‹ Georgette (volume 2)Chapitre 14 sur 24 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'Amant comme il y en a peu.

Jean étail mort deptiis un mois, lorsqu'un matin Ursule aperçut deux hommes à cheval entrer dans la cour de la ^'ernie. « Eh î ma chère maîtresse , je ne ^^ rp'^ trompe pas... c'est lui... oh! mon 1 . 1 *

2 CBORGETTE.

» Dieu, que j'en fommcs aise!., il vous

» consolera, celui-là'. - Q"'' 'lo"c?

. demande la Iriste Tlx'rc.se. —Pardi!

» ce jeune homme fi doux , si aimable, , ce jeune Charles enfin, le v'Ià <iui met

„ pied à terre avec son domestique

„ il ne pouvait arriver plus à propos. „ Hélas ! quoi changement il va Irou- » ver ici! »

11 y a long-temps que nousavons quitté Charles, sachons d'abord pourquoi motif il n'est pas revenu plus tôt h la ferme, malgré la promesse qu'il avait faite à Georgelte de n'Ôtre qu'un mois absent.

En quittant les villageois , le jeune homn.e se rendit sur-le-champ an chlteau de ses parens ; il y trouva tout le roonde dans la plus grande inqu.auce

GEOR CETTE. 3

sur son sort M. de Merville était malade, et l'absence de son filsajoulaità ses souffrances. L'arrivée de Charles calma !es esprits des tendres parens, on lui lit mille questions, et pour se tirer d'embarras il prétexta une chr.te de cheval, un pied foulé, etc., événemens qui sont d'une grande ressource pour les ^ils de famille que l'on envoie faire ictir tour du monde , tandis qu'ils se bornent souvent à faire dans Paris leur tour de géographie.

La maladie de M. de Merville prit une tournure moins grave qu'on ne l'avait craint d aborl ; mais la convalescence fut longue , et le cher fils ne pouvait «éloigner de son père. Déjà le Un^me qu'il avait fixé pour son retour à !a for-

A r.EORGETTE.

,«e .'taU passé; notre amoureux so.ipiraiten songeante « chère Georgelle.

„ Oue va-t-elle penser de moi ? elle cniîra que je IV. oubliée !... » Telles étaient les réOexions du pauvre Charles, qui, pour calmer sa douleur, alhut le xnatin, pendant que son père som.ne.lla;t. promener ses rêveries dans le parc duchât.aa;là, sous un bosquet b.en sombre, il sortait de son sein le mouchoir de Geor^elte , et convra>t de baisers ce gage de la fidélité de sa belle.

les mamans sont clairvoyantes : ma- Jaxne deMerviUe s'aperçut delà m.'-lancolie de sou fils; elle essaya de le fa.re parler, mais le jeune homme n osa.

avouer nu'il-»-^>-«^'''='='-'"'"'' mérité, cette villageoise n'est po.nt une

femme ordinaire , c est une jeune fille charmante , douce de toutes les qualités du cœur et de l'esprit , un modèle de sagesse , de vertus , de constance, enfin un être accompli ; mais ces diables de parens ont une manière d'envisager les choses qui fait beaucoup de tort aux portraits des objets aimés ; ils ne voient point avec le prisme de l'amour ! bien au contraire, ils découvrent toujours quelques défauts, quelques taches qui font ombre au tableau, et un amant n*aime pas à entendre dire du mal de sa belle.

Enfin M. de Merville se rétablit et reprit ses habitudes, qui étaient de passer une partie de son temps avec un ami , dont le château, situé près deRambervillers, était voisin du sien. La promenade,

la chasse fl la pèche, remplissaient les momens de ces messieurs. M. de Mer- Tille offrit à son fils de partager ses plaisirs, mnis celui-ci s'y refusa. Madame de Merville fit alors remarquer à son mari la tristesse do Charles. « Corbleu , ma- -» dame, dit notre genlilhomme,ce garçon- » là tient de moi ; il a déjà voyagé, vu le » monde, et il n*a pas trouvé de femme » qui pût sympathiser avec lui!... voilà w ce qui l'attriste! — Moi , monsieur, je » crois que c'est le contraire... je soup- » çonue qu'il regrette quelque maîtresse. » — Yous croyez cela, madame; vous )> vous imaginez que votre fils a rencontré » tout de suite ce que j'ai vainement clier- 3> ché toute ma vie!... c»'la n'est pasjDOSsij) ble I... Au reste , si cela était , il serait

GEOR CETTE. 7

» bien sot de ne s'être pas assuré de sa » belle!... »

Madame de Merville ne pensait pas comme son époux, elle craigna.t que Charles n'eût mal placé ses senlimens; mais, décidée à suivre le projet qu'elle avait conçu, elle se rendit auprès de son fils, qu'elle trouva, selon sa coutume, assis dans l'endroit Je plus solilaire du parc.

a Tu aimes bien la solitude, Charles?

