‹ Georgette (volume 3)Chapitre 14 sur 20 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Moulin du père Simon

Georgette courait, courait sans s'arrêter, sans regarder derrière elle, et sans savoir où elle allait. La crainte cVétre reprise et enfermée de nouveau lui donnait du courage; cependant la

St. georgette.

fatigue l'emportant sur la peur , elle tombe au pied d'un arbre, épuisée, et ne pouvant aller plus loin.

Notre héroïne jette autour d'elle des regards inquiets : elle est au milieu des champs; et dans la rapidité de sa course , elle ne s'était pas aperçue qu'elle passait la barrière. L'aspect de la campagne dissipe ses alarmes. Plus tranquille sur son sort, et ne craignant pas d'être retrouvée si loin , Georgette s'étend sur l'herbe, à l'ombre du feuillage qui commençait à embellir de nouveau la nature. Une pierre lui sert d'oreiller; elle le trouve cent fois plus doux que celui de sa prison; car la liberté fait d'une couche grossière le lit le plus voluptueux.

Georgette goûta quelques heures de repos , mais bientôt la faim la réveilla ; il fallait satisfaire son estomac, mais comment? les poches de l'habit du geôlier ne renfermaient rien.

G-eorgpèUé se lève, se oreille,

soupire, et regarde autour d'elle......

mais elle n'aperçoit que des champs!

L'idée de retourner chez Duchenu se présente à son esprit; mais Duchenu est à Paris , il serait imprudent d'y rentrer aussitôt; d'ailleurs elle n'en aurait pas la force,

Dans cette situation , Georgette se résume : îe plus pressé est de dîner , et comme elle ne peut rien espérer en restant sous un noyer dont le fruit

n'est pas mrme en fleur, elle se remet

en marche , bien résolue à entrer dans

la première chaumière qu'elle apercevra.

Au bout d'un quart d'heure de marche, c'est un moulin qui s'offre aux regards de Georgette.

« Parbleu , dit-elle , on ne me refusera pas à dîner sur ma bonne mine, »

et elle marche avec assurance vers le moulin.

N'oublions pas que Georgette porte toujours le costume masculin, et qu'elle fait un assez joli garçon ; son air mutin, ses yeux vifs et spirituels, son bonnet posé sur le côté, et cette grâce qu'il

n'appartient qu'aux femmes de posséder, tout cela rend fort piquante la physionomie du petit geôlier.

Un gros papa tout blanc était oceu^ pé devant le moulin à charger des sacs de farine sur une charrette. Georgette l'aborde.

«Dites donc, i;ros père, mange-t-on ztoiïs? — Hé! hé! dit le meunier en ouvrant la bouche d'un air hébété , et frappant re ses deux mains sur son grosventrc.il est drôle le petit bonhomme!... Hé! hé! hé!... — Petit bonhomme, p se dit Georgette, qui avait déjà oublié son coutume. Mais se remettant aussitôt, elle se garde bi détromper le meunier, espérant nvo-

86 CrORGfcTTT..

fiter de la .«Ah <;a ! je vous

demande si l'on dîne chez vous ? — Morguienne! il serait bon, que nous qui faisons manger les autres, nous n'pussions pas mange* nous-mêmes!...

hé! hé! hé!... — VdulW-'Vous me

donner r? — A dîner hi!

hi! Iii !... Eh . il est sans gène le

petit bonhomme !... C\ -, vaL..

j 'sommes de bonnes gens; entre, tu mangeras la soupe avec nous. — Ah !

voià qui est parler!... >;

Georgette frappe amicalement sur le ventre du père Simon (c'est le nom du meunier); celui-ci recommence ses hé, hé, hi, hi!... et appelle Manon d'une voix enrouée. « Qu'est-ce que c'est que Manon? — Tu vas voir comme

elle est grasse!... — C'est votre femme, sans cloute? — Non, c'est ma jument.

— Nous n'avons pas besoin d'elle

pour dîner ~ Ouais! il faut que

ma Manon dîne aussi. . Eh! Manon î

— Votre jument n'est pas à jeun depuis

hier matin? — t'eroïs ben !. aile

mange six fois par jour'... Tu verras la belle bête.. . Eh! Manon ! »

Heureusement pour Georgette , qui s'impatientait, que Manon parut; le meunier courut au devant de sa jument; la belle bète, qui vit de loin venir son maître, se retourna au moment où il s'approchait, et lui donna une ruade dans le ventre; le meunier tomba sur l'herbe, Georgette courut à lui, craignant qu'il ne fût blessé,

niais le père Simon , qui était habitué aux gentillesses de Manon , se releva en se froltant le ventre, et poussa des hi, hil... plus forts qu'auparavant; enfin étant parvenu à saisir la maligne bête, il la mena à l'écurie, et monta avec Georgette au moulin.

