CHAPITRE XIII
l'amant comme il y en a peu.
Jean était mort depuis un mois, lorsqu'un maiin Ursule aperçut deux hommes à cheval entrer dans la cour de la ferme. — Eh ! ma chère maitressij, je ne me trompe pas... c'est lui... oh! mon Dieu, que j'en sommes aise... il vous consolera, celui-là... — Qui donc? demanda la triste Thérèse. — Pardi! ce jeune homme si doux, si aimable, ce jeune Charles enfin ; le v'ià qui met pied à terre avec son dor--estique.., il ne pouvait arriver plus à propos!... Hélas! quelchangement il va trouver ici !...
Il y a longtemps que nous avons quitté Charles, sachons d'abord pour quel motif il n'est pas revenu plus tôt à la ferme malgré la promesse qu'il avait faite à Georgette de n'être qu'un mois absent. ■
En quittant les villageois , le jeune homme se rendit de suite au château de ses parents; il y trouva tout le monde dans la plus grande inquiétude sur son
sort. M. de Merville était malade, et Tabsenci de son lils ajoutait à ses souffrances. L'arrivée de Charles calma les esprits des tendres parents; on lu* fit raille questions, et, pour se tirer d'embarras, il prétexta une chute de cheval, un pied foulé, etc., événements qui sont d'une yrande ressource [)Our les lils de famille que l'on envoie faire leurtourdu monde, tandis qu'ils se bornent souvent à faire dans Paris leur cours de géographie.
La maladie de M. de Merville prit une tournure moins grave qu'on ne l'avait craint d'abord; mais la convalescence fut longue, et le cher lils ne pouvait s'éloigner de son père. Déjà le terme qu'il avait fixé pour son retour à la ferme était passé ; notre amoureux soupirait en songeant à sa chère Georgette. — Que va-t-elle penser de moi? elle croira que je Tai oubliée!... Telles étaient les réflexions du pauvre Charles, qui pour calmer sa douleur , allait le matin, pendant que son père sommeillait, promener ses rêveries dans le parc du château ; là, sous un bosquet bien sombre, il sortait de son sein le mouchoir de Georgette, et couvrait de baisers ce gage de la fidélité ie sa belle.
Les mamans sont clairvoyantes : madame de Merville s'aperçut de la mélancolie de son fils ; elle essaya de le faire parler, mais le jeune homme n'osait pas avouer qu'il aimait une villageoise; à la "vérité, cette villageoise n'est point une femme ordinaire, c'est une fille charmante, douée de toutes les qualités du cœur et de l'esprit , un modèle de sagesse, de vertu, de constance, enfin un être accompli... mais ces diables de parents ont une manière d envisager ^es choses qui fait beaucoup de tort aux portraits desy objets aimés; ils ne voient point avec le prisme de l'amour ! bien au contraire, ils découvrent toujours ^^ueîques taches qui font ombre au tableau, et un amant n'aime pas à entendre dire du mal de sa belle,
Enfin M. de Merville se rétablit et reprit ses habitudes, qui étaient de passer une partie de son leinps avec un ami dont le château, situé près de HaniDervilliers, était voisin dusien...La promenade, la chasse et la pêche remplissaient les moments de ces messieurs. M. de Merville offrit à son fils de partager ses plaisiit, mais celui-ci s'y refusa. Madame de Alerville lit alors remarquer à son mari la tristesse de Charles. — Corbleu, madame, dit notre gentilhomme, ce garçon-là lient de moi ; il a dféjà voyagé, vu le monde, et il n'a pas trouvé de femme qui pût sympathiser avec lui!... voilà ce qui l'attriste! — Moi, monsieur, je crois que c'est le contraire... Je soupçonne qu'il regrette... quelque maitresse... — Vous croyez cela, madame; vous vous imaginez que votre fils a rencontré tout de suite ce que j'ai vainement cherché toute ma vie!... cela n'est pas possible!... Au reste, si cela était, il serait bien sot de ne s'être pas assuré de sa belle!...
Madame de Merville ne pensait pas comme son époux, elle craignait que Charles n'eût mal placé ses sentiments; mais, décidée à suivre le projet qu'elle avait conçU; elle se rendit auprès de son fils, qu'elle trouva, selon sa coutume, assis dans l'endroit le plus solitaire du parc.
