‹ Georgette (volume 2)Chapitre 19 sur 24 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Portrait d'un homme du jour.

Mais il me sembJc que lious avion

laissé ie valet près du marquis lorsque

celui ci tomba frappé d'un coup mor-

lel : avant d'aller plus loin , voyons ce

que fit alors mons Lafleur.

Notre valet avait toujours dans sa poche un flacon renfermant un cordial très-bon en pareille circonstance. Il fait avaler à Saint-Ange quelques gouttes de la liqueur ; le marquis ouvre les yeux, mais ses regards sont mourans ; sa voix est tellement affaiblie qu'il peut à peine prononcer ces mots : « Je sens , Lafleur, que je n'ai plus que peu d'inslans à vivre ; mais promettez-moi... avant que je n'expire...

«—Oui, monsieur, s'écrie Lafleur, qui croit avoir compris ce que son maître veut dire : je vous renouvelle la promesse que je vous ai faite ce matin de ne point laisser mademoiselle Georgette au pouvoir de votre rival ! »

Saint -Ange remue la tête; sa voix

éteinte prononce quelques paroles que Lafleur ne peiit distinguer; il expire sans s'être fait comprendre , car l'j valet s'était trompé : l'approche de la mort avait changé la manière de penser du marquis. Ce jeune homme , qui au fond n'était pas méchant et n'avait que les travers communs à ses pareils, éprouvait alors des regrets de sa conduite avec la jeune villageoise , et c'était pour engager Lafleur à la reconduire à la ferme qu'il avait essayé , mais en vain , de se faire entendre de lui. Lafleur ayant été chercher du monde, on porta

Je corps du marquis à son hôtel. Saint- Ange était orphelin , personne ne pleura sa mort et ne songea à le venger. « C'est dommage , dirent quelques femmes qui

•avaient été ses maîtresses , ce jeune

homme-Ià promettait beaucoup ! —

Vraiment, oui , dirent les fidèles amis qui l'aidaient à se ruiner; c'était un fort bon enfant qui vivait très-bien. »

Ces messieurs firent une pirouette, ces dames allèrent à leur miroir, et Saint- Ange fut oublié, parce que ces messieurs et ces dames étaient d'une complexion tellement délicaîe que cela leur eût donné des vapeurs de parler plus longtemps d'un mort.

Lafleur, en rentrant à rhôlel,y apprit que madame (c'est ainsi qu'on nommait Georgette) était sortie depuis le matin sans que l'on sût où elle était allée. « Parbleu ! je le saurai bien, moi, dit en lui-même notre fripon, w Ensuite, s'étant muni d'une grosse somme d'argent, fruit

'jO GEORGETTE.

de ses honnêtes épargnes , il laissa Via tendant et les autres domestiques S( disputer avec la justice , le reste de h fortune de Saint-Ange , et quitta l'hôte pour se loger provisoirement dans unr chambre garnie , jusqu'à ce qu'il cùl trouvé une condition digne de ses lalens.

Lafleur réfléchissait, depuis deux jours, à la manière dont il pourrait s'y prendre pour remplir la promesse qu'il avait faite à son maître. Quoique mauvais sujet, nions Lafleur tenait à ses engagemens; et puis, celui-ci avait quelque chose de piquant qui flattait son amourpropre et son goût pour l'intrigue; ravir une femme à son amant, tâcher de lui faire commettre sottise sur sottise , et

cela pour complaire à son maître Qiorl 1 c'était un trait nouveau et digne ie lui.

Lafleur avait cherché Georgette dans tout Paris. Le second jour de ses perjiMsitions, comme il rentrait à sa demeure , bien j)ersuadé que Georgette , n'étant pas dans la ville, ne pouvait être cju a la ferme, son portier l'avertit qu un monsieur était vemi le demander et qu il le priait de passer chez lui le lendemain dans la matinée.

Lafleur regarde l'adresse que Ton a remise au portier :« M. de Lacaiîle/rue de Yendôme, au Marais... Oh ! oh! que peut me vouloir cet original?,.. N'importe , je ne manquerai pas au rendcz-

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