La table était dressée, le dirier prêt. Deux garçons meuniers et une grosse commère haute en couleur et taillée en Hercule attendaient pour dîner le retour du père Simon.

h Tiens, not' femme, dit le meunier en arrivant , v'ià un petit drôle que j'amène dîner avec nous... hé!... lie.... >i

La meunière regarda GcorgeUe , et l'examen ne fut pas défavorable à uoire

sur son passage; elle marche vers Georgeîte, tenant à la ni. un un petit bâton .au bout duquel pendent plusieurs courroies de peau : c'est avec ce redoutable martinet qu'elle {'ait marcher son troupeau. Déjà de Tœil et du geste elle menace Georgette, et avant de l'atteindre elle commence par frapper à tort et à travers tout ce qu'elle ren^ contre.

Pour esquiver son ennemie , Georgette se cache derrière les cénobites ; celles-ci, que la scène amuse , profitent du désordre qui règne dans la salle pour abandonner leur ouvrage , sans égard pour la supérieure, qui leur crie de ne pas bouger!.,. Mais déjà elles, n'écoutent plus sa voix, tant l'exemple

est dangereux. Celui de Georgette a produit tout l'effet qu'elle attendait : en un instant la confusion règne partout, l'insubordination est générale.

La vieille, épuisée de fatigue, courant en vain après les prisonnières , tombe suffoquée , au pied d'un banc de la salle. C'est ce qu'attendait la bande dévergondée : toutes les femmes s'arrêtent , et Georgette comme ayant donné l'exemple du courage , prend la parole et commence le discours suivant, que chacune écoute avec attention :

«Mesdames.... ou mesdemoiselles!

je ne suis ici que d'hier soir, et j'en ai déjà assez. Vous qui me paraissez y être depuis long-temps, vous devez être

dégoûtées de travailler!... D'ailleurs, on ne s'habitue pas à^étre battue, à moins que ce ne soit par son amant , et on ne porte pas avec plaisir une robe de bure , lorsqu'on est encore dans l'âge de faire des conquêtes. Je pense donc que vous approuverez le projet que j'ai formé , de me sauver de cette prison , et que vous en ferez autant que moi?

« Oui , oui , s'écrient toutes ies prisonnières , nous ne demandons mieux !... Mais comment faire?...

« Écoutez- moi , reprend Georgette , il faut commencer par empêcher cette mégère de crier, car le guichetier pourrait monter, et cela dérangerait nos projets. »

L'avis de Georgette étant trouvé sage, on s'empare de la vieille, qui menace en vain; on rit de sa fureur, on brave sa colère, et après foi avoir mis un mouchoir sur la bouche, on l'attache à Yun des piliers delà salle.

£ette opération terminée, d'après les conseils de Georgette, on observe le plus profond silence, afin de pas attirer- l'attention des gardiens; puis on aU end ce que va dire le généra! des insurgés de Saint-Lazare.

u CoraiiX-r.<;or:s . dit Georgette, par s venger de cette vieille; moi , pour coups qu'elle voulait me donner, s , pour ceux que vous avez reçus. »

Aussitôt Georgette saisit le martinet,

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et troussant 3a supérieure , expose son véritable postérieur aux regards de l'assemblée, et applique sur les fesses de la gardienne les marques de sa vengeance ; ensuite le martinet passe de main en main, car chaque prisonnière a une vengeance à exercer. Quand la vieille fut bien fouettée, Georgette jeta en l'air le terrible instrument, et dit qu'il fallait que chacune proposât un expédient pour se sauver, et que l'tm choisirait le meilleur.

Jusqu'ici Georgette avaitbien conduit la conspiration ; mais à peine eut-elle demandé les avis de ces dames , que -, toutes parlant à la fois, il devint impossible de s'entendre. En vain Georgette, qui voit le danger qu'elles courent,

70 GEORGïlTTE.

essaie de les rappeler à l'ordre , sa voix se perd dans le brouhaha général!... et le terrible guichetier entre dans la salle, suivi de trois porte-clefs.

