CHAPITRE V
Le Diable s'en mêle !
Georgette et Thérèse ne savaient que penser d'un aussi brusque départ. « Il » nous a dit que nous en saurions bien- » tôt la cause , répétait Ursule ; atten- » dons et nous verrons. »
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Mais en vain elles attendirent; huit jours se passèrent sans qu'elles en apprissent davantage. On ne vint pa§ , ainsi que l'avait cru Charles, faire des reclierchesà la ferme, parcequ'on ne songeait pas à l'arrêter.
Georgette finit par se persuader que Charles ne l'aimait phis, et que c'était là le véritable motif de son départ. Notre héroïne soupirait, les jours s'écoulaient tristement : la présence de Charles avait fait supporter à Georgette la monotonie de la ferme , mais son départ avait tout changé. La saison des beaux jours tirait à sa fin : déjà le triste octobre approchait , la verdure perdait ses <:ouleurs', la teinte iaunâlre de l'automne remplaçait dans les bocages celle de l'es-
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pérance, et bientôt riiabitaat des campagnes (levait fouler sous ses pieds ce dernier ombrage de rarrière-saison.
Georgette voyait avec effroi s'approcher le moment où , renfermée dans sou modeste asile, il faudrait vivre sans aucune disttaclion. Pour celui qui chérit la ville, qu'elles sont tristes les veillées villageoises'... Chaque journée se ressemble:
celle de demain sera comme aujourd'hui!... C'est ainsi que pensait Georgette; le souvenir des plaisirs qu'elle avait goûtés tourmentait son esprit , l'image de Saint-Ange se mêlait à ses pensées ; cependant elle était piquée de la facilité avec laquelle il l'avait laissée s'éloigner et de ce qu'il n'avait fait aucune tentative pour l'arracher àson rival.
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Peut-être, en retournant à la ferme, Georgette espérait-elle que le marquis ne l'y laisserait pas long-temps.
« Que les hommes sont perfides, répétait noire jeune fille en regardant tristement à sa fenêtre; ce Saint-Ange me fait mille sermens de m 'aimer toute la vie, il me jure que je fais son bonheur... et il ne fait aucune démarche pour me revoir. Ce Charles, qui a l'air de m'adorer et d'être au désespoir d'une petite inûdélité que je lui ai faite bien innocemment! à peine m'a-t-il ramenée en ces lieux , où je lui donne par mon retour la plus grande preuve d'amour, eh bien ! il s'en va , il me quitte sans donner même une seule raison!... Fiezvous donc au serment des hommes!..,.
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non, oh ! je n'y croirai jamais... Ils nous donnent l'exemple de l'inconstance , mais je le leur rendrai bien quand j'en Irouverai l'occasion ! »
Un mois après lo départ de Charles , Georgelle devînt encore plus chagrine , plus rêveuse... le temps ne faisait qu'augmenter sa tristesse en lui laissant pressentir un cruel événement !...
ISotre héroïne acquit la certitude qu'elle serait bientôt mère; c'était jouer de malheur! Georgette, en proie à la plus \'ive inquiétude, fuyait les habitans de la ferme ; elle tremblait que l'on ne 5'aperçût de sa situation. Au lieu d'avouer son état à Thérèse, elle évitait ses regards et s'enfermait dans sa chambre pour se livrer à ses réflexions. Elle crai-
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gnait maintenant le retour de Charles, et n'aiirail pu se résoudre à le rendre témoin de sa iiontc : persuadée d'ailleurs qu'il ne l'aimait plus , elle ne doutait pas que son déshonneur n'élevrit une barrière insurmontable entre elle et lui,
La fermière, qui s'apercevait de la tristesse de Georgelte , Tattribuait à l'absence de Charles ; Ursule , seule , hochait la tête ; elle pensait que la jeune fdle méditait quelque nouvelle escapade.
Un soir que tout le monde était rassemblé devant la ferme pour goûter les plaisirs d'une belle soirée d'automne , deux hommes passèrent plusieurs fois devant l'habitation , mais assez loin pour qu'on ne pût distinguer leurs traits.
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(( Vraiment, dit Ursule, Je ne sais pas ce que ces hommes manigancent entre eux, mais ce qu'il y a d'sûr, c'est que, depuis plusieurs jours, je les aperçois qui rôdent autour de la ferme; ils regardent, ils examinent, ensuite ils se sauvent dès qu'ils voient du monde !.. — Serait-ce des voleurs? dit la fermière effrayée. —
Je ne le croyons pas malgré leur
adresse à se déguiser , il y en a un que je crois ben reconnaître! je me doute de ce qu'ils clierclient !... — Qu'est-ce donc, Ursule ? — Suffit!... je me trompe peutêtre , mais nous verrons. »
Ursule ne voulut point en dire plus :
Georgette n'avait pas fait beaucoup attention à son discours ; mais le len<^iemain, au point du jour, en se mellant à
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sa fenêtre , elle aperçut deux hommes se diriger du cùté de la ferme. Le souvenir des inconnus dont Ursule parlait la veille, se retrace à sa mémoire: curieuse de savoir quels peuvent être ces hommes , elle reste à sa fenêtre et attend qu'ils approchent pour tacher de distin-
guer leurs traits.
Les étrangers avancent en re2;ardant autour d'eux si personne ne les voit, l'un
des deux fait des signes à Georgette
oui; c'est bien à elle qu'il s'adresse
il approche de la fenêtre , et sous sont habit de paysan Georgette reconnaît Lafleur.
a Eh quoi! c'est vous, Lafleur? — Oui, mademoiselle; parbleu, il y a long-temps que je rôde autour de cette ferme pour
tâcher de vous parler, mais je vais mettre a profit ce moment , et , pour nous mettre à l'abri de surprise , mon cama-
rade va faire le guet. »
Lafleur relourne h. son camarade , le place en sentinelle , et revient a Georgelte , qui attend avec impatience que Lafleur lui fasse connaître le motif qui Tamène près d'elle.
a Ce n'est pas sans peine , mademoiselle, que je parviens à vous parler!
il y a ici une vieille servante maudite qui se trouve toujours devant moi. Enfin , hâtons-nous; je viens vous chercher pour vous conduire à Paris. — A Paris, Lafleur ? vous ne pouviez me faire un plus grand plaisir dans ce moment-ci. — Vraiment; mademoiselle, je suis enchanté de vous
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voir si bien dispo«t^e. — Et SairV-An^, Lafleur? — M. Saint-Ange * mni^emoiselle !... j'ai bien des choses à vou' «lire de sa pari. — Pourquoi n'est-il pas venu avec vous? — Ah !.., pour une raison que je vous apprendrai en chemin... mais nous Ti'avons pas le temps de parler de cela ; il ^lut songer d'abord... »
( Ici le compagnon de Lalleui toussa pour avertir que quelqu'un venait. )
a Au diable î les importuns î je parie que c'est encore la vieille. Tenez, mademoiselle , lisez ce billet , dont je m'étais pourvu d'avance ; demain , à la même heure, je viendrai chercher la réponse. »
Lafleur jelLe dans la chambre de Georgetle un billet enveloppé autour
d'une pierre, puis se sauve avec son camarade ; il était temps: déjà Ursule élait sur îa porte de la ferme.
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