‹ Georgette (volume 3)Chapitre 16 sur 20 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Voilà où cola mène

La nuit est venue, Georgette marche clans les rues de Paris , sans savoir où elle est? ni où elle ira.

Les réflexions, les regrets, les remords viennent en foule assaillir l'es-

GnORGETTE. 1^5

prit de cette femme qui n'a pas voulu penser, sentir et réfléchir tant qu'elle a cru pouvoir braver l'adversité.

L'histoire de sa vie se retrace involontairement à sa mémoire ; elle s'aperçoit que la coquetterie, l'amour du plaisir et l'inconduîte l'ont entraînée dans la situation déplorable où elle se trouve; elle se souvient de son oncle , de Charles ? de ses bienfaiteurs, ces bons fermiers qui ont tant fait pour elle ! . . . Le malheur a cela de particulier, il donne beaucoup de mémoire ; tandis que, souvent , la fortune la fait perdre.

Georgettese rappelle aussi qu'elle est mère; elle éprouve pour la première

fois le désir de revoir son enfant. Depuis long-temps, elle n'a pas envoyé d'argent aux villageois qui ont soin de son fils; ces paysans auront peut-être abandonné l'enfant !.... ou, plus sensibles que sa mère, ils élèvent sans intérêt le petit garçor. r ses pa-

reils!

Te 1 1 t s so n 1 1 es réfies ions de Georgette* en marchant tristement dans cette ville, qui naguère l'a vue si brillante. Personne ne se douterait que cette femme, dont la mise et la figure annoncent la misère et la souffrance , est la même qui , un an auparavant, faisait retentir la capitale du bruit de ses folies.

Pressée par le besoin, le souvenir de

la ferme se présente à l'esprit] de Geor* gette. ( Elle ignorait le désastre arrivé à l'habitation; Charles avait jugé inutile de l'en instruire. ) Incertaine sur le parti qu'elle prendra, elle voudrait revoir Thérèse, se jeter à ses pieds, lui avouer toutes ses fautes, en implorer le pardon; mais une fausse honte, un reste de vanité l'empêchent d'exécuter»

ce dessein louable; elle ne veut pas se présenter dans l'état où elle est, devant une femme dont elle a fait le malheur. Thérèse croirait-elle à la sincérité de son repentir? Qui trompe deux fois peut tromper mille !. .. Une première faute est souvent causée par l'inexpérience, mais une seconde prouve que le péché a des charmes pour nous.

Georgette rejette donc la pensée de

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retourner près de Thérèse. Cependant , il faut prendre un parti!.... Assise sur une borne, Georgette lève les yeux, et ârde tristement autour d'elle; elle voit passer plusieurs de ces femmes perdues dont Paris abonde; Tune chante, l'autre danse; toutes se livrent à la galté la plus grossière, en agaçant les hommes qui passent près d'elles. L'idée de se mêler à ces viles Créatures s'offre à l'esprit abattu de Georgette, elle ne voit plus d'autres moyens pour ne pas expirer de besoin. « Il est trop tard, dit-elle, pour revenir à la vertu; le repentir est inutile, étouffons ces premiers remords, et cédons à ma destinée!... »

Malgré sa résolution d'étouffer tout

sentiment d'honneur, et de se] lancer dans la carrière de l'opprobre et du vice, Georgette sent son cœur battre, ses ïambes chancellent, elle peut à peine se soutenir; mais elle se persuade que ce tremblement est produit par le besoin, et non par un reste de pudeur : elle cherche à se fortifier dans sa résolution.

Cependant, immobile au coin delà rue, elle n'ose accoster les hommes qui passent devant elle. L'horloge d'une église voisine sonne onze heures. Bientôt les rues seront désertes, et il faudra périr de besoin sur une pierre!... Un jeune homme détourne au coin de la rue où est Georgette; elle s'arme de courage et l'arrête, l'inconnu la repousse

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et va s'éloigner... « Par pitié I... » s'écrie l'infortunée. Au son de sa voix, le jeune homme s'arrête et la regarde avec attention; un réverbère placé à peu de distance éclaire ses traits, Georgette l'examine à son tour : a Charles! » s'écrie-t-elle, et perdant connaissance elle tombe sur le banc de pierre.

a Georgette!... Georgette parmi ces...

ah! malheureuse,» dit Charles (car c'était lui-même). Puis, cédant à la pitié, il tire sa bourse, la met sur les genoux de Georgette, et s'éloigne à grands pas d'une femme dont ia vue déchire son cœur.

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