« Oh ! oh ! que veut dire ceci ? »

s'écrie notre homme d'une voix de Stentor : toutes les conjurées se retournent et demeurent muettes d'épouvante : la vue du guichetier fait sur elles l'effet de la tète de Méduse. Le gardien aperçoit la vieille attachée dans un coin de la salle, ayant encore à Tair la partie fustigée. « On a fait de belles choses, à ce qu'il me paraît, dit-il en rabaissant les jupons de la vieille 5 mais vous allez la danser à votre tour. »

« Morbleu ! s'écrie Georgette , qui prévoit qu'elle sera la plus maltraitée ? comme étant cause de la révolte, nous laisserons-nous fouetter par ces gre-

dins-là? Allons, mesdames, nous

sommes trente-deux, ils ne sont que quatre; du courage, et imitez-moi!... »

En disant cela , Georgette court vers la porte ; toute la bande que ses paroles ont électrisée, la suit en jurant de la seconder. Le guichetier et ses compagnons veulent retenir les prisonnières ; mais ces femmes à qui l'excès de la frayeur a* donné du courage , tombent à grands coups de poings sur leurs gardiens , et comme elles sont en nombre bien supérieur, elles les tapent 9 les rossent , les bourrent , les roulent ,

y 2 CFOJl CETTE.

ci demeurent maîtresses du champ de

i'Ie.

« Nous pouvons descendre dans les . , dit Georgette , mais ce n'est pas tout; il faut sortir de cefcte maison, et: je crois qu'il y a encore à la porie beaucoup de monde à rosser. — Environ quinze vétérans, dit l'une des demoiselles , et qui ont des fusils et des

ves.

— Quinze hommes armes ! dit

Georgette en poussant un cri d'effroi!... — Quinze hommes armés! » répètent toujes les recluses, et déjà la terreur se peint sur tous ces visages si magnanimes un instant auparavant !.........

Mais ces guerriers étaient des femmes,

héroïne. « 11 est , ma foi , gentil , dit-elle en souriant au petit bonhomme , qu'elle fit asseoir près d'elle, devant une grande assiétée de soupe aux choux.

« Où as-tu donc fait c'te trouvaille-là , 1201' homme?— Devant la porte, tout à l'heure. — Et d'où venez-vous , mon garçon? Des Pyrénées, madame répond Georgette en se bourrant de soupe aux choux rpour réparer l'abstinence forcée du matin). —Des Pyrénées, dit le meunier; oh! oh!... C'es^ il chez des sauvages ça? — C'est bièï* plus loin!... Et vous allez? — \ Paris. — Tiens!... faire voir votre marmotte peut-être? Imbécile, dit fi* meunière, tu vois bien qu'il n'en â pas de marmotte.-. Dame, je ne l'ai

pas fouillé... hé! hé!,.. — Je vais à Paris tâcher de trouver un riche parent et défaire fortune comme lui. — Tiens!

ça n'est pas trop bète... oh! oh! oh!... »

Le dîner finit. La meunière avait eu très-grand soin de son hôte, auquel elle lançait de fréquentes œillades en lui poussant le genou ; mais Georgette, tout entière au plaisir de satisfaire son appétit , se contentait de reculer sa chaise et de regarder sur son assiette , sans réfléchir aux suites que pourrait avoir son déguisement.

Malgré le peu de succès de ses avances, la meunière ne se rebuta pas et ,. attribuant la gaucherie de son voisin à son innocence sur certaines

choses , elle n'en eut que plus envie de faire réussir le projet qu'elle avait formé de déniaiser le petit bonhomme.

Après le repas, le meunier se leva , ainsi que ses garçons. « Ah ça! dit Le père Simon , tu sais , not' femme , qu'il faut absolument que je portions ce soir les sacs de farine au compère Gros-Jean \ c'est à trois lieues d'ici , j'vas monter Manon, et demain ni es le matin je serai de retour. — Comment , tu ne reviendras pas ce soir ? — Non , pardieu! je n'irai pas me remettre en route au milieu de la nuit pour me faire tordre le cou par les voleurs...

Je coucherai chez Gros-Jean. — Mais moi, j'aurai peur c'te nuit toute seule à la maison... car le garde-moulin reste

ici, et t'emmènes Biaise avec toi... — . Eh ben , gn'i'a qu'à faire rester ce petit gas c'te nuit; il couchera au-dessus de toi dans le grenier. Dis, petit, es-tu pressé d'arriver à Paris? — Oh , mon Dieu ! non, répond Georgette; je passerai volontiers la nuit chez vous. — Eh ben , v'ià qu'est arrangé , hé , hé !

