LA SEIGNEURIE DE VÉLIZY
outre, il tenait en sa mouvance le fief de Giry ou de Chevreuse, appartenant aux religieuses de l’Abbaye-aux-Bois, sur la paroisse de Bièvre, et celui d’Ursine, sis en la paroisse de Vélizy.
L'acte passé le 7 avril 1723 (1), par-devant Me Doyen, notaire à Paris, porte que le domaine de Vélizy est vendu pour le prix de cent trente-deux mille livres (environ cinq cent mille francs), à « Messire Georges Mareschal, écuyer, conseiller, premier-chirurgien du roi, ancien maître d’hôtel de Sa Majesté, seigneur Châtelain de Bièvre-le-Châtel, Favreuse, Montéclain et autres lieux, demeurant au château de Versailles (2). » D’après ce contrat, la seigneurie de Vélizy « relevait en plein fief, foi et hommage du roi, si elle n’était en franc-alleu » : c'était pour Mareschal une importante question à faire trancher. Car, si sa nouvelle seigneurie dépendait en fief du roi, il devait payer certains droits et accomplir devant la Chambre des comptes les coûteuses formalités d’un hommage suivi de dénombrement, tandis que, si Vélizy constituait un « franc-alleu », son seigneur ne relevait de personne. Georges Mareschal porta donc l'affaire devant le Conseil d'Etat : Orry, membre de cette haute assemblée, ayant constaté qu'aucun hommage ne fut jamais rendu, soit par le chapitre de Notre-Dame, possesseur de la seigneurie entre 1277 et 1674, soit par le ministre Louvois ou ses héritiers, le Conseil rendit un arrêt daté du 4 mai 1734 (3), par lequel le roi « maintenait et gardait le suppliant, possesseur de la terre de Vélizy, dans le droit et possession de franc-alleu noble ».
Avant le règlement de cette affaire, le nouveau seigneur de Vélizy avait terminé non moins heureusement un autre différend. Antoine-Louis Rouillé, maître des requêtes et intendant du commerce, était seigneur du comté de Jouy : se fondant sur ce que certaines terres de la seigneurie de Vélizy paraissaient appartenir à sa propre censive, il s’opposa, par acte du 27 octobre 1731, à ce que Georges Mareschal prît la qualité de «seigneur haut, moyen et bas justicier du dit lieu de Vélizy ». La
(1) Archives nationales, P 2002.
(2) Cette pièce est la première où le nom de Mareschal soit précédé du titre de Messire, qui ne se donnait qu'aux personnes de rang élevé; Laurent d'Houry, éditeur de |’ A/manach royal, avait commencé, dès 1718, à qualifier ainsi le premierchirurgien du roi dans la liste des chirurgiens-jurés de Paris.
(3) Archives nationales, P 2002.
contestation vint devant le Conseil d'Etat, qui, d’un commun accord avec les parties, en confia la solution à deux anciens avocats au Parlement de Paris, M‘ Visinier et Normand. Après une longue enquête, ces arbitres prononcèrent, le 31 août 1733 (1), une sentence en vertu de laquelle Georges Mareschal « était maintenu et gardé au droit et possession de se dire seul seigneur haut, moyen et bas Justicier de Vélizy, et d’y exercer par ses officiers toutes justices, haute, moyenne et basse ».
Le seigneur de Jouy soulevait contre lui d’autres contestations relatives, soit à leurs limites communes, soit à leurs censives respectives : le possesseur d’un fief percevait certaines redevances sur les terres de sa mouvance: il était donc intéressant pour deux voisins de définir clairement leurs censives. Ces questions ne furent réglées qu'après la mort du premierchirurgien : en 1741, son fils aîné, Louis Mareschal, seigneur de Bièvre, Vélizy et Montéclain, convint avec l’intendant Rouillé de remettre à deux nouveaux arbitres la solution des litiges pendants. Leur sentence, datée du 15 mai, régla d’abord à l'avantage du seigneur de Montéclain les limites des bois de l'Homme-mort. Puis, faisant droit aux réclamations du seigneur de Jouy, les arbitres déclarèrent que les quatre-vingtdouze arpents de bois, situés au lieu dit «les Mets », et compris dans la vente de Vélizy, se trouvaient dans la mouvance du comté de Jouy. Enfin, ils décidèrent piusieurs autres points secondaires, donnant raison tantôt à l’une des parties, tantôt à l’autre. Un acte passé le 7 septembre 1741 devant Me Dulion, notaire à Paris (2), consacra ces dispositions : en considération de l’assentiment donné par son voisin à la sentence concernant le bois des Mets, M. Rouillé le tenait quitte des arrérages de cens et des droits de vente relatifs à ce bois, et il l’érigeait en fief pour Louis Mareschal, sous le nom de fief de la Châtaigneraie. Le fils du premier-chirurgien était d’ailleurs, «pour cette fois, » dispensé de se transporter au château de Jouy en vue de « l’hommage », l’acte notarié devant tenir lieu de dénombrement.
Un tel arrangement n’eût pas été goûté de Georges Mareschal, qui montrait l’ambition de libérer ses biens de toute
(1) Archives nationales, P 2002.
(2) Zbid.
Re Jr,"
Lu