‹ GeorgetteChapitre 30 sur 44 · CATASTROPHE · texte numérisé non relu

CATASTROPHE

Noua avons laissé Georgette au milieu d'une fouie d'adorateurs se disputant l'honneur de se ruiner pour

lab 'le Zulmé; ce qui n'était nallemciit difficile, grêice au l'jse insaleiit qui régnait dans riiôtel de catte naoderv.r Las.

Mais à Paris, où tout est vogue et engouement, la mode aime à cliauger de favoris, et Kose s'aperçut bientôt qu'une nouvelle débutante allait éclipser sa maîtresse : en soubrette fidèle, elle courut appre:)dre à Georgette un événement qu'il fallait tâcher de parer.

— Madame, lui dit-elle un matin, ne vous étonnez plus si on vous délaisse, si vous ruinez moins de monde depuis quelque temps : sachez qu'une noavelle beauté attire tous les regards. C'est une jeune fille deseize ans, fort jolie, à ce que l'on assure, et, ce qu'il y a de pis, une Agnès, une innocente!...

— Ah! Rose, comment nous opposer à ses succès?

— Eh ! madame, il faut cabaler!... la faire sililer le jour de son début, payer des gens pour faire du tapage : on criera, on se disputera, on se battra ; on fera aboyer des chiens au parterre, on jettera des chats du paradis : cela fera un charivari superbe!... On criera au feu, s'il le faut ; les spectateurs se troubleront, les femmes se sauveront; personne ne s'entendra; on s'en ira de mauvaise humeur, et la débutante sera trouvée détestable.

— Ton plan est délicieux, et je l'approuve... Cependant je crains, si la débutante est jolie, que nous n'en soyons pour nos frais de conspiration :...

— Eh ! qu'im{)orte ! madame, conspirons toujours !... nous veiTons après!... nous en serons quittes pour nous jeter dans la réforme, si cela est nécessaire; mais, en attendant, cabalons !

Le plan de cabale étant arrêté. Rose fit agir tous les ressorts de l'mtrigue. Georgette, moins versée (pie sa suivante dans ces sortes d'affaires, ne la secondait qu'en fournissant l'argent nécessaire pour payer les affidés de mademoiselle Rose. Georgette prodiguait l'or avec autant de facilité qu'elle le gagnait!... Et

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ce métal, si iirçent dans les Et:its policés, avili par rusajjfe qu'eu lait le riiillard libert ii, prodigué par les, coquettes, et aclielé s; cher |)ar 1 ■ laboureur, qui passe souvent dix anr.éjs fie sa vie à conquérir ce qu'iii) banquier de la capi'ale pfrd en une heure à l'écarté; cet or enfin, type des biens, des maux; source, but de tant de crimes; cet or, sur le(|uel je pourrais vous dire de fort belles choses qui pourraient bien vous endormir, devint entre les mains de mademoiselle Rose le nerf de la conspiration qui devait culbuter la débutante.

Mais, vous le savez, lecteurs, les projets d'une faible créature sont tracés sur le sable,, ou. poui- parler plus bourgeoisement, la femme propose et Dieu dispose. Or donc, trois jours avant celui qui devait décider du sort de la rivale de Georgette, notre héroïne éprouva un malaise qui la força de se mettre au lit; le lendemain elle était plus mal, une fièvre brûlante l'agitait. Un docteur arriva, et déclara que, d'après les symptômes qu'il remarquait, on devait craindre la petite vérole.

A cette affreuse découverte, Georgette jeta les hauts cris ; Rose pâlit d'effroi, et tous les amants, les amies, les flatteurs et les courtisans de Georgette s'enfuirent de l'hôtel, comme si le diable s'en était emparé.

Adieu la cabale, les intrigues de coulisses ; la débutante même fut oubliée. Un soin plus important occupait Zulmé : il fallait tâcher de conserver cette beauté sur laquelle reposaient toutes les espérances de fortune et déplaisirs. On maudissait l'oncle, qui avait négligé sa nièce, et Jean, qui au fond de sa ferme n'avait pas songé à la vaccine.

Rose ne quitte pas l'hôtel, mais elle attend le résultat de la cruelle maladie dans un appartement bien éloigné de celui de sa maitJ'esse, qu'elle ne va pas voir, craignant la contagion. Georgette soufïre seule; elle n'a pas un ami qui vienne la consoler et adoucir

ses ennuis!... C'était bien le cas défaire de sérieuses réflexions!.,, de devenir sage! La suite vous apprendra si Georgette mit ce temps à profit.

Georgette, après avoir été fort mal, fut enfin certaine de conserver l'existence: la crise était passée. Mais était-elle toujours ia séduisante Zulmé ? Notre héroïne n'avait pas encore osé consulter son miroir.

Enlin elle fait appeler Uose. Celle-ci, après s'être informée si l'on peut sans danger approcher de madame, entre dans l'appartement où sa maitresse est couchée... La voix de Georgette lui ordonne d'approcher. Rose avance tout doucement... elle écarte les rideaux... elle regarde... jette un cri, et se sauve à l'autre extrémité de la chambre.

Georgette devine son malheur.

— Ah! Rose, s'écrie-t-elle, je suis perdue!... Tu neveux pas me dire combien je suis changée !...

— Madame...

— Approche... Je le veux. Jesuisdonc bien affreuse, Rose?

— Oh! non, madame... Mais... malgré cela... vous n'êtes pas... tout à fait ce que vous étiez.

— Apportez-moi ce miroir, je veux m'assurer de la vérité.

Rose donne, en tremblant, le miroir à Georgette, et, sans attendre l'effet qu'il produira sur sa maitresse, elle s'éloigne pour exécuter le projet qu'elle a déjà conçu.

Georgette tient ce miroir fatal, jadis consuhési souvent, et sur lequel maintenant elle n'ose jeter les yeux. Jl faut pourtant savoir comment on est... Oh ciel!... des marques sur le visage... les yeuxmoins ouverts, le teint rouge, les sourcils et cils en partie rongés!... Allons, on n'est plus la femme charmante qui fi( tant de conquêtes ! Mais enlin cette rougeur se passera, les yeux se dégonfleront ; on sera toujours belle femme!... et on peut plaire encore, à vingt ans on n'en perd jamais l'espoir.

Bien décidée à ne plus reparaître sur le théâtre qui l'a vue si brillante, et où il faudrait entendre les railleries ainères de ses camarades, Georgette prend de suite son parti. Après être restée encore quelques jours au lit, elle se lève, et faitdemander Rose, qu'elle n'a pas aperçue depuis Tinstant où elle lui a donné le miroir.

xMais Rose n'était plus dans l'hôtel : ne servant jamais (jue les femmes à la mode, parce que ce n'est qu'auprès de celles-là que l'on l'ait son chemin, la tidèle soubrette, en voyant le triste ettet de la cruelle maladie, s'était décidée à quitter Georgette; et^ comme Lalleur avait toujours été son modèle, elle n'oublia pas ce qu'il avait fait en quittant M. de Lacaille : les bijoux, les diamants disparurent avec mademoiselle Rose.

— Ah I dit Georgette en apprenant l'espièglerie de sa chère Rose, on a bien raison de dire : Un malheur ne vient jamais sans un autre.

Cependant, en vendant le mobilier, on parvint à se faire une petite somme, à semeubler un joli logement; on pouvait encore vive honnêtement; mais on n'était plus Zulmé ni madame de Rosambeaul

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