‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 85 sur 182 · L'ORDRE DE SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

L'ORDRE DE SAINT-MICHEL

de deux races et ayant servi Sa Majesté et l'Etat dix ans (1). »

L'article 9 fixait la forme de la décoration :« La croix du dit ordre sera de la même forme et figure, plus petite de la moitié, que celle du Saint-Esprit, à l'exception de la colombe qui est au milieu, au lieu de laquelle sera représentée en émail l’image de saint Michel, et sera portée en écharpe avec un ruban noir. »

Comme on le remarque sur le portrait de Georges Mareschal qui figure en tête de cet ouvrage, la croix de Saint-Michel, d’or émaillé de blanc, s’ornait d’une fleur de lis à chacun de ses angles, et ses bras $e divisaient en deux rayons. En cérémonie, les chevaliers portaient le grand collier de l’ordre « fait à doubles coquilles d’or, entrelacées l’une avec l’autre, en cordelière, d’un double lac d’aiguillettes de soie à férets d’or ». Au bas de ce collier se trouvait « un rocher sur lequel était saint Michel combattant le dragon ».

Dans son ordonnance de 1665, Louis XIV disait « qu’il avait résolu de rétablir son ordre de Saint-Michel dans l’ancienne dignité de son institution ». Mais, au lieu de le conférer uniquement à des grands seigneurs, il en fit une récompense insigne pour les savants, les artistes et les administrateurs. « L’ordre de Saint-Michel, écrit le duc de Luynes en 1750, est un ordre que le roi accorde à ceux qui se distinguent par la supériorité de leurs talents (2). » Mansard et Le Nôtre, nouvellement anoblis, reçurent le cordon noir en 1693, et, au moment où Georges Mareschal en fut honoré, l’ordre comprenait l’architecte Gabriel, le peintre Louis de Boulogne et le musicien Michel de la Lande. Parmi les autres chevaliers de 1723, qui présentaient à la distinction reçue les titres les plus divers, on remarquait le marquis de Breuil, doyen de l’ordre, brigadier des armées du roi et gouverneur de Bellegarde en Roussillon; le financier Samuel Bernard; Noël Danican de l’Epine, explorateur des mers du Sud; le généalogiste Pierre d’Hozier; François Fargès, munitionnaire général des vivres de l’armée; l’armateur Pierre Landais; Roland Malet, l’un des quarante de l’Académie

française; enfin l’échevin Pierre Moustiers, qui se distingua

par son courageux dévouement lors de la peste de Marseille en 1720. Dans la suite, l’ordre renferma une proportion plus

(1) Statuts de l’ordre de Saint-Michel. Paris, 1725: 3 (2) Mémoires, t. X, p. 340. :

considérable d’artistes et d'hommes de science. Jusqu'à la nomination de Mareschal, le cordon noir n’avait Jamais été accordé ni à un médecin ni à un chirurgien.

Les chevaliers de Saint-Michel avaient les mêmes officiers que ceux du Saint-Esprit : en 1723, ces dignitaires se nommaient l’abbé Arnauld de Pomponne, chancelier; le marquis de Breteuil, prévôt, maître des cérémonies; Claude Le Bas de Montargis, greffier; Antoine Crozat, marquis du Châtel, trésorier; Claude Deschiens de la Neuville, intendant, et Nicolas de Clairambaut, généalogiste.

Les nouveaux titulaires étaient reçus en chapitre solennel par un chevalier du Saint-Esprit (1) : au commencement du règne de Louis XV, la direction de cette cérémonie fut confiée au maréchal d’Estrées, par commission du 20 septembre 1716(2). Dans ce document, le régent exposait « que, depuis plusieurs années, il n’avait point été tenu de chapitre général pour veiller au maintien des statuts, et que cette négligence était la source d’une infinité d’abus dont il était important d'arrêter le cours ».

Quand le jeune roi eut décidé de conférer le cordon noir à son premier-chirurgien, il lui fit expédier la lettre suivante : « Monsieur Mareschal, voulant vous témoigner la satisfaction que j'ai de vos services, Je vous ai nommé pour être reçu chevalier de mon ordre de Saint-Michel, en satisfaisant à ce qui est requis par les statuts, dont vous serez informé par mon cousin le maréchal d’Estrées, commandeur de mes ordres, qui vous fera rendre cette lettre, me promettant que l’honneur que je veux bien vous faire vous engagera à me continuer vos services avec affection. »

Le maréchal d’Estrées devait examiner si Georges Mareschal possédait les qualités nécessaires à son admission : M. de Clairambaut, généalogiste des ordres du roi, lui présenta un rapport contenant les preuves de la noblesse du récipiendaire, son extrait de baptême, et des renseignements sur ses services. Appartenant à la religion catholique, le premier-chirurgien était de « bonnes mœurs », âgé « de plus de trente ans », et servait Sa Majesté depuis « plus de dix ans ». Mais il lui manquait d’être noble de deux races, du moins en France, car les

(1) DANGEAU, t. IV, p. 270.

(2) Statuts de l’ordre de Saint-Michel. Paris, 1725.

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