‹ Georgette (volume 3)Chapitre 17 sur 20 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Éclaircissemer.s nécessaires.

Nous avions depuis ^quelque temps oublié Charles et les habitans du château de Merville, mais le lecteur a sans doute deviné qu'un court séjour dans sa famille devait suffire pour faire naître

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dans le cœur de Charles ce sentiment doux et tendre que la charmante Alexandrin e savait si bien inspirer.

Charles éprouvait, pour sa nouvelle amie, un amour moins violent peutêtre que celui qu'il avait ressenti pour Georgette; mais il goûtait près d'Alexaiulrine un bonheur pur, des jouissances plus douces, et ce sentiment devait avoir plus de durée que l'autre, car les feux les plus violens sont souvent ceux qui s'éteignent le plus vite.

Alcxandrine partageait les sentimens qu'elle faisait naître. Innocente, naïve, ne connaissant point l'art de cacher ce qui se passait dans son cœur, elle ne

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craignait pas d'avouer à son amant qu'elle le payait de retour.

Déjà Charles avait pressé sa mère de l'unir à son amie; mais madame de Merville craignait que son fils, trop prompt à s'enflammer, n'éprouvât pour Alexandrine qu'une passion passagère. Pour s'assurer des sentimens de Charles, elle voulut attendre quelques mois avant de demander pour lui la main de la jeune amie.

Le terme qu'elle avait fixé touchait à sa fin, lorsqu'un accident imprévu retarda encore le bonheur des deux amans : M. de Saim-Ursain tomba dangereusement malade, et Afexaadrine, tout entière aux devoirs que lui impo«

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sait la piété filiale, fut forcée d'oublier pour quelque temps ses espérances de bonheur.

Tout en maudissant un événement qui retardait son union et pouvait avoir des suites funestes, Chai tes admirait les vertus de son amie; témoin des soins assidus qu'elle prodiguait à son père, combien elle lui semblait intéressante, lorsqu'assise au chevet du lit de l'auteur de ses jours, attentive à tous ses mouvemeus, épiant ses désirs, souriant lorsqu'il allait mieux , elle laissait connaître toute la bonté de son âme et toutes les qualités de son cœur. Si, dans ces instans, le souvenir de Georgette se présentait à l'esprit de Charles , il se la rappelait affichant à l'Opéra son luxe

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et sa coquetterie , et reportant ses regards sur le tableau qu'il a devant les yeux : « Ah! disait ~ il 7 quelle différence entre ces deux femmes également jeunes e! jolies!... entre Alexandrine soignant son père et Gcorgette donnant un rendez-vous!... »

Grâce aux soins desafiiie, M. deSaint- Ursain recouvra la santé et nos amans le bonheur.

Après sa convalescence, il fut le premier à rappeler à madame de Merville que leurs enfans devaient être récompensés de leurs tendres soins. La mère de Charles n'avait plus déraisons à opposer , M. de Merville approuvait tout ce qu'on faisait, le mariage des jeunes

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gens fut arrêté; mais comme un futur époux doit faire divers présens à sa prétendue, et que l'on ne pouvait trouver qu'à Paris ce que l'on voulait offrir à la jeune mariée, madame de Merville exigea que son fils s'y rendit, afin de faire lui-même les emplettes nécessaires.

En envoyant son fils à Paris, madame de Merville avait son but : craignant encore que l'image de Georgette ne fût pas entièrement effacée du cœur de Charles, et que devenu l'époux d'Alexandrine, il ne rendît pas sa femme aussi heureuse qu'elle méritait de 1 être, elle voulait soumettre son fils à une dernière épreuve. « S'il n'aime plus Georgette, se dit-elle, le séjour de Paris ne

sera pas dangereux pour lui, il n'y restera que le temps nécessaire pour terminer ses affaires; s'il l'aime encore, et que sa vue lui fasse oublier l'épouse charmante qu'on lui destine, jamais iF ne recevra la main d'une femme qu'il serait indigne de posséder. »

Charles partit pour Paris, mais non plus le cœur palpitant du désir d'y retrouver une femme adorée; oh! il était guéri, bien guéri!... et Georgette n'était pur; rien pour lui.

Ce fut le premier soir de son arrivée à Paris que le hasard qui semblait toujours vouloir réunir Charles et Georgette, les fit se rencontrer daus la rue.

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Le jeune homme s'enfuit après avoir donné sa bourse à Georgette. La situation dans laquelle il venait de la trouver l'affecta vivement, et s'il se fût aperçu, en la laissant sur le banc de pierre, qu'elle avait : perdu connaissance, sans cloute il ne l'aurait point quittée si brusquement. Mais il attribua l'état d'insensibilité où elle était, à la honte d'avoir été vue daus une situation aussi vile par l'homme qu'elle avait jadis trahi et dédaigné. Repoussant le souvenir d'une femme qu'il rougissait d'avoir aimée, Charles écarta toute idée qui eût pu la lui rappeler, et n'en mit que plus de zèle à hâter son départ de Paris.

Ayant achevé ses emplettes et terminé les commissions dont on l'avait char-

gé, Charles reprit avec joie le chemin

du château de Merville, où l'attendaient l'hymen et l'amour.

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