesté. »
La seigneurie de Vélizy était située au nord-ouest de celles de Bièvre et Montéclain; elle appartenait à Louis-César Le Tellier, marquis de Courtenvaux, qui l’avait reçue de son oncle, l’abbé de Louvois. M. de Courtenvaux, petit-fils du ministre Louvois, fut plus tard maréchal de France et duc d’Estrées. A cette époque, il commandait le régiment de Royal-Roussilloncavalerie et les Cent-Suisses de la garde du roi. Le domaine comprenait : |
1° La ferme seigneuriale de Vélizy et celle de l’Hôtel-Dieu, dont les quatre cent quatre-vingts arpents s’étendaient entre le village de Vélizy et la route de Versailles à Sceaux;
20 Le bois de la Mare-au-Bœufs (dix-sept arpents), également situé au nord de cette route et aujourd’hui défriché:;
3 Le bois de la ferme de l’Hôtel-Dieu, qui attenait à cette ferme et prolongeait ses vingt-cinq arpents jusqu’à la Cour- Roland;
4° Quatre-vingt-douze arpents de bois s'étendant sur la paroisse de Jouy au lieu dit les Mets, entre la route de Versailles à Sceaux et les prés des Mets.
Le domaine couvrait donc six cent quatorze arpents, soit deux cent cinquante-neuf hectares. Le seigneur de Vélizy exerçait le droit de haute, moyenne et basse justice, et jouissait des mêmes droits féodaux que Je seigneur de Bièvre; en
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