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RETOUR A LA FERME

Après une route assez triste, George tte poussant continuellement des soupirs causés par le repentir ou peut-être les regrets ; Charles poursuivi par l'image du marquis, et incertain sur la conduite qu'il devait tenir, on arriva devant la ferme.

La vue de ce séjour paisible tira nos voyageurs de leurs rêveries : Georgette fut émue en remarquant le changement survenu dans ces lieux depuis le peu de temps qu'elle s'en était éloignée. Charles pensait au plaisir qu'il allait causer à Thérèse,

Oïl descend de voiture. Georgette, tremblante, conj:ire Charles d'entrer le premier dans la maison, et de prévenir la fermière de son retour ; Charles y consent. Georgette, restée seule, jette les yeuy sur ces champs qui lui rappellent tant de souvenirs \ A quelques pas d'elle, Georgette aperçoit le chien fidèle qu'elle aimait tant. Le pauvr'^ César semble partager

les cliairrins de ses maîtres, il évite la compagnie ; Geor^iette veut le caresser, il s'éloigne avec eli'roi. . elle le suit... Ccsai-mai'che longtemps, il s'arrête enlin dans un endroit sombre, près d'un tertre ombragé de cyprès. L'aspect de ce lieu solitaire trappe le cœur de Georgette d'un secret etïroi. Troublée sans en savoir la cause, elle jette autour d'elle des regards craintit'.s. Le chien s'est arrêté devant une pierre sur laquelle il se couche... Georgette se baisse pour regarder. . . c'est le tombeau de Jean ! ses genoux fléchissent, elle se prosterne involontairement devant ce simple monument élevé par l'amour conjugal.

Charles a pénétré dans l'intérieur de la ferme, il trouve Thérèse et Ursule, il leur apprend le retour de Georgette... il plaide sa cause avec chaleur... mais il n'était pas besoin qu'il implorât la bonté de Thérèse, la fermière ne demandait qu'à pardonner. — Où est-elle, cette chère enfant?... que peut-elle craindre?... qu'elle vienne, que je l'embrasse encore!...

Charles, enchanté, court chercher Georgette. Thérèse se livre à la joie, et Ursule marmotte entre ses dents : — Hom ! nous verrou.^ si ce repentir est ben sincère!... nous verrons!...

Charles, étonné de ne pas trouver son amie oii il l'a laissée, parcourt les environs de la ferme avec inquiétude ; enlin U; hasard le conduit près du tombeau de Jean, il apcr«;oit Georgette prosternée devant la pierre tumulairc... il s'arrête pour la contempler ; — Ah ! s'écrie Charles, Georgette ne fut (|u'égarée! Det Jiommage qu'elle s'est empressée do rendre aux mânes de son bicnlaiknu' prouve que l'ingratitude a'a pas llélri son âme.

Charles ignorait ((ue c'était César qui avL^t conduit Georgette au tombeau de son maître.

Le jeune homme prend la main de notre héroïnt et la ramène vers la ferme. Thérèse ouvre ?( s bras à Georgette, lui prodigue les plus tendres caresses;

celle-ci, émue déjà par la scène du lombeau, y rerse des larmes dans le sein de sa bienfaitrice. Charles éprouve un& douce émotion en voyant ce tableau; Ursule ne dit rien, elle examine Georgette.

La jeune lille repentante est donc de nouveau installée dans la ferme. Elle reprend ses anciennes habitudes, et Charles raccompagne dans ses promenades champêtres. Ces plaisirs ne sont pas aussi piquants que ceux de Paris, mais ils ont du moins le charme de la nouveauté; d'ailleurs Charles est aimable, il est amoureux, et le cœur de Georgette n'est pas muet auprès de lui.

Cependant notre amoureux n'était pas tranquille : inquiet, irrésolu, il ne s&vait à quel parti s'arrêter... Georgette a été coupable... il ne peut plus la présenter à ses parents ; cependant elle se repent, elle a changé deconduite... Pourquoi ne pas lui pardonner? Les hommes auront-ils seuls le droit de commettre des fautes sans redouter le blâme? lorsqu'un sexe faible et sensible s'égare une fois, faudra-t-il traiter avec mépris et rejeter de la société celle dont les remords ont effacé la faute ?

Dieu fit du repentir la vertu des mortels.

D'après cela, Georgette est très- vertueuse... et le préjugé n'a pas le sens commun.

Un jour que Charles faisait ces réflexions (et il y en avait déjà quinze qu'on était revenu à la ferme), Baptiste accourut vers son maître d'un air tout ^llaré : — Ah ! monsieur, j'ai quelque chose de fâcheux à vous apprendre! — Qu'est-ce donc! —Il faut vous hâter de quitter ces lieux si vous ne vc'J.ez point être arrêté. — Arrêté! pourquoi? — Parbleu, ra.msieur, pour avoir tué le marquis de Saint- Ange ; sa famille a fait des démarches : depuis longtemps on vous chercJie; enfin on a découvert votre retraite, et demain, ce soir peut-être, on viendra vous arrêter. — Mais qui

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t'a appris tout cela ? — Un bon paysa i de Bondy çne je quitte àTinstant. Tenez, m'a-t-ilditj je suis un Don diable, j'aiinf^ à r^yndre service; vous êtes le valet de ce jeune monsieur qui habite la ferme; avertissez votre maître qu'il n'a que le temps de se sauver; les gendaimes sont venus dans notre chaumière : ils nous ont questionnés sur ce jeune homme, j'avons bonnement dit ce que j' savions ; mais quand nous avons vu que c'était pour Tarréter, j' tîous sommes ben promis, ma femme et moi, d' faire ce que je pourrions pour lé sauver. Ils sont allés montrer leur ordre chez M. le maire et cherche" du renfort, pendant ce temps je sommes accouru vous prévenir, maintenant prévenez vot' maître, adieu. Voilà, monsieur, ce qu'on m'a dit, vous voyez que nous n'avons pas de tenips à perdre.

Charles se décide à profiter de l'avis du bon paysan.

— Partons, dit-il; quittons Georgette puisqu'il le faut. Une absence de quelques mois suffira pour apaiser les recherches; on ne sait ni mon nom, ni le lieu de ma naissance, on abandonnera des poursuites inutiles; alors je pourrai revenir en ces lieux, et je jugerai si le repentir de Georgette *st sincère. Allons, Baptiste, prépare nos chevaux.

Le fidèle serviteur ne se fait pas répéter cet ordre, car il tremble de voir arriver lef5 gens qui poursuivent son cher maitre. Pendant qu'il se hâte, Charles se rend dans la salle où travaillent Thérèse et Georgette.

— Je viens vous faire mes adieux, leur dit-il en entrant. La fermière le regarde avec surprise , Georgette lève sur lui des yeux bien expressifs : — Quoi!... vous me... vous nous quittez encore? — Il le faut; mais j'espère qu'à mon retour nen m pourra plus nous séparer. — Mais pour quel motif ce départ prélipité^.... — Les moments sont précieux, je ne puib vous apprendre ce qui me force à m'éloigner ; mair. vouf le saurez bientôt après mon départ..., ne rae

ju^^ez pas alors plus coupable que je ne le suis! — Que voulez-nous dire?... — Adieu, chère Georgette, adieu, bonnu Tiiérèse...; vous approuverez, j'en suis certain, le parti que j'ai pris.

Georgette, interdite par ce prompt départ, ne sait plus que penser, Cliarles Tembrasse; d'un regard il la recommande à la fermière, et, faisant un effort sur lui-même, il s'éloigne;, se liàte de monter à cheval, et, suivi de Baptiste, fuit cette ferme où il laisse toujours son bonheur.

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