II. Il
On entend enfin du bruit dans la
chambre. Ursule alors veut s'éloigner,
disant à Laileur qu'il n'a plus besoin de
ses services, mais celui-ci la retient
par le bras, l'avertissant qu'il faudra
qu'elle ait la complaisance de passer le
reste de la nuit dans la chambre de
Georgette, où il l'enfermera, de crainte
qu'il ne lui prenne envie de s'opposer
à leur fuite.
Ursule paraît contrariée , elle ne reste qu'en tremblant ; mais Lafleur ne la lâche pas... Enfin on ouvre la porte , et, au lieu de Georgette , ce sont trois garçons de ferme qui paraissent devant Lafleur.
« Tombez-moi sur ce coquin là , mes enfans, s'écrie Ursule, en cherchant à
GEOEGETTE. 123
se débarrasser de son ennemi ; mais ce- 3ui-ci, outrcMe fureur et honteux de s'être laissai attraper, saisît ]a vieille par le milieu du corps, l'enlève et )a jette sur les assaiilans.... Ce fardeau arrête les paysans , deux culbutent sous la vieille, le désordre se met dans leurs rangs.
Cependant les villageois et la vieille se relèvent, on court après Lafleur; celui-ci n'a que le temps de descendre l'escalier quatre à quatre... Arrivé dans
la cour, il veut escalader la muraille -
mais la frayeur lui Ole les jambes , il ne retrouve plus son échelle; il entend les villageois qui approchent, il va être pris... Une porte ouverte s'offre à lui.,... c'est celle d'un petit bûcher... Il n'apàs
jrj^/J GEORGETTK.
le choix des moyens, il entre, et s'enferme le mieux qu'il lui est possible.
A peine est-il dans le bûcher, que les ' garçons de ferme sont dans la cour. On le cherche de tous colés, dans tous les coins. « 11 faut qu'il soit caché dans le bûcher, » dit une voix que Laflcur reconnaît pour celle d'Ursule.
Les villageois frappent contre la porte ils l'am-ont bientôt enfoncée..... \o danger devient imminent... Ladeur n'a plus qu'une ressource... il va en fairo usage: sans réfléchir aux dangers défaire son explosion dans un lieu rempli de vieux bois, il place son paquet dans mi coin du bûcher, s'en éloigne le plus possible en formant une longue mèche avec de la laine dont il s'est pourvu.
CEORGETTE. I^Sf
Avec sa lanterne , qu'il a heureusement conservée , il met le feu à la mèche, et, comme le feu ne gagne que lentement, il aie temps d'ouvrir la porte du bûcher et de sortir avant que la flamme n'ait atteint l'artifice.
Les paysans qui voient sortir Laflcur croient qu'il se rend volontairement prisonnier; ils le saisissent au collet et se préparent à lui faire payer ses gentillesses... lorsqu'une détonnation terrible se fait entendre, la ferme en est ébranlée, la porte du bûcher saute avec fracas et se brise en éclats ; les villageois se roulent par terre en poussant des cris épouvantables. Pendant qu'ils crient , S6 heurtent et se sauvent , Lafleur regarde h chaque croisée... Il aperçoit Georget-
te... « Eh ! vile , lui dit-il , descendez , il faut profiter du tumulte pour vou^ sauver. — ^ Mais, Lafleur, je suis en chemise... — Eh! qu'importe? prenez vos vêtemens sous vos bras , vous vous habillerez en chemin. »
Georgette fait ce qu'il lui prescrit.
Pendant qu'elle descend , Ijafleur aperçoit avec otonnement une fumée épaisse sortir du bûcher, et des flammes gagner les autres bâtimens.
Le valet est étonné de l'effet que produisent ses pétards... il prévoit des suites fâcheuses, mais le mal est fait : il ne s'agitplusquedeprofiterdeseseffets.Geor' gelte arrive, elle a passé une[robe, mais elle est presque suffoquée par la fumée qui augmente à chaque instant. « Oh ! mon
DieUjLafleur, qu'est-ce que c'est que cela? .— Ce n'est rien , Mademoiselle , qu'une espièglerie de ma façon. ^— Mais ce feu ?... — Ne craignez rien !... Ce n'est qu'un feu d'artifice, dans cinq minutes il n'y paraîtra plus. Profitons du désordre pour nous esquiver. — J'ai la clef du jardin. — Tant mieux , sortons par là, nous ne serons pas aperçus.»
Les fuyards gagnent précipitamment le jardin : bientôt ils sont hors de son enceinte. Lafleur fait courir Georgette jusqu'à l'endroit où est la voilure : la jeune fille monte. Lafleur, avant d'y prendre place , tourne ses regards vers la ferme : il voit des tourbillons de flammes embraser le bâtiment. L'obscurité de la nuit rend ce spectacle encore plus effrayant.
ja8 GEORGETTE.
« Diable, dil Lafleiir en lui-même, mon artifice a été plus loin qnc je ne voulais! Ah! mademoiselle Georgetle, ▼otre personne coûte cher à bien du monde. »
Craignant que la lueur extraordinaire, causée par l'incendie , ne découvrît à Georgette ce qui était arrivé, Lafleur ordonna à son camarade de les mener au grand galop , et bientôt il perdit de vue le théâtre de ses exploits.
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