‹ Georgette (volume 2)Chapitre 21 sur 24 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le feu d'aï tificf.

Il est minuit ; à cette heure , dans les campagnes, il n'y a que les amans, les voleurs et les chiens de garde qui soient éveilIt'S.LaÛeur ne redoutait aucun aman l, il ne craignait pas les voleurs, et, quant

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ânx chiens, il s'était muni de boulettes contre lesquelles devait échouer leur surveillance.

Lafleur avance avec assurance vers la ferme. Arrivé contre le mur de la cour, il s'arrête , regarde attentivement toute les parties de l'habitation. Il n'aperçoit aucune lumière et n'entend pas le plus léger bruit.

Persuadé que tout le monde dort, hors Georgette , il pose à terre une lanterne sourde et un petit paquet.

(Nous saurons bientôt pour quel usage ce paquet figurait dans cette affaire.) La clôture de la cour était basse et dégradée , Lafleur jette une échelle de ioie à laquelle sont adaptés deux crochets de fer, puis reprenant lanterne el II. lo

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paquet, il monte à l'assaut, et le Yoilà dans la cour.

« Morbleu! dit tout bas Lafleur, mademoiselle Georgelte, vous m'exposez à

mille dangers Si je suis aperçu , ces

rustres me pendront!... et c'est pour Tos beaux yeux que je me serai sacrifié... mais j'ai promis de vous ramener à Paris, et un honnête garçon n'a qu'une parole... en avant! »

I! fait quelques pas. ..un chien s'avance furieux et aboyant après lui; le valet, préparé à cette attaque , lui jette des boulettes et se retranche derrière des vieilles futailles, prêt à combattre son ennemi, mais le pauvre César ne sait pas résister à la tentation, il se jette sur les

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friandises dont on le régale , et passe de l'ivresse au trépas.

Lafleur sort de sa cachette ; après s'être assuré de la mort du chien, il se dispose à chercher la chambre de Georgette, il craint que les jappemens de César n'aient donné l'alarme , mais alors il fera usage du paquet, c'est la dernière ressource , il ne doit l'employer qu'à Textrémité.

Mais que renfermait donc ce mystérieux paquet? rien que de très-innocent, lecteur, comme vous Tallez voir :

une forte liasse de pétards et de fusées, dont l'explosion , sans être dangereuse , devait j le désordre dans la ferme , et, à la faveur du bruit, du tumulte et de la fumée , Laûeur comptait enlever

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Georgetle , dans le cas où il ne pourrait pas y parvenir par des moyens plus doux.

Déjà Lafleur a fait plusieurs fois le tour de la cour en regardant attentivement chaque croisée. Dans le fond sont sans doute celles de Georgetle ; mais il y en a plusieurs. Deux escaliers conduisent aux chambres du premier lequel prendre?... il serait dangereux de frapper à une porte..,, Lafleur balance enfin on ouvre une fenêtre... c'est

Georgetle sans doute qui l'aura attendu ; cependant, de peur de se tromper encore, et se rappelant l'aventure du malin , Lafleur s'éloigne de la fenêtre , se place en face , et attend qu'on se fasse connaîJrc pour se montrer jtussi.

C'est effectivement une femme qui paraît à la fenêtre ; Lafleur écoute :

« Ct'sar ! Gësar! Eh bon Dieu!

qu'est-il donc arrivé à ce pauvre chien!

Je Tons pourtant entendu japper!

César!... Oh! oh! ceci n'est pas clair! Faut que je m'assurions par moi-même de ce qui en est... »

On referme la croisée. « Maudite vieille ! s'écrie Lafleur, qui a reconnu Ursule , faudra t-il donc que je te trouve partout , et que tu sois toujours la pour contrecarrer mes projets!... Mais je ne renonce pas à l'entreprise... Ailons vite , une idée lumineuse... La vieille va descendre... elle trouvera le chien mort

elle jettera l'alarme dans la ferme !

Pour empêcher cela, il faut l'effrayer et Ja forcer à servir mon projet. »

Le valet se retranche daasun coin de la cour, d'une main il tient sa lanterne et son artifice, et de l'autre un gros gourdin qu'il vient de ramasser. La vieille descend par un des escaliers du fond, et s'avance de son côté. Ursulejtient une lumière ; elle est dans un grand négligé ; une simple camisole enveloppe, sans les cacher enfièrement, ses chastes appas; un petit jupon de laine dessine des formes qui ne sont plus séduisantes, et les objets que l'on aperçoit ne sont pas capables de détourner Lafleur de son projet de vengeance.

Ursule marche vers la niche du chien, elle la visite... Mais point de César ! Elle cherche autour d'elle, et voit le pauvre animal étendu sur la terre. Elle pousse

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\in cri : « Oh ! mon Dieu , le pauvre César est mort... il a été empoisonné... Il V a des voleurs dans la maison... courons... — Silence ! maudite vieille , ou je t'assomme. »

Ursule lève les yeux... Lafleur est près d'elle et la menace du redoutable gourdin... elle tombe h genoux et se jette le nez contre terre.

« Allons , morbleu ! pas tant de frayeur, je ne suis pas un voleur. — Non, Vous verrez que c'est un honnête homme ... — Je n'en veux pas à votre argent. —Et il a tué nol' pauvre César. — Il faut m'obéir, ou je vous assomme, pour vous p unir de ra'avoir vidé un pot-de-cham« bre sur la tête. »

Ici , Ursule lève les yeux , et recon-

naissantLafleur,elleparaîtmoins effrayée, ff Comment, c'est Tjas.». sur qui ce matin...— Oui, c est moi; vous avez cru que cela se passerait comme ça... — Quoi, vous vous fâchez pour si peu de chose? — Peu de chose... m'arroser de la ^ tète aux pieds... — Ah! je vous assure que ce notait que... — Taisez-vous î...

et conduisez - moi tout de suite à la chambre qu'habite Georgetle. — Et pourquoi faire? — Cela ne vous regarde pas.

— Mais... — Point de mais, ou je frappe... Marchez. »

Ursule, n'osant résister, paraît se ré-, signer; elle engage Lafleur à la suivre; elle traverse la cour , monte un a calier , puis un autre, puis traverse un corridor, puis redescend... Lafleur s'Impatiente.

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« Quel diable de chemin me faitesvous prendre? — Ah! c'est que, voyezvous, nous l'avions logée dans un endroit bien retiré, c'te p'tite. — C'est ce qu'il me paraît. — C'était pour qu'on ne vînt pas la dénicher. — Vous avez pris une peine inutile. — Dame, vous êtes trop

futé pour nous! Mais, t'nez , nous y

v'ià. »

Ils étaient alors devant une porte qui terminait un long corridor. Ursule frappe très-fort. En vain Lafleur l'engage à ne pas faire tant de bruit; la vieille continue, et appelle en se nommant, u Parbleu , dit Lafleur, elle ne se lèvera pas pour vous!... Et il se met à appeler de son côté en se collant conlre la serrure.

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