L'arrangement convenait parfaite^ ment à la meunière, qui lavait décidé ainsi dans sa tête. Le père Simon descendit foire les apprêts de son voya* ge ; Georgelte le suivit pour se dérober aux agaceries de la meunière, qui ne faisait que la pincer, la pousser et lui marcher sur les pieds. Notre héroïne , qui était rassasiée, commençait à comprendre ce que tout cela signifiait et à

GEORGETTE. g3

craindre que la nuit ne se passât pas tranquillement; mais, comme il était tard , et qu'elle ne pouvait espérer trouver un gîte ailleurs, elle se décida a rester au moulin , s'en remettant au hasard pour terminer cette nouvelle aventure.

Les garçons meuniers retournent chez eux , le garde rentre au moulin , où il s'endort au bruit monotone du tic-tac. Le père Simon attelle Manon à sa charrette et fait claquer son fouet Le voilà parti.

Georgette se promène quelque temps dans la campagne, et admire l'astre des nuits répandant sur la terre cette clarté

bleuâtre qui inspire la mélancolie et donne carrière à l'imagination.

La meunière vient au-devant d'elle...

« Ah ! vous voilà , petit vaurien , c'est ben heureux !... est-ce que vous voulez passer la nuit à regarder les étoiles?

Nous ne nous couchons pas tard , nous autres... — Ah ! pardon... c'est que...— Allons, on vous pardonnera si vous vous conduisez bien. » En disant cela , la meunière lui applique un petit soufflet sur la joue. « Diable!... diable!... pensait Georgette, comment cela finira-t-il?.,. »

On arrive à la maisonnette du meunier. Georgette aperçoit un petit lit dressé près de celui de dame Simone.

« Je croyais coucher au-dessus de vous, dit-elle. — Est-ce que tu es fâché de coucher à côté de moi, nigaud ? dit la meunière en la regardant avec des yeux qui brillaient d'un éclat séducteur,

— Non , sans doute... mais c'est que...

— Allons, allons, couche-toi, petit innocent, »

«Diable!... diable!... se dit Georgette, la situation est embarrassante. » La meunière ne faisait aucune façon pour se déshabiller devant le petit bonhomme ; mais, impaiienlée de voir que celui-ci ne bougeait pas, elle s'écria : «Eh bien, à quoi songez-vous donc? — Dame... c'est que... - — Quoi donc? — Je suis timide... je n'oserai jamais me déshabiller devant vous... — Tu vois bien que je le fais,

§6 ceokgette.

moi. — Ah!... vous êtes plus hardi > vous!... — Ah! petit drôle , tu n'as cependant pas l'air craintif ! — C'est égal, je ne me couche pas, à moins que vous n'éteigniez la chandelle. — Voyez donc ce monsieur qui fait des façons... c'est-i! pas le monde sens d'sus d'sous!... mais s'il ne faut que cela pour te donner de la hardiesse, c'est ben facile. »

Aussitôt la meunière souffle la lainière , et les voilà dans l'obscurité* C'est ce que voulait Georgette. Décidée à ne passe déshabiller, elle fait semblant d'ôter ses vètemens^ et s'enfonce taiït habillée dans le lit.

Cependant la meunière s'était aussi couchée de son côté , assez mécontenté

GEORGETTE. qn

de la timidité de son voisin , et cherchant dans sa tète ies moyens de l'enhardir ; elle toussait , se remuait et parlait pour ne pas laisser tomber la conversation ; George tte faisait semblant de dormir et même de ronfler. La meunière, pensant que le petit bonhomme pouvait avoir besoin d'un peu de repos, se décida à le laisser dormir quelque temps, et à le réveiller lorsqu'il serait suffisamment délassé.

En feignant de dormir, Georgette s'était réellement endormie ; et la meunière, résolue à ne pas laisser la nuit s'écouler ainsi , avait dit comme Mahomet :

ft Puisque la montagne ne veut pas venir à moi, cest moi qui. vais aller à la montagne, »

Gecrgette rêvait qu'elle était redevenue grande clame, qu'elle avait encore un hôtel, \m carosse , clés diamans !.... lorsqu'elle fut poussée assez vigoureusement par-dessus la couverture. Elle se réveille, et se retrouve avec humeur dans la maison du meunier.

« Dis donc... dis donc.o esc-ce que tu dors?... — Parbleu . vous le voyez bien... . — Ah! le nigaud..... il dort toujours... — Eh, que voulez- vous doue que je fasse?... — On te l'apprendra si tu n'en sais rien.... ; et notre héroïne est secouée plus vivement). — Mais, laissez-moi donc... — Tu as assez dormi. — Pourquoi donc vous êtes-vous levée ? — Pour te réveiller... enfant... — Voyez un peu ce beau plaisir. Si c'est pour cela , vous

GEORGETTE. g

pouvez vous recoucher. — Ah ! c'est

que j'avais des puces dans mon lit. -L

Ah! vous avez des puces!... et q,le

voulez-vous que j'y rasss?... __ j, mQ

faut une petite pl.cc auprès de toi.

