ASSASSINAT DE L'EMPEREUR GÉTA
ravi par une série de croquis où l'enfant prétendait reconstituer certains aspects de Carthage, lui avait dit :
— Dès que tu auras du talent, IERLE ferai commander les illustrations de Salammbé. |
Vingt-cinq ans plus tard, l'éditeur Ferroud réalisait la boutade de Flaubert, devenue une prédiction.
Banville qui, poète précoce, avait donné un beau livre avant que füt accomplie sa dix-neuvième année, finit par dire à l'enfant :
— Peut-être veux-tu faire de la peinture ?
Et, sans attendre une réponse, il s’en alla dire la chose à son ami Alfred Dehodencq qui jouissait alors d'une réputation méritée. Dehodencq, après avoir, à la sortie de l'atelier de Léon Cogniet, triomphé avec quelques tableaux religieux, s'était pris d’un grand amour pour l'Espagne des Maures et le Maroc. Tout de suite, il proposa de prendre le jeune Rochegrosse
comme élève; il était déjà le professeur de son fils Edmond Dehodencaq, mort quelques années après, vers 20 ans, en plein effort. Mais les choses n'allèrent pas toutes seules. Le futur artiste n'avait jamais quitté la maison paternelle ; quand l’âge lui était venu d'entrer au lycée, Banville avait préféré le garder près de lui, et c’est sous l'œil attendri du maitre poëte quil avait épelé ses premières lettres, tout en griffonnant ses premiers croquis.
Pourtant, à voir le jeune Georges si ferme dans sa vocation et déjà si épris de son art, ses parents n'hésitent pas davantage.
À sa sortie de l'atelier de Dehodenca, Rochegrosse entra à l'académie Julian, où il continua ses études artistiques sous la direction de Boulanger et de M. Jules Lefebvre. Il devenait ainsi le condisciple de Jamin, de Renouf, de Tattegrain, de Marcel Baschet, et surtout de Lucien Doucet, qui fut son camarade le plus cher avant d'être son ami le plus regretté.
Rochegrosse venait d'avoir douze ans; la précocité de son talent lu avait acquis quelques admirateurs. Et puis, Banville cultivait sa sensibilité avec joie ; Hugo revenait d'exil, et, allant visiter le dieu qu'était alors, pour tous les forgeurs de rythmes, le créateur de La Légende des Siècles, il emmenait avec lui le jeune artiste; de même, quand il allait à Croisset, voir Flaubert, il se faisait accompagner par l'enfant, qui garde de ces quelques visites un souvenir fait d'admiration et de terreur.
Les premières œuvres que publia Rochegrosse parurent vers 1878 dans