CHAPITRE
L'entrevue.
On doit se rappeler qu'à l'Opéra Charles avait parlé bas »iGeorgette; il ne lui avait dit que deux mots , lui donnant rendez-vous pour le lendemain aux Champs-Elysées.Georgelte, émue, trou-
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blée, avait promis de s y rendre; peutêtre aussi netait-elle pas fâchée de savoir si son premier amant l'aimait encore.
Charles marchait depuis long - temps sans apercevoir celle qu'il cherchait; déjà il pensait s'être trop flatté en espérant que Georgette seraitfidèle à sa promesse. Les plus tristes réflexions vinrent alors l'accabler : son cœur était encore trop sensible pour une femme qu'il sentait bien ne devoir plus aimer!... mais rarement on commande aux passions, et l'amour est toujours vainqueur d'une tête de vingt ans.
Ce qui désolait le plus Charles, c'était d'avoir tué un homme qui n'avait d'autre tort que d'être aimé de Geor-
gette. Il se repentait de cetle aciion.,... mais le repentir vient trop tard, puisqu'il n'est que Ja conséquence de la faute!... C'est pour cela, sans doule, que tant de gens ne se repentent point ou se consolent si vite.
Le bruit des pas de quelqu'un fait sortir Charles de ses réflexions. Il lève les yeux... c'est une lemme... elle appnroche... c'est Georgette.
Elle est vêtue d'une simple robe Llanche, un grand chapeau cache une partie de ses traits; cependant Charles s'aperçoit qu'elle est pale, défaite ; ses beaux yeux ont rersé des Jarmes...elle ne marche qu'en tremblant; cet état la rend encore plus intéressante. Charles est troublé... ses réflexions sont oubliées, son
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cœur bat avec force... au Hou de faire des reproches à Georgctte , il est prêt à tomber à ses genoux... Oh ! la maudite passion !...
Cependant Charles se contient; il conduit Georgetle sur un banc, «'assied près d'elle, et soupire avant de parler.
I C'est Georgettc qui roiupt le silence : c( Vous avez désiré me parler, mon- » sieur?... — Oui, madenioiseile. — Je
I » me suis rendu à vos désirs: que vou- » lez-vons me dire? — Vous me le de- » mandez, Georgettc!... ah! pardon, » mademoiselle, ce nom n'est sans doute » plus le vôtre; lorsqu'on change de » conduite et de sentimens, le nom que )i l'on a porté au village ne peut que » rappeler des souvenirs désagréables,
» et l'on doit se bâter de le quitter. — 9 Non , monsieur, je n'ai pas changé de » nom. — Je ne croyais pas, lorsque je » vous ai laissée à la f(M'me de vos bicn- » faitcurs, Vous retrouver à Paris si dif- » fé rente de ce que vous élioz alors... t) Ali! Georgette ! il est donc vrai que » vous avez oublié... je ne dirai pas I» notre amour, jamais je n'ui eu le bonj) heur de vous en inspirer, mais ceux B qui ont élevé votre enfance ; ces bons » villageois que la reconnaissance vous o faisait un devoir de ne point aban- » donner. Ah ! Georgette!... si vous con- » naissiez les suites funestes de votre j» fuite !... — Que voulez-vous dire ?... » serait-il arrivé quelque malheur à Jean, » à sa femme ?... Jean n'est plus, il a été n assassiné en voulant courir sur vos tra-
» ces. la nuit même de votre arrivée à » Paris. — Oh! mon Dieu!... et c'est w moi qui suis la cause de sa mortî... w
Georgette répand des larmes en abondance; son cœnr n'était pas insensible ; d'ailleurs, depuis trop peu de temps elle habitait la ville , elle ne pouvait avoir déjà perdu le souvenir de ses bienfaiteurs. Charles, ému lui-même par les larmes qu'li fait verser, cherche à ramener entièrement au repentir celle qu'il voudrait trouver encore digne de son amour. Il lui fait le tableau de la douleur de Thérèse privée de son mari, et abandonnée par celle qui aurait dû la consoler dans son malheur ; il rappelle ses sermens, son amour... cet amour dont il s'était promis de ne plus parler,
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et qui, iiï aigre lui, se déclare de nouveau et le rend plus élocjuent, plus loridre , plus persuasif. Georgclte était rcdevenue la jeune villageoise; son cœur, ému au récit des chagrins de Thérèse et touché de la constance de Charles, était prêt à se rendre... Notre héroïne avait le cœur tendre , nous nous en sommes déjà aperçus, et la suite nous en convaincra sariS doute entièrement.
Charles s'aperçoit de sa victoire , et ^ comme il a déjà acquis ([uelque expérience, il ne veut pas laisser à Georgeltc le temps de la n'flexion ; il! a presse de fuir un séjour dangereux, où l'attendent la honte, la misère et le déshonneur.
» Mais où irai-je? dit Georgette; Thé- » rèse voudra-t-elle encore me recevoir
GEORGKTTE. 4^
» lorsque je l'ai abandonnée ?... *— Vous »^ connaissez la bonté de son cœur; elle » n'a pu vous croire coupable; elle vous V recevra, elle vous pardonnera... — » Ah! Charles, mais vous morne... »
Charles ne peut répondre, mais il presse sur son cœur la main de Georgelle, et ses yeux disent assez ce qu'il sent.
w Je suis prêle à vous suivre, dit la » jeune fille en soupirant... Mais si i on » venait m'arracher à... — ISe craignez X rien, le marquis ne s occupera plus de
» vous. ))
Charles n'en dit pas davantage ; il ne voulait pas faire connaître son duel avec 5aint-Ange; prenant le bras de Georgette, il la conduit à l'endroit où attend
dait la voiture, se place auprès d'elle , et Ja chaise s'éloigne de Paris.
Voilà donc Georgetle redevenue sage... Est-ce l'effet d'un véritable repentir ou la suite d'un moment d'attendrissement ?... c'est ce que nous verrons par la suite de cette histoire ; mais en vain Charles prêchera la jeune fille ! si ses passions l'entraînent vers les plaisirs, elle ne pourra long-temps résister ; la femme trompée par son amant se promet de renoncer à l'amour; le libertin malade de ses excès fait serment d'être sage; le joueur qui vient de perdre son or jure qu'il n'ira plus au jeu ; l'auteur qu'on a sifflé ne veut plus écrire; l'ivrogne meurtri d'une chute promet de ne
plus boire ; mais ces gens-là sont-ils
sincères ?...
chassez le naturel , il revient au galop.