DU COUVENT AU MARIAGE
livres des mains de sa fille, ne songeait qu'à la parer, passant, par exemple, des heures à la coiffer à la chinoise.
Aurore s'ennuyait terriblement dans cette compagnie. Aussi accepta-t-elle avec ravissement l'offre qui lui fut faite par des amis de son oncle, M. et M™« Roettier du Plessis, d'aller passer quelques semaines chez eux, à la campagne, près de Melun.
La famille du Plessis était charmante et la maison fort agréable. Ce fut là que, parmi les jeunes gens qui fréquentaient ses hôtes, Aurore fit connaissance du fils naturel du baron Dudevant, colonel en retraite. Casimir Dudevant avait vingt-sept ans. Il était, dit George Sand, « mince, assez élégant, d'une figure gaie et d'une allure militaire. »
Après plusieurs séjours au Plessis, il osa déclarer ses sentiments à Aurore :
« Je veux vous avouer, disait-il, que j'ai été frappé, à la première vue, de votre air bon et raisonnable. Je ne vous ai trouvée ni belle ni jolie... Mais, quand je me suis mis à rire et à jouer avec vous, il m'a semblé que je vous connaissais depuis longtemps et que nous étions deux vieux amis. » Voilà une jolie déclaration point banale...
Une entrevue fut ménagée entre M"'" Dupin et le colonel Dudevant. Tout se passa le mieux du monde et le mariage fut décidé. La mère d'Aurore exigea seulement le régime dotal ainsi qu'une rente annuelle de oOOO francs assurée à sa fille pour ses besoins personnels.
Le mariage fut célébré le 10 septembre 1822 à Paris, et, quelques jours après, les deux jeunes époux partaient pour Nohant.
Le Ménage d'Aurore
NUL, grossier, despote, Casimir Dudevant apparut bientôt à Aurore ce qu'il était dans la réalité : une sorte de gentleman [armer mal éduqué, à la chasse de l'aube au crépuscule, à peine correct avec sa femme, traînant par toute la maison ses grosses bottes crottées et ses habits de velours râpé.
Au moins espérait-elle que la venue d'un enfant la distrairait. Pendant le rude hiver de 1822-1823, elle se tint dans les longues journées venteuses au fond de son triste château, occupée au minutieux travail de la layette. Elle n'avait jamais cousu de sa vie, mais quand elle se vit un but bien déterminé : habiller le petit être qui naîtrait d'elle, elle se jeta sur ce travail matériel avec une sorte de passion.
Deschartres, qui faisait maintenant l'office de médecin, entoura de mille précautions la grossesse d'Aurore. Elle dut demeurer couchée pendant six semaines. A ce moment, le château et le parc étaient ensevelis sous une épaisse couche de neige. Pour la distraire, on lui avait apporté de petits oiseaux. Au baldaquin de son lit, elle avait fait suspendre des branches de sapin, ce qui donnait à sa chambre l'aspect d'une immense volière toute caquetante et frémissante...
Avec le printemps, la santé d'Aurore s'améliora, les fenêtres s'ouvrirent, les oiseaux s'envolèrent et l'on partit pour Paris où il avait été décidé que les couches se feraient.
Ce fut, en effet, dans un petit appartement garni de