LE FIEF DE VALPROFOND
espèce de suzeraineté particulière. Ainsi, les fermes de la Villedu-Bois et du Menillet se trouvaient grevées, au profit du fief de Valprofond, d’une redevance annuelle de dix-huit setiers de blé : en 1724, le premier-chirurgien proposa aux religieuses du Val-de-Grâce de reprendre ce fief moyennant la somme de vingt mille livres.
Autrefois établies à Valprofond, monastère situé à quelque distance au nord du château de Bièvre, les religieuses avaient quitté la petite vallée de la Sigrye pour fonder à Paris l’abbaye du Val-de-Grâce. En 1640, elles vendirent leur ancien domaine, ne s’en réservant que le droit de fief : outre les dix-huit setiers fournis par la seigneurie de Bièvre et valant cent cinquante livres, les dames du Val-de-Grâce ne percevaient qu’un cens annuel de quatre livres dix sous, et elles ne touchaient aucun casuel, car les héritages situés sur leur censive appartenaient comme biens de mainmorte aux religieuses de l’Abbaye-au-Bois. C'était pour ce fief de Valprofond, dont l’infime revenu se montait à cent cinquante-quatre livres, que Georges Mareschal offrait une somme de quatre-vingt mille francs. Tout en s’affranchissant de sa redevance envers les religieuses, il avait certainement l'intention de leur faire une libéralité. Dès que les dames du Val-de-Grâce eurent connaissance de ses propositions, elles s’assemblèrent pour en délibérer : convenant « de la grandeur et pour ainsi dire de l’énormité du prix, qui n’avait nulle proportion avec le produit des choses (1) », elles demandèrent au cardinal de Noailles, archevêque de Paris, l’autorisation d’acquiescer au désir de Mareschal. Le 30 janvier 1725, l’'abbesse et quarante-quatre religieuses professes signaient, par-devant Me Doyen, notaire à Paris, un acte par lequel elles cédaient leur fief au seigneur de Bièvre.
Cette acquisition de Georges Mareschal paraît avoir été la dernière : il avait consacré à la formation d’un domaine territorial de sept cent cinquante hectares environ la somme totale de trois cent quatre-vingt-trois mille livres, soit plus d’un milhon cinq cent mille francs. Devenu seigneur châtelain de Bièvre, seigneur de Vélizy, Montéclain, Favreuse, la Motte, la Mesnil-
Ménillet, le Pistolet, la Ville-du-Bois, Meudon, la Barre, Giry,
(1) Archives nationales, S 4556.
Ursine et Valprofond, il ne portait généralement que les deux premiers titres, car 1l était «haut justicier»de Bièvre et de Vélizy, ne possédant que la moyenne et basse justice de Montéclain et un simple droit de fief sur les autres lieux : ainsi, dans l’Ætat de la France de 1727 (1),le premier-chirurgien est dénommé « Georges Mareschal, sieur de Bièvre et de Vélizy ». Il en fut de même pour son fils Louis; quant à ses petits-fils, 1ls incorporèrent les noms des différents fiefs à leur nom patronymique, suivant l’usage des familles nobles : l’aîné s’appela Mareschal de Bièvre, le second Mareschal de Vélizy la Châtaigneraie (2), le troisième Mareschal de Montéclain et le quatrième Mareschal de Favreuse.
Georges Mareschal s’était constitué un domaine étendu dont les différents fiefs se touchaïient et possédaient mouvance les uns sur les autres : leur réunion formait donc un tout de valeur supérieure à la somme des parties. Mais le premier-chirurgien avait deux fils, et l’exercice du droit d’aînesse, dans la coutume de Paris, ne pouvait empêcher le morcellement deses biens. Pour les conserver dans une même main, il eut recours à la « substitution ». Par cet acte, un père instituait l’aîné de ses fils comme légataire d’un bien déterminé, à charge de le remettre à son fils ainé, qui lui-même en ferait autant pour le sien. Là se terminait l’effet de la substitution, que le législateur arrêtait à la quatrième génération : elle n’en permettait pas moins d’assurer pendant près de cent ans l’intégrité d’un domaine; pour la remplacer, Napoléon I°r imagina les majorats.
Dès que le premier-chirurgien eut acquis les seigneuries de Bièvre et de Montéclain, 1l « substitua » ces immeubles : le 11 juin 1720, par-devant M° Doyen, notaire à Paris, Georges Mareschal et Marie Roger, sa femme, firent donation entre vifs à leur fils aîné Louis « des terres et châtellenie de Bièvre-le- Châtel, la Motte, Ménillet, Favreuse, Grand et Petit Montéclain, plus quatre-vingt-sept arpents neuf perches de terre ». Ils s’en réservaient la jouissance « leurs vies durant et du survivant d’eux ». L’acte continuait ainsi : « Voulant les sieur et
(1) La collection des Etats de la France, due, jusqu’en 1718, au chanoine TRA- BOUILLET, fut continuée, en 1722 et en 1727, par le Père ANGE et le frère SIMPLICIEN.
(2) On a vu que le fief de la Châtaigneraie fut créé en 1741 par M. Rouillé, comte
de Jouy, en faveur de Louis Mareschal, et qu’il faisait partie de la seigneurie de Vélizy.