— Tu aimes bien la solitude, Charles? — Il est vrai, ma mère, je réfléchissais... — A quelque chose qui t'occupe beaucoup, à ce qu'il parait. Tiens, Charles, avoue franchement que tu as grande envie de quitter ces lieux? — Si cela était, il faudrait que le motif fût bien puissant pour que je voulusse m'éloigner de vous ! — C'est aussi ce que nous pensons, M. de Merville et moi. — Comment?... — Mon ami, puisque tu ne veux pas confiera tes parents les secrets de ton cœur, nous a ir ms plus franchement que toi. Tu as quelque chose qui t'appelle loin de nous, ce serait pour bien des parents un motif pour te retenir
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prés d'eux; nous ne pensons pas ainsi : la contrainte ne sert qu'à aigrir les cœurs ; elle fortifie les passions au lieu de les calmer. Pars, mon Charles, va revoir celle que lu aimes, va surto'it t'assurer de sa constance!... mais prends bicR garde de te laisser abuser par les apparences!... Nous t'aimons trop, ton père et moi, pour nous opposer à ton bonheur, et tu dois nous aimer assez pour ne pas placer tes allections dans un objet qui en serait indigne.
Charles, enchanté de la bonté de sa mère, se jette dans ses bras en lui promettant de se rendre digne de sa confiance. Au comble de ses vœux, il part dès lendemain, emmenant son fidèle Baptiste, mais ne se doutant pas que le vieux Dumont le suit de très-près; car ses parents, en lui laissant sa liberté, s'étaient réservé celle de surveiller ses actions.
Charles a hâté sa cource pour revoir plus 'ôt celle qu'il adore. Enfin, cette ferme si désirée est aperçue... on presse les flancs du coursier, on arrive, on met pied à terre. Baptiste regarde avec étonnement autour de lui. — Quel silence règne en ces lieux, dit-il, on croirait que cette ferme a changé de maître !...
Charles, le cœur serré, entre précipitamment dans la maison... Personne dans la grande salle.... il monte, ouvre une porte, et se trouve en face de Thérèse et d'Ursule.... mais quel changement dans leurs traits : la fermière, pâle, abattue, essuie les larmes qui coulent de ses yeux. Ursule sourit en voyant le jeune homme; mais ce sourire même exprime la douleur. Toutes les deux semblent craindre de parler.
• Qu'est-il donc arrivé? s'écrie Charles, pourquoi cette tristesse!... Bonne Thérèse, où est donc voti'f marr> — Il n'est plus, dit la fermière en fondant en larmes, Charles, anéanti, n'ose plus interrogea, il craint un nouveau malheur... Cependant le nom de ^is'^T'. gette sort de ses lèvres... — Elle est partie, dit TLérès'^ dUe m'a abandonnée!
Cette nouvelle achève d'accabler le pauvre Charles, il est pendant quelques moments immobile. ..'La douleur a g:lacé &es sens, mais bientôt la jalousie, le désespoir brille dans ses yeux. Elleesî partie! dit-il. quand? comment'? avec qui?...
Ursule lui raconte ce qtii s'est passé pendant son absence; les promenades de Georgette avec le jeune seigneur sont détaillées et conjecturées par la vieille. Chaque mot est un coup de poignard pour Charles. Georgette infidèle!... Georgette dans les bras d'un autre!... quel supplice pour le cœur d'un amant! Thérèse, qui voit son désespoir, essaie à le calmer, en faisant entendre (iiie peut-être la jeune tille n'est pas aussi coupable qu'on le pense, et qu'il est possible que ce soit contre son gré qu'on l'ait enlevée de la ferme.
Charles accueille cette espérance... mais comment savoir la vérité?... — Je crois, dit Ursule, que c'est à Paris que vous rencontrerez mamzelle Georgette... car elle avait une furieuse démangeaison de voir c'te ville-là. — C'est assez, dit Charles, je pars à l'instant pour Paris. Point de repos pour moi que je n'aie retrouvé Georgette. Si elle est innocente , je dois me hâter de l'arracher aux pièges qu'on veut lui tendre. Si elle est coupable, je n'aurai plus qu'à la mépriser. — Ah ! dit Thérèse, si elle se repent, ramenez-la près de moi... que je puisse lui pardonner... sa présence me consolera de la perte de ce pauvre Jean!... majs surtout ne lui dites pas que c'est pour elle qu'il a perdu la vie ! cela l'aflligcrait trop.
Charles presse la main de Thérèse contre son cœur. Il remonte à cheval, et, suivi de Baptiste, s'éloigne de la ferme...
Pour chercher en tous lieux cette ingrate maîtresse, Dont les charmes piquants cominandaient la tendresse 5 11 pourra la trouver... mais, elîbris superflu! l/î tréB'.'f qu'^Ue avait ne se trouvera plusl
CHAPITHE XIV