PELERINAGE PASSIONNÉ H
cl ce bruit martèle le silence. On parle de la Bonne Dame de Nohant. Un vieux, qui était son danseur aux jours de bourrée, en a gardé le souvenir d'une personne savante, toujours occupée à étudier les plantes el les bêtes : « On la voyait avec des chenilles dans la main. » Tous vantent sa bonté, sa générosité, et l'un d'eux a cette parole très simple et très émouvante : « Oui, monsieur, il n'y avait pas un malade dans le village qu'elle ne fût aussitôt à la porte. >•
Chose étrange : ils ont entendu parler de Pagello, de toutes ces histoires d'amour dont on a rassasié les curiosités parisiennes, et d'instinct ils protestent. >'in>urgent, se portent garants de l'honneur de la Bonne Dame. N'est-elle pas de la famille ?
Et voilà que cette paix exquise s'emplit de souvenirs ! Voilà que ce coin de terre envahi d'herbes, ces quelques chaumières qui se cachent, épeurées, sous les arbres, s'agrandissent subitement comme un sanctuaire, comme un de ces lieux saints (pie hantera à jamais l'imagination des hommes. Impression émouvante de songer qu'un peu d'histoire vil dans ces murs croulants ! Tanl de grands noms, qui ont fait la gloire littéraire du siècle passé, sonl évoqués parla contemplation de ces lieux ! — C'est ici que Balzac, descendu 1111 soir et la trouva toute pareille à l'image
qu'il s'en était formée, rude, franche, en pantalon turc et eu pantoufles jaunes, fumant silencieusement pendant qu'il parlait. — El Dumas ! Et Flaubert, qui, voyant s'avancer sous la pluie son cercueil porté par des paysan-, enveloppait la scène d'un grand geste, et. pleurant et admirant, s'écriait : « Comme tout cela lui ressemble ! »
Quand on songe qu'elle marcha par ces petits chemins tortueux, portant en son cœur le souvenir de Musset, qu'elle avait trahi el qu'elle aimait encore, que des échos ont vibré là, qui se prolongent en nous, que tels vers des Nails sont venus la frôler au passage, tels vers qui vivront à jamais dans la mémoire des hommes, voilà que ces petits sentiers berrichons, bordés de mares el «le clôture-, d'osier, s'élargissent soudain sur ou ne sait quelle perspective mystérieuse.
Nous nous promenons dans le parc. Un orage passe au loin; le ciel à travers les branches, plein de lueurs roses et bleues, a l'air d'une grande coquille de nacre.
Est-ce une imagination ? Ce parc nous semble encore hanté de sa présence, avec ses larges allées, ses pelouses qui sont des prairies, son petit bois d'arbres clairs, <>ù -ouvre un trou d'eau. caché sous des Feuilles mortes. Les chose- conservent mieux le souvenir que les hommes ! On la retrouve tout entière dans la disposition de ce jar-