Non pas, s'il vousplah!... le lit est trop

étroit., et vous seriez sèiJo X ■,;*« 1

c"tzge--te. baisse donc, Colas !

Georgette veut tenir ferme la couverture, mais la meunière est u„e gaillarde robuste; elle lui fi.it lâcher P"se, et se place près du petit bonhomme, qui recule tant qn'd peur; mais les prétentions de madame Simon ne se bornaient pas à coucher près d'une «tatue; d'ailleurs, le jour commençait a poindre, H n'y avait plus de temps à perdre, Georgette va être forcée dans.

GEOHGF.TTE.

ses derniers retrauebemens... quand la raeûmère pousse un cri de surpnse :

.Comment, imbécHle, tu fe^oouche

tout babdlé?..— C'est .non habitude , mo, Et tu nVas fait souffler la ehan-

delle, est-ce que tu te moquera**

moi

6eor8ettenepeutretenirlenv.de

rke que Uu causent la mépnse et le

lit delà meunière; celle-ci est fu- ^se d'être trompée daus son espou.

Ceorgettc se lève pour terminer ces defcts en sortant de la maison ^a.s*-

1 a-e cette actionirrite davantage, ^«Vt .» Petit drôle ,*»

l'acherraffrontquUluiafait.Non.

Pholneveutsécn0ppe,..Penantcete lutte, on entend du bruit à. a porte,

GEORGETTE. IOI

c'est le père Simon qui revient et les garçons qui se rendent à leur ouvrage.

L'arrivée du mari change îe plan de la meunière ; elle pousse des cris terribles en appelant à son secours. Georgette, étonnée, ne sait pas ce que ça veut dire, et îe meunier arrive avec ses garçons pour connaître la cause de ce vacarme.

Madame Simon devient une nouvelle Putiphar , et Georgeltc se trouve dans, la situation de Joseph , sans avoir eu sa vertu.

; Fj;Ra*î5-fï]

' « QuoiquVas donc , not' femme ? s'écrie le meunier. — Ce que j'ai , not' homme, ce que j'ai !... apprends que ce

gredin. .. ce polisson à qui j'avions donné l'hospitalité... eh ben, il voulait te faire cocu... rien que ça!... — Oh! oh! cocu! ah ! ah! — Oui, not' homme; et si tu ne l'es pas !. .. i' n' s'en est guère fallu !... va!... — Ah! ah!... — Regarde comme tout est en désordre ici... dame! c'était pis qu'un possédé... il aurait mis le feu au moulin!... mais vois comme il est confus !.,. il n'ose plus ouvrir la bouche!... »

Effectivement Georgette était toute muette d'étonnement en entendant une accusation aussi plaisante. Son silence persuadait le père Simon de sa culpabilité.

« Oh ! oh ! petit garnement , tu vou-

GEORGETTE. Io3

lais m'en faire porter.. . tu t'étais ben adressé!... ma femme surc'te article-là., vois-tu, j'en sommes aussi sûr que du pas de Manon. — Eh bien , prenez garde de tomber, dit Georgette en riant. — Ah! le drôle!... je crois qu'il rit, dit la meunière, rossez-le à grands coups de gaules!... — Un moment!... s'écrie Georgette qui voit déjà les paysans se disposer à lui donner la bastonnade ; un instant, et vous allez voir si je puis être coupable de ce dont on m'accuse.»

En achevant ces mots, elle jette en l'air son bonnet, ôte sa veste et laisse tomber son large pantalon. Alors le costume féminin , quoiqu'un peu fripé , recouvre notre héroïne , et les habitans du moulin ue peuvent plus douter du

sexe de la personne qu'ils ont logée.

« Vous le voyez, dit Georgette , je suis femme. Vous, dame meunière, lâchez une autre fois de mieux placer vos senîimens, et ne vous laissez plus séduire par l'apparence ; vous , père Simon', ne montez plus Manon, si vous n'en êtes pas plus sue que de votre femme. »

Georgette s'éloigna du moulin sans que personne se mît en peine de la retenir, laissant le meunier tout ébahi de ce qu'il avait vu , et la meunière bien sotte de s'être trompée aussi grossièrement.

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