‹ GeorgetteChapitre 28 sur 44 · ZULMÉ · texte numérisé non relu

ZULMÉ

Peu de temps après la visite de Georgette à M. l'administrateur, elle reçut l'ordre qu'elle sollicitait pour débuter parmi les nyinplies de Terpsichore.

C'est alors que les soins de Lalleur eussent été utiles à Zulmé (c'est le nom de théâtre que Georgette avait pris) ; il fallut que Rose redoublât de zèle pour faire réussir sa maîtresse et triompher des intrigues que fomentaient les nombreuses rivales de la débutante Georgette s'étonnait des cabales, des menées, des disputes dont elle était l'objet; étrangère jusqu'alors a la carrière du théâtre, elle ignorait (ju'une armée de cent mille hommes est plus facile à conduire qu'une ti'oupe de quinze ou vingt comédiens. Elle ne connaissait pas encore les jalousies, les préférences, le prétentions ridicules, les droils d'ancienneté (}ui éloi giient les talents, les passe-droits qui dégoûtent le auteurs, les claqueurs qui soutiennent la médiocrité, et les sifflets du public, qui tôt on tard, font justice de ce qui est mauvais.

Georgette débuta et fut bien accueillie; non qu'elle eût beaucoup de talent, mais Rose avait acheté les trois quarts du parterre, et les gens comme il faut ne sifflent point; d'ailleurs la débutante était fort jolie; ses charmes relevés par tout ce que l'art inventa pour séduire les yeux, étaient, à la scène, d'une fraîcheur à tromper les habitués de Torehestre, ce (|ui est beaucoup dire.

Bientôt la belle Zulmé fut plus en vogue que )ie l'avait été madame de Rosambeau ; les ollres les plus brillantes, les cadeaux, les billets doux se succédaient chez la jolie danseuse. Rose, malgré son érudition en galanterie, ne savait auquel entendre; sa maîtresse était la divinité du jour, la femme à la mode, et à Paris la mode vaut une fortune.

L'hôtel de Zulmé était devenu le rendez-vous des merveilleux de la capitale : chaque matin, entourée d'un essaim d'adorateurs de tous les âges et de toutes conditions, mais tous à équipage (on n'était pas reçu sans cela), notre héroïne payait d'un sourire, d'un regard, d'un mottlatteur les hommages d'hommes qui se croyaient trop heureux en se ruinant pour elle.

Georgette aurait pu, avec un peu de prévoyance et moins de folies, amasser une fortune; mais jouir du présent sans songer à Tavenir, telle était sa devise ; elle n'avait jamais écouté que sa tête, et ce n'était point au milieu du tourbillon des plaisirs qu'elle pouvait devenir raisonnable.

Tous les soirs on donnait chez Zulmé de ces petits soupers qui durent toute la nuit : on jouait gros jeu; les perdants se consolaient en faisant sauter le Champagne ; les gagnants célébraient leurs triomphes auprès des belles ; une joie bruyante, des chansons licencieuses, des scènes scandaleuses, terminaient ces nuits de débauche; les rayons du jour trouvaient encore dans l'hôtel les convives, qu'il fallait, pour la plupart, reporter chez eux.

Laissons Georgette se livrer sans frein, sans retenue â toutes ses passions, et voyons si Charles est encore ensorcelé.

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