‹ Georgette (volume 2)Chapitre 17 sur 24 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Retour à la ferme.

Après une route assez triste, Georcelte poussant continuellement des soupirs causés par le repentir ou peut-être les regrets; Charles poursuivi par l'image du marquis et incertain sur la conduite

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qu'il devait teuir, on arriva devant la forme.

La vue de ce séjour paisible tira nos voyageurs de leurs rêveries : Georgette fui émue en remarquant le changement survenu dans ces lieux depuis le peu de temps qu'elle s'en était éloignée.

Charles pensait au plaisir qu'il allait causer à Thérèse.

On descend de voiture. Georgette, tremblante , conjure Charles d entrer le premier dans la maison , et de prévenir la fermière de son retour; Charles y consent. Georgette, restée seule, jelte les veux sur ces champs qui lui rappellent lanl de souvenirs î A quelques pas d'elle Georgette aperçoit le chien fidèle qu'elle aimait tant. Le pauvre César sera-

ble partager les chagrins de ses maîtres, | il évite la compagnie; Georgette veut le caresser, il s'éloigne avec effroi... elle le suit... César marche long-temps, il 5'arrôte cnGu dans un endroit sombre, près d'une tertre ombragé de cyprès. L'aspect de ce lieu solitaire frappe le cœur de Georgette d'un secret effroi. Troublée sans en savoir la cause , elle jette autour d'elle des regards craintifs. Le chien s'est arrêté devant une pierre sur laquelle il se couche... Georgette se baisse pour regarder... c'est le tombeau de Jean ! ses genoux fléchissent , elle se prosterne involontairement devant ce simple monument élevé par l'amour conjugal.

Charles a pénétré dans l'intérieur de

la forme, il trouve Thérèse et Ursule , il

leur apprend le retour de Georgette

il plaide sa cause avec chaleur... mais il n'était pas besoin qu'il implorât la bonté de Thérèse, la fermière ne demandait qu a pardonner. « Où est-elle , cette chère enfant?... que peut-elle craindre?... qu'elle vienne, que je l'embrasse en-

core!... )>

Charles, enchanté, court chercher Georgette. Thérèse se livre à la joie, et Ursule marmote entre ses dents :

M lïumî nous verrons si ce repentir^esl » ben sincère !... nous verrons!... »

Charles, étonné de ne pas trouver son amie où il l'a laissée, parcourt les environs delà ferme avec inquiétude; enfin le hasard le conduit près du tom»

beau de Jean , il aperçoit Georgetle prosternée devant la pierre tumulaire. .. il s'arrête pour la contempler. « Ah!

s'écrie Cliaries, Georgetle ne fut qu'égarée! cet hommage, qu'elle s'est empressée de rendre aux mânes de son bienfaiteur, prouve que Tiiigratitude n'a pns flétri son ame î »

Charles ignorait que c'était César qui avait conduit Georgelte au tombeau de son maître.

Le jeune homme prend la main de notre héroïne et la ramène vers la ferme. Thérèse ouvre ses bras à Georc^etle , lui prodigue les plus tendres caresses; celleci, émue déjà par la scène du tombeau, verse des larmes dans le scia de sa bienfaitrice. Charles éprouve une douce émo-

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lion envoyant ce tableau, Ursule ne dif: rien : elle examine Georgette.

La jeune fille repentante est donc de nouveau installée dans la ferme. Elle reprend ses anciennes habitudes, et Char les raccompagne dans ses promenades champCtres.Ces plaisirs ne tjont pas aussi piquans que ceux de Paris, mais ils ont du uioiris le charme de la nouveauté; d'ailleurs, Charles est aimable, il est amoureux, et le cœur de Georgette n'est pas muet auprès de lui.

