‹ Georgette (volume 2)Chapitre 3 sur 24 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Le Fermier Jean.

»< Que fais-ta là, petite? — Vous le ^'oyez bien î je me repose et je déjeune. — Tu es en route de bon matin ! — Ça n'est pas étonnant ; j'ai couché sur le grand chemin. — Bah! et où vas lu

^^ CEORGKTTE.

donc comme cela! — Je riVn sais rien.

— Mais d'où vicns-tii? -, De qiiel(|ue part oii je ne veux pas retourner. »

Ce dialogue avait lieu sur la grande route entre Georgelte cl un pelit homme doué dune physionomie ouverte et dont la mise annonçait un riche cultivateur. Georgette avaitconru to!ile la nuit; elle ujarchait saiis s'inquiéter des chemins; l'essentiel pour elle, c'était de s'éloigner de la maison de M. Rudemar; ^a seule crainte était d'élre rattrapée, car elle devinait ks IraîtemensqueGcrtrude lui ferait endurer; enfin, exténuée de fatigue, elle s'était assise aîi point du jour sur le l^orud'iui fossé, et s'y était endormie jusqu'au moment où la ^ùm lui avait iait ouvrir les yeux.

GFORGETTE. ^>

Le petit homme qui avait interrogé Gcorj^ette restait devant elle et la regardait avec intérêt: Tair décidé, la mine éveillée, la singularité des réponses de la petite fille ( car Georgette n'avait alors que onze ans) , tout en elle le surprenait. Quant à Georgette, elle ne faisait plus aiiciiue attention à lui, et continuait à manger tranqudlenient une partie des provisions quYdle avait emportées.

Au bout de cinq minutes , le voyageur recommença ses questions : « Comment t'appelles-tu? — Georgette. — Ton âge? — Bientôt onze ans. — Que sais-tu faire? — Lire, écrire, travailjer. — Yeux-tu venir avec moi? » Ici Georgette se mit à réfléchir, puis corn*

mença à son tour à le questionnpi:

a Où allez-vous? — A Épinal toucher un héritage, et ds là je m'en revientirai à Bondy, oùjo demeure avec ma femme.

— Est-ce loin d'ici à Bondy? — Sans doute; mais comme tu es trop jeîine pour faire tant de chemin à pied, nous prendrons la diligence à l'endroit où jenVarréîerai. — Quoi '.j'irai en voiture?.. ah! que c'est amusant!... je vais avec vons. — Mais ton père et ta mère ne pleureront - ils pas de ton absence ?

— Ah! monsieur, je n'ai jamais eu de papa ni de maman !,.. — En ce cas, lève-toi , donne-moi la main et partons.»

Georgette n'hésita pas, et la voilà en roule, tenant d'une main son précieux panier, et donnant l'autre à son compa-

GEOR CETTE. -i^

gnon de voyage. Avant tralleravec ?u\, faisons plus ample connaissance avec U petit homme.

Jean était un brave homme clans tonte raccoption du mot. Simple fermier, il avait épousé la bonne Thérèse; ils demeuraient près de Bondy et vivaient heureux et tranquilles ; leur fortune s'était accrue, elle était plus que suffisante pour leurs besoins, et le seul chagrin cfe ce bon ménage était de ne pas avoir d'enfant. Jean, quoirpie brusque et bourru par fois, possédait uncœur sensible et nue âme franche. Voilà: qjiel était le protectenr qfjc !e hasarr? avait donné à Georf^etle.

Tout en marchant, Jean fit encore

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diverses questions à la jeune fille; celleci finit par lui avouer la vérité, raaisne lui nomma pas la ville qu elle habitait. Jean n insista pas : convaincu par le ré-cit de Georgette qu'elle avait été fort malheureuse, il pensa que ce ^'était pas faire mal que de la protéger et de la garder, puisque ceux à qui elle appartenait ne remplissaient pas avec clic les devoirs de bons parcns.

La confiance la plus intime ne tarda pas à sétabhr entre nos deux voyageurs. Jean se félicitait d'avoir trouve un enfant auquel il portait déjà la plus tendre affection , il devinait le plaisir qu'il causerait à Thérèse en lui présentant celle qui allait leur tenir lieu de fille. Quant à Georgette, la joie quelle

éprouvait d'être à l'abri des tappes de Gertrude , la mettait hors d'elle-même . elle riait, chantait , sautait, et charmait Jean par la vivacité de ses reparties. « Morguienne ( disait le petit homme en lui-même), v'Ia une jeunesse qui sera joliment espiègle ! »

Nos voyageurs arrivèrent à Épinal ; leur séjour dans cette ville ne fut pas long ; Jean étant seul héritier n'eut de procès avec personne , au grand déplaisir de messieurs de la chicane , qui , en Lorraine comme ailleurs, savent embrouiller les affaires. Jean , ayant réalisé ses fonds, prit Georgette dans ses bras et monta avec elle dans la diligence , qui devait les conduire àleurdestination.

Nous allons les suivre , si vous le

aS CrOKGETTK.

trouvez bon. . Ah î je vous entends tléj i, lecteur, vous écrier: Encore une diligence, on ne lit que cela!... Et pourquoi donc n'en ferais je pas une au'-si? que m'importe qu'on eu ait déjà fait vingt, trente... cent même! pourvu cpie la mieiiue vous amuse, n'est-ce pas tout ce (pi'il faut ? Ne voyons- nous pas au spectacle, dans une pièce nouvelle, ce que nous avons vu cent foiscLuis les vieilles? ne courons-nous pas toujours, anxieux d'arlifice, aux ballons, aux illuminations et autres nouveautés de ce <yenre? r^vec une nouvelle maîtresse ne faisons-nous pas la munie chose qu'avec rancienne? ... Les manières, les modes changent, le fond est toujours le même depuis que le monde existe; nous aimons , nous nous bâtions , nous nian-

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geons, nous bavons, nous dormons , etc. ; et ce qui est très-heureux , c'est que cela nous amuse toujours; et coU" sequentia co7iseqiientlum ^ je puis bien faire aussi un chapitre de diligence'

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