‹ Georgette (volume 3)Chapitre 11 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Effets de l'inconduite .

Notre héroïne, en s'éveillant, fol

très-étonnée de se retrouver dans le

simple appartement de la rue de*

Moulins, et de n'être toujours que Geor-

getle, rien que Georgette!

Ses esprits se calaient; elle se rappelle son aventure de la veille, et s'étonne d'avoir consenti à souper dans, le galetas où demeure M. Duchenu ; sa coquetterie se révolte à l'idée de loger avec un homme dont lc:s manières sont si peu délicates, et elle prend la résolution de ne pas revoir Duchenu.

Mais le temps s écoulait ; il fallait > pour subsister, diminuer le mobilier ou toucher aux parures , nécessité cruelle qui jetait Georgette clans de sombres pensées ou lui rappelait son penchant pour le théâtre.

Un soir , on frappe à sa porte ; Geor* gette ouvre? et reconnaît, avec étonne*

ment , M. Duchenu. II ne pouvait arriver dans un moment pl„s favorable ; Georgette pensait aux moyens de débuter.

«Me voilà, ma chère amie; n'ayant Pas de vos nouvelles, je viens en

chercher. Je nejoue pas ce soir, ce qui est très-rare; aussi je gage qu'ils n'auront personne. J'ai profité de l'occasion pour venir voir ma belle aux réflexions; depuis quinze jours vous avez eu le temps d'en faire. Eh bien ! qu'avez-vous décidé? — Sa vez-vous, monsieur Duchenu, que vous êtes bien

pressant? Ah! ma belle, dans

notre état, nous sommes si las déjouer les scènes d'amour qu'à la ville nous.

allons vite au fait, Les stratagèmes, les

GEORGETTÉ. 3 j

ruses, Jes aveux, les soupirs.... nous savons tout cela par cœur!... cela ne nous amuse plus du tout. ~ Je vois qu'avec vous il est inutile de feindre les grands sentimens... Je vous dirai donc , sans cérémonie, que j'accepte vos propositions.... mais à une condition!....

— Parlez, morbleu ! tout ce qu'il vous plaira. — Je veux débuter à votre théâtre, pour lequel je me sens une vocation décidée. — Tant mieux !.„ je vous pousserai vigoureusement!... Un baiser pour celer le marché,... »

Duchenu en prit un, en prit deux ?

en prit en différens endroits, et finit par prendre tout ce qu'il voulut , Géorgie ne jugeant pas nécessaired'opposer de résistance à un homme qui paraissait

3a GF.ORGETTE.

disposé à la pousser, on effet, très-

vigoureusement.

Lorsque M. Duchenu eut assez pris de choses, il se jeta dans un fauteuil et regarda l'appartement de Georgelte. «Sais-lu, ma chère amie, que tu es logée comme une princesse!... c'est

vraiment trop beau, ici! — Mais

chez toi c'est t:op laid. — A quoi te servent ces consoles, ces vases? — C'est le bon genre. — C'est du luxe, du superflu! mais je t'aurai bientôt débarrassée de tout cela. — Comment?

— Sois tranquille! D'abord, ton

-parquet est trop glissant , je ne pourrais faire deux pas sans tomber!... — Tu t'y accoutumeras. — Non; de par tous les diables... tu auras soin de ne plus le faire frotter; c'est du luxe ! — Mais.:'...

— À propos, comment te nommestu?... — Je m appelle...— Eh bien! tuTas oublié?... le nom qie tu voudras, cela

m'estégal! Georgette. — Georgette,

soit. Je gage que tu n'as pas toujours

eu ce nom-là? — C'est vrai. — J'en

étais sûr!... Je connais les femmes, moi;

elles ne m'en feront jamais accroire!...,

— Tu es bien heureux ! — Je suis comme

ça. J'ai aussi le talent de leur faire faire

tout ce que je veux. — Bath!... cela

me paraît difficile!.... — Oh! j'ai un

moyen pour cela. — Quel est-il ? —

Tu îe sauras quand nous nous connaî*

trons mieux. — Est-ce celui que tu

viens d'employer tout à l'heure?

Fi donc!... celui-là est trop commun!.... j'en ai un plus noble! plus énergique!

plus digne d'un artiste !... — Je doute

qu'il vaille l'autre. — Tu verras ; mais , il est tard ; je retourne chez moi faire un paquet de mes rôles , mettre tout en ordre , et , demain , je viens m'établir ici. Adieu , ma belle Georgette. »

Duchenu l'embrasse et s'éloigne.

Georgette trouve que son nouvel amant a le ton bien décidé et qu'il ne paraît pas aimer les contradictions, mais les choses en sont à un point si avancé, qu'elle ne peut plus reculer; d'ailleurs, Duchenu lui a promis de la faire recevoir à son théâtre, et toutes les idées dramatiques de Georgette se présentant en foule à son imagination, elle ne s'occupe plus que de la nouvelle carrière qu'elle va parcourir.

GEOEGETTE.

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GEORGETTE. 3j

persuadé que formée parlutelle devait obtenir de grands succès.

Devenue l'élève de Duchenu, Geoiv gette avait pris l'habitude de lui obéir, et cette femme, que les bienfaits n'avaient pu attacher, devenait l'esclave d'un homme brusque, bourru, qui achevait de la ruiner, et se permettait de la frapper lorsque les leçons n'ailaient pas à son gré,

Quelquefois Georgette pleurait oa voulait résister à Duchenu; mais alors les regards de celui-ci devenaient si terribles, il agitait avec tant de fureur son énorme rotin, que Georgette , effrayée, obéissait, tandis que Duchenu se félici*

tait sur son moyen de faire faire aux femmes tout ce qu'il voulait.

Qu'on ne soit pas étonné xle voir Georgette, qui jusqu'ici a montré au caractère pour faire des sottises, se laisser maltraiter par un histrion : l'abus de la vie, l'ennui, la misère, affaiblissent les organes , et tel fut un héros dans sa prospérité, qui, si la fortune change, montre la faiblesse d'un enfant.

Duchenuqui trouvait que le mobilier de Georgette ne se mangeait pas assez vite , amenait chaque jour quelques-uns de ses camarades pour diner ou souper.

Le dîner se passait assez sagement, parce que ces messieurs, jouant le soir, étaient forcés d'être sobres; mais au

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souper, ne craignant plus les sifflets, on ne gardait aucune retenue : souvent les jeunes-premiers amenaient leurs maîtresses, Georgette était chargée de faire les honneurs à la société, et, si elle témoignait de l'humeur ou de l'ennui, un soufflet, ou une autre gentillesse de M. Duchenu, la rappelait à sondevoir.

Pauvre Georgette! elle pouvait dire comme Georges Dandin :

« Tu Tas voulu!... »

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