LE CARDINAL DUBOIS — LE MINISTRE LEBLANC
Principales opérations de Georges Mareschal pendant le règne de Louis XV; la duchesse d’Elbeuf; le marquis de Dangeau; le comte de la Mothe-Houdancourt; l'abbé de Louvois. — Mareschal au château de Bièvre; Caumartin de Boissy.
Mareschal et le cardinal de Mailly : accusation portée contre le premier-chirurgien. — Maladie de Mareschal en 1722. — Il assiste le cardinal Dubois à ses derniers moments et prédit la mort subite du due d'Orléans. — Disgrâce de Villeroy : Mareschal le soigne et sert d’intermédiaire dans les négociations de son retour à la Cour.
Le ministre Leblanc opéré par Mareschal; le chirurgien Morand: anecdote rapportée par le professeur Leblanc. — Mareschal à l'hôpital de la Charité; les tailles du printemps.
Quand Louis XV monta sur le trône, Georges Mareschal avait cinquante-sept ans; malgré le proverbe conseillant de recourir à un vieux médecin, mais à un jeune chirurgien, nombreuses encore furent les opérations pour lesquelles on fit appel à la sûreté de sa main, pendant les vingt dernières années de sa vie. Toutefois, il se bornait le plus souvent à assister aux consultations, n’intervenant que dans les cas d'extrême gravité.
Au mois d’août 1716, le premier-chirurgien fut appelé auprès de la duchesse douairière d’Elbeuf. La malade était la fille de cette duchesse de Navailles, dame d’honneur de Marie- Thésèse d'Autriche, qui fit murer la porte secrète par laquelle Louis XIV se rendait chez les filles d'honneur. Son mari, Charles ITT de Lorraine, duc d’Elbeuf, mort depuis longtemps, appartenait à la famille des Guises. La duchesse, alitée depuis SiX mois, souffrait, dit Saint-Simon, « de maux qu’elle avait gagnés autrefois du feu duc. » Après avoir écrit le 28 juin : € Mme d’Elbeuf est considérablement malade, » Dangeau signale le 7 août une « petite opération » qui lui fut faite; mais la patiente avait soixante-trois ans, et son mal était grave : aussi ne reçut-elle aucun soulagement. Elle eut recours au premier-chirurgien du roi et subit le 14 août, en présence de
Georges Mareschal (1), la « grande opération». — «La duchesse, écrit Dangeau, est fort persuadée que tous les maux qu’on lui fait souffrir sont fort inutiles, et qu’elle n’en peut pas revenir. » Par le fait, l’habileté de Ledran et les conseils de Mareschal prolongèrent la vie de Mme d’Elbeuf pendant près d’un an; la malade mourut le 10 juin 1717.
Après la duchesse d’Elbeuf, c’est le marquis de Dangeau qui consulte Georges Mareschal. Le mémorialiste fut toute sa vie en butte aux maladies chirurgicales : opéré de la fistule en 1687, taillé en 1688, lacéré de coups de lancette en 1700, il souffrait maintenant d’un nouveau mal. Le 22 avril 1717, Caumartin de Boissy écrivait à la marquise de Balleroy : « Dangeau, se trouvant une douleur fixe sur la poitrine, a cru y avoir un abcès. Mareschal et Ledran l’ont confirmé en cette idée. Jour pris pour faire l’opération. La Peyronie, qui s’y trouvait, fut d’avis de percer simplement avec une lancette, disant qu’il était plus facile d’ouvrir que de fermer. Les deux autres traitèrent la chose du haut de leur capacité, et, ne doutant pas de sabrer, travaillèrent en grand et firent une bonne incision. Cependant ils ne trouvèrent rien, et le grand maître de l’ordre de Saint-Lazare périra pour une opération inutile (2). »
Dangeau avait pleine confiance en Mareschal qui, sous le feu roi, avait sauvé la vie de son fils; aussi, malgré ses soixantedix-neuf ans, s’était-il rendu à son avis sans discuter. « On me fit lundi, écrit-1l dans son journal du 22 avril, une opération fort douloureuse entre les deux mamelles, par le conseil de Mareschal; Ledran et la Peyronie y étaient présents et ce fut Ledran qui fit l’opération. » Malgré le funèbre pronostic de Caumartin, Dangeau guérit si bien que, peu après, il eut le courage de subir une deuxième fois la « taille », et se tira parfaitement de cette nouvelle épreuve. Le mémorialiste mourut seulement le 9 septembre 1720, succombant à la vieillesse et au chagrin qu'il éprouva en perdant son fils, le spirituel Courcillon.
En 1718, les contemporains mentionnent deux opérations du premier-chirurgien. Au mois d'avril, Mareschal sondait le comte de la Mothe-Houdancourt, pour le tailler le 31 du même
(1) DANGEAU, t. XVI, p. 429.
(2) BARTHÉLEMY, Les Correspondants de la marquise de Balleroy, 1883.