Cependant notre amoureux n'était oajç^

tranquille: inquiet, irrésolu, il ne savait

à quel parti s'arrêter... Georgette a été-

côupable... ffne peut plus la préscnleF

à ses parens; cependant elle se repcnt.

elle a changé de conduite,.. Pourquoi n. AT

Se GEOlî CETTE.

ne pas lui pardonner? Les lioinn>es auront-ils seuls le droit de comniettre des fautes sans redouter le blâme?Lorscj[u'un sexe faible et sensible s'égare une fois, faudra-t-î! traiter avec mépris et rejeter de la société celle dont les remords ont effacé la faute?

Dieu fit du repentir la vertu des morleli !

D'après cela, Gcorgetle est très-vertueuse... et le préjugé n'a pas le sens commun.

Un jour que Charles faisait ses réflexions (et il y en avait déjà quinze qu'on était revenu à la ferme), Baptiste accourut vers son maître d'un air tout effaré. t Ah! monsieur, j'ai quelque chose de fâcheu:x à vous apprendre ! — Qu'est-ce donc? — Il faut vous hâter de quitter

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ces lieux, si vous ne voulez pas être arxêtë. — Arrêté ! pourquoi? — Parbleu ^ monsieur, pour avoir tué le marquis dô Saint- Ange; sa famille a fait des démarches ; depuis long- temps on vous cherche; enfin on a découvert votre retraite^ et demain, ce soir peut-être, on viendra vous arrêter. — Mais qui t*a appris tout cela? Un bon paysan de Bondy, que je quitte à l'instant. Tenez, m'a-t-il dit, je suis un bon diable , j'aime à rendre service; vous êtes le valet de ce jeune monsieur qui habite la ferme ; avertissez votre maître qu'il n'a que le temps de se sauver; les gendarmes sont venus dans notre chaumière , ils nous ont questionnés sur ce jeune homme, j 'avons bonnement dit ce que j' savions; mais quand nous avons vu que c'était pour Tarrêter^

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j'noussomnics bcn promis ma femme et mol, d- faire ce que je pourrions pour le sauver. Ils sont allés montrer leur ordre chez M. le maire et chercher du renfort; pendant ce temps j'sommes accourus vous prévenir, maintenant prévenez, votre maître; adieu. Voilà, monsieur, ce qu'on m'a dit; vous voxez que nous n'avons pas de temps à perdre. »

Charles se décide à profiter de l'avis du bon paysan. « Partons, dit-il, quittons Georgelte puisqu'il le faut. Une absence de quelques mois sufllra pour apaiser le., recherches; on ne sait ni mon nom ni le lieu de ma naissance;on abandonnera des poursuites inutiles, alors )C pourrai revenir en ces lieux, et ie jugerai si le repentir de Georgelte est sincère.

Allons, Baptiste, prépire nos chevaux. »

Le fidèle serviteur ue se fait pas répéter cet ordre, car il tremble de voir arriver les gens qui poursuivent son cher raaîlre. Pendant qu'il se hâte , Charles se Vend dans la salle où travaillent Thérèse et Georgelte. «Je viens vous faire mes adieux^ leur dit-il en entrant. » La fermière le regarde avec surprise; Georgetle lève sur lui des yeux bien expressifs. uQuoi vous me... vous nous quittez encore? — Il le faut; mais j'espère qu'a mon retour rien ne pourra plus nous séparer.— Mais pour quel motif ce départ précipité?... — Les momens sont précieux; je ne puis vous apprendre ce qui me force à^m 'éloigner, mais vous le saurez bientôt après mon départ... ne me jugez pas

alors p\ oupable que je ne le suis.— Que voulez-vous dire?... — Adieu, chère Georgetle; adieu, bonne Thérèse... vous approuverez, j'en suis certain, le parti que j'ai pris. »

Georgetle , interdite par ce prompt départ, ne sait plus que penser; Charles l'embrasse ; d'un regard il la recommande à la fermière; puis, faisant un eflbrt sur lui-même , il s'éloigne , se bâte démonter à cheval, et, suivi de Baptiste, fuit cette ferme, où il laisse toujours son bonheur.

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