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LE MARÉCHAL DE VILLEROY

de Beaupréau serait relevé en faveur de son second fils, le marquis d’Alincourt.

Par lintermédiaire du premier-chirurgien, M. de Fréjus fit savoir au maréchal qu’il lui accordait le payement de l’arriéré de ses appointements, jusqu’à la nomination du duc de Charost, et le remboursement de ses billets, ce qui lui assurait la somme de six cent soixante mille livres. Par contre, Mareschal fut chargé de lui représenter qu’on ne pouvait pas le payer à titre de gouverneur du roi, alors qu’un autre exerçait cette charge; en outre, s’il n’était pas d’usage que le père et le fils fussent en même temps maréchaux de France, le duc de Villeroy ne manquerait pas d'obtenir plus tard le bâton paternel; Fleury offrait enfin de créer M. d’Alincourt duc à brevet, alléguant que, son Îrère n’ayant pas d'enfants, le second fils du maréchal posséderait plus tard le duché de Villeroy. Malheureusement pour lui, le vieillard, qui espérait obtenir satisfaction sur tous les points, fit traîner les négociations en longueur, et Louis XV, mécontent, refusa de parlementer plus longtemps avec un homme auquel ne suffisait pas le grand honneur d’approcher sa personne. Quand Georges Mareschal fit de nouvelles visites à son malade, il dut avouer qu’il ne lui apportait plus aucune commumication royale, et Villeroy ne revint pas à la Cour.

A la fin de l’année 1727, le maréchal eut un accident de voiture; le premier-chirurgien vint le soigner à Villeroy (1) et prit occasion de reparler de lui à M. de Fréjus, devenu le cardinal de Fleury, car le roi envoya plusieurs fois prendre des nouvelles du malade. Transporté à Paris en décembre, Villeroy y fut complètement guéri par le traitement de Mareschal, mais il n’obtint pas son rappel à la Cour. Trois ans après il mourait de vieillesse, ayant eu l’unique satisfaction de voir son second fils créé duc de Beaupréau.

En 1726, le premier-chirurgien fit une opération dont les contemporains ont conservé les détails. Le ministre de la guerre se nommait alors Claude Leblanc, seigneur du Tremblay. « C'était, écrit Duclos, un ministre consommé, actif, plein d’expédients, aimé des troupes et estimé du public. » D’abord inten-

(1) Mémoires du maréchal de Villars, t. V, p. 108; Mercure de France, décembre

dant du commerce, Leblanc fut en 1718 secrétaire d'Etat de la guerre. Ayant encouru la haine des frères Pâris et de la toutepuissante marquise de Prie, maîtresse du duc de Bourbon, il se vit impliqué dans la banqueroute de son protégé la Jonchère et mis à la Bastille. Mais le Parlement l’acquitta hautement : quand vint la disgrâce de M. le Duc, en juin 1726, Leblanc fut nommé de nouveau ministre de la guerre.

Le secrétaire d'Etat consultait depuis longtemps les chirurgiens de Saint-Côme : il avait le foie atteint et on lui attribuait une grave maladie vénérienne. Dès 1722, la Gazette de Hollande annonçait que le ministre de la guerre, indisposé, avait été saigné par M. de la Peyronie et mis ensuite dans un bain de lait (1); en 1724, époque de l’incarcération du ministre, le même journal reparlait de sa mauvaise santé, lui attribuant une fistule anale. Les inquiétudes de sa disgrâce et de sa mise en jugement, le dur traitement qu'il subit à la prison d'Etat, et enfin les émotions de sa réhabilitation, aggravèrent son affection hépatique : moins d’un mois après son retour au pouvoir, Leblanc devait s’aliter et cesser tout travail. Comme son état empirait, les médecins lui ordonnèrent en vain du quinquina, de la poudre des Chartreux (sulfure d’antimoine et carbonate de chaux) et de l’eau de Vals (2). Ce fut alors qu’il recourut au premier-chirurgien du roi; diagnostiquant un abcès au foie, Georges Mareschal déclara l’urgence d’une opération.

Les amis du secrétaire d'Etat se montrèrent inquiets, et déjà se répandait dans le public la prédiction de sa mort : « On dit que M. Leblanc a fait tirer son horoscope, écrit Barbier, et qu’on lui a prédit tous ses malheurs et sa victoire, mais qu'il ne survivrait pas longtemps après avoir triomphé de ses ennemis, et qu'il mourrait dans le dixième mois (3). »

Le 2 août 1726, Mareschal opéra le malade dans son appartement du château de Versailles. Le premier-chirurgien, âgé de plus de soixante-huit ans, était assisté de son petit-neveu Morand et d’un aide qui portait le même nom que le ministre. « Vendredi, écrit Barbier, M. Mareschal, premier-chirurgien du roi, a fait à M. Leblanc, secrétaire d'Etat de la guerre, l’opé-

Ua nm (2) Gazette de Hollande, 22 et 29 juillet, et Journal de Narbonne.

(3) Mémoires, t. I, p. 435.

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