— Il est vrai, ma mère, je réfléchissais» -— A quelque chose qui t'occupe beaucoup, à ceiju'il paraît. Tiens, Charles, avoue franchement que tu as grande eavie de quitter ces lieux? — Si cela était, il faudrait que le motif fut bien puissant pour que je voulusse m'éloigner de vous!

— C'est aussi ce que nous pensons, M. de Merville et moi. — Comnicnl?... — Mon ami, puisque lu ne veux pas conGer à les parens les secrels de ton cœur, nous agirons plus franchement que loi. Tu as quelque chose qui t'appelle loin de nous, ce serait pour bien des parens un molif pourlerelenirprèsd eux! nous nepensons pas ainsi :1a contrainte ne sert qu'à aigrir les cœurs; elle fortifie les passions au lieu de les calmer. Pars, mon cher Charles, va revoir celle que tu aimes, va surtout l'assurer de sa constance ! mais prends bien garde de le laisser abuser par les apparences!... rSous t'aimons trop, ton père et moi, pour nous opposer à ton bonheur, et lu dois nous aimer as>ezpour ne pas placer les affections dans un objet qui en serait indigne. »

Charles, enchanté de la bonté de sa mère, se jelle dans ses bras en lui promettant de se rendre digne de sa confiance. Au comble de ses vœux , il part dès le lendemain, emmenant son fidèle Baptiste , mais ne se doutant pas que le vieux Dumont le suit de très-près, car ses parens, en lui laissant sa liberté, s'étaient réservé celle de surveiller ses actions.

Charles a hâté sa course pour revoir plus tôt celle qu'il adore. Enfin cette ferme si désirée est aperçue... on presse les flancs du coursier, on arrive, on met pied à terre. Baptiste regarde avec étonnement autour de lui. « Quel silence règne en ces lieux, dit-il ; on croirait que cette Terme a changé de maître !».. »

lO GrORGETTE.

Charles, le ca iir «rrrr , entre préci • pîtamment dans la niai^on.... Personne dans la grande salle... il monte , ouvre une porte, et se trouve eu face de Thérèse et d'Ursule... mais quel changement dans leurs traits! La fermière pâle, abattue , essuie les larmes qui coulent de ses yeux. Ursule sourit en voyant le jeune homme , mais ce sourire même exprime la douleur. Toutes les deux semblent craindre de parler.

« Qu'est-il donc arrivé? s'écrie Charles; pourquoi celte tri.slesse ?... Bonne Thi'rèse , où est donc votre mari ? — Il n'est plus, dit la fermière en fondant en larmes. Charles, anéanti, n'ose plus interroger, il craini d'apprendre un autre malheur. Cependant le nom de Geor-

GEORGETTE. Il

gctte s'échappe de ses lèvn s... « Elle est partie, dit Thérèse; elle m'a abandonnée ! »

Cette nouvelle achève d'accabler le pauvre Charles, il est pendant quelques niomens immobiles... La douleur a glacé ses sens, mais bientôt la jalousie, le désespoir brillent dans ses yeux. « Elle » est partie, dit-il; quand? comment?

)j avec qui?,.. »

Ursule lui raconte ce qui s'est passé pendant son absence; les promenades de Georgette avec le jeune seigneur sont détaillées et conjurées par la vieille. Chaque mot est un coup de poignard pour Charles: Georgette infidèle!....

Georgette dans les bras d'un autre !

quel supplice pour le cœur d un amant !

12 GEORGETTF..

Thérose, qui volt son désespoir, essaie (le le calmer, en faisant entendre que peuUttre la Jeune fille n'est pas aussi coupable qu'on le pense, et qu'il est possible que ce soit contre son gré qu'on l'ait enlevée de la ferme.

Charles accueille cette espérance

mais comment savoir la vérité?... a Je crois, dit Ursule, que c'est à Paris que vous rencontrerez mamzelleGeorgette...

car elle avait une furieuse démangeaison de voir c'te ville-ià. — C'est assez, dit Charles; je pars à l'instant pour Paris. Point de repos pour moi que je n'aie retrouvé Georgette. Si elle est innocente , je dois me hâter de l'arracher au piège qu'on veut^lui tendre. Si elle est coupable, je n'aurai plus qu'à la mépri-

GEORGETTE. l3

ser. — Ah ! dil Tlit^rèse , si elle se ropent, ramenez-la près de moi... que je puisse lui pardonner. .. sa présence me consolera de la perte de ce pauvre Jean!,..

mais, surtout , ne lui dites pas que c'est pour elle qu'il a perdu la vie!... cela l'affligerait trop. »

Charles presse Ja main de Thérèse contre son cœur. Il remonte à cheval , et, suivi de Baptiste, s'éloigne de la ferme...

Pour cberclicr en tous lieux cette ingrate maîtresse , Dont !cs charir.es piqisans commaudaient la tendresse. Il pourra la trouver. . . mais, efforts superflus! I,e trésor qu'elle avait ne se trouvera plus .

Page 1