‹ Georges SandChapitre 3 sur 4 · PELERINAGE PASSIONNE · texte numérisé non relu

PELERINAGE PASSIONNE

«lin sans verdures prétentieuses, sans charmilles alignées, vrai jardin de la Nouvelle Fléloïse, cherchant à se rapprocher de la nature, dans sa grâce abondante et négligée. Dans l'herbe drue, qu'on couperait à pleine faulx, poussent des fleurs tontes simples : digitales des bois et renoncules de- prés, seulement un peu plus épanouies par la culture, espèces collectionnées dans la Vallée- Noire par cette tille de Jean-Jacques, éprise de botanique. Une brandie d'églantier retombe mollement sur un massif de feuilles : sur le large perron de pierre, un arceau «le fer, rongé de rouille, porte encore une guirlande de roses, d'un rouge pourpre vivace, somptueux dans tonte celle cendre grise de la morl ...

Et tous ces liens, dont l'arrangement révèle ane main artiste, prennent une signification émouvante. Seules, les serres vides. largement inondées de soleil, ont un air de délabrement et d'abandon...

Tant d'œuvres ! Tant de jours ! C'est là font au fond de ce bois, près du mur bas qui le sépare de la route, qu'elle discuta longuement avec son ami Rollinat les éternels problèmes, qu'elle sentit son âme, au sortir des passions magnifiquement égoïstes, s'ouvrir à la pitié social >. C'est là qu elle vécut des heures de méditation, par les nuits froides de janvier, sous le flamboiement <\c> cons-

tellations, des étoiles Sirius, Aldébaran, dont la rouge lueur illumine certaines pages de Lélia; c'est là qu'elle connut ce frisson glacé qu'elle décrit si bien : celle pâleur saisissante de l'aube, après une nuit <le travail, quand la clarté renaissante met comme une sensation dévide et d'effroi autour d'elle.

D'autres nuits furent féeriques. On s'assemblait sur le perron pour entendre le piano de Liszt. La comtesse d'Agoult, en robe blanche, allait et venait dans un cercle de lumière, pareille à une apparition d'Hoffmann, que la musique aurait évoquée.

Dans le petit cimetière, envahi d'herbes folles. tout près des croix plantées sur les sépultures de paysans, donl la poussière reste anonyme. ^;i tombe est là. sous une retombée d-3 roses, une lourde dalle de granit, carrée, massive, ayant on ne s;iil quelle puissance dans le délabrement des choses voisines. Un seul nom : George Sand.

Les traînes. Rien n'égale la nonchalance sinueuse de ces traînes qui changent à chaque tournant. Des ormes étêtés, des saules forment la bordure <\c> enclos. Ce sont ces masses de verdure qui, vues de loin, donnent l'illusion d'une forêt, évanouie dès qu'on s'approche ; ce sont elles qui ont valu au pays le nom de Vallée-Noire. La

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