‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 95 sur 182 · LE MINISTRE LEBLANC · texte numérisé non relu

LE MINISTRE LEBLANC

En plus de Mareschal et de Morand, le ministre avait autour de luisa femme, née Madeleine Petit de Passy; sa fille, la marquise de Tresnel; son frère César Leblanc, évêque d’Avranches; son beau-frère Boucher, président de la Cour des aides; son oncle Jacques Bazin, comte de Bezons, maréchal de France; sa nièce Françoise Petit de Passy, plus tard femme du maïtre des requêtes Etienne Canaye, seigneur de Montereau: sa cousine germaine Catherine Bazin de Bezons, future comtesse de la F euillade; ses cousins Petit de Ravannes, Petit de Villeneuve, Petit d’Etigny, etc. « Dans ce cercle où la Joie était peinte sur les visages, écrit le professeur Leblanc, le ministre prit Mareschal

par la main et dit à ses convives :—« Voilà celui à qui je dois la «vie. — Vous vous trompez, Monseigneur, » répondit Mareschal. — Et, en montrant M. Morand : — « C’est ce jeune homme

€ à qui vous la devez, car sans lui je vous tuais. »

Avant de conter cette anecdote, Louis Leblanc remarquait : € On sait que, dans l’art de guérir, les fautes instruisent autant et peut-être plus que les succès : Hippocrate n’a pas rougi d’avouer qu'il s’était trompé, et, à son exemple, de grands chirurgiens ont publié leurs fautes afin d’apprendre à les éviter. » Puis, commentant la réponse de Georges Mareschal : « Ce grand homme plein de justice et de vérité, écrit-il, ne rougit point, dans une circonstance glorieuse où le ministre lui marquait sa vive reconnaissance, de lui faire le détail de son opération et de lui apprendre que, sans M. Morand, il aurait fait en l’opérant une faute grave. Ce seul trait fait l’éloge de M. Mareschal. »

Deux ans après son opération de l’empyème, le secrétaire d'Etat fut atteint d’une tumeur à la hanche. Marais dit que, s'adressant d’abord à la médecine, il prit pour vingt-cinq mille livres de « gouttes du général de la Motte ». Cet élixir, inventé par un Hongrois, était composé d’or, d’alcali, de perchlorure de fer, etc., et portait aussi le nom d’or potable. Indiquant l’énorme prix des gouttes absorbées par Leblane, Mathieu Marais ajoute : « Tout cet or ne fit qu'appauvrir sa santé. » Le 17 avril 1728, le ministre appela de nouveau le premier-chirurgien du roi qui lui pratiqua une incision « au côté vers la hanche (1) ». Un correspondant écrivait le 23 à la

(1) Mercure de France de mai 1728, et Gazette de Hollande.

Gazette de Hollande : «Ge fut M. Mareschal qui fit dimanche à M. Leblanc l’opération pour une tumeur qui s’était formée au haut de la cuisse; il en sortit deux palettes de sang avec un peu de matière glaireuse; ce ministre, qui avait un peu de fièvre, soutint cette opération avec une fermeté étonnante. Le lundi on leva le premier appareil:on a trouvé une concavité qui ne laisse pas d’inquiéter les médecins et les chirurgiens; on espère sa guérison s'il n'arrive aucun accident. » Mais le tempérament de Leblanc était usé, et son mal revêtait une nature spéciale : «Cest une vieille v..... non soignée dont il faut que la bombe crève,»écrivait Barbier (1). Le malade parut cependant en bonne voie, et, Mareschal lui ayant fait le 1° mai une nouvelle incision, Mathieu Marais mandait au président Bouhier : « M. Leblanc s’est fort bien porté de son opération : on lui en a fait encore une autre hier, et on lui en fera tant qu'il ne restera plus rien de mauvais dans le corps. On dit que les prétendants ont l’œil un peu abattu (2). »

Au milieu du mois de mai, le ministre vit lui-même qu'il était perdu : « M. Leblanc est fort mal, notait encore Marais; il a reçu les sacrements, fait son testament, dit ses adieux à sa fille (3), et 1l n’y a plus de ressource qu’à lui scier l’os de la hanche, dont il n’est pas en état de soutenir l’opération (4). » L'art de Georges Mareschal fut impuissant à sauver une seconde fois le secrétaire d'Etat, qui mourut le 19 mai 1728, « fort regretté de tout le monde. »

Plusieurs autres opérations de Mareschal attirèrent sur lui Pattention du public pendant les années de sa vieillesse. « La semaine dernière, lit-on le 21 novembre 1727 dans la Gazette de Hollande, M. Mareschal fit, en présence de plusieurs membres de la Faculté, l’extirpation d’un cancer au sein à Mme Renau Dauvagne, nourrice du feu duc de Bretagne; elle se porte aussi bien qu’on peut le souhaiter.» Et, le 30 janvier de l’année suivante, le même journal rendait compte d’une autre cure : (M. Mareschal a fait depuis peu une opération à une femme qui ne pouvait s’asseoir sans des douleurs causées par une

(1) Journal, t. II, p. 41.

Cod RAI Ep 4530

(3) Sa femme était morte un an auparavant, le 13 avril 1727. (4) Journal, t. III, p. 540. .

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