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CHAPITRE XXXÏII

RENCONT/' i NOCTURNE.

Georgette habitait depuis quelque temps un appartement rue des Moulins, menant une vie assez monotone, passant la journée à se rappeler ses grandeurs passées, à gémir sur la perte d'une partie de ses charmes, allant le soir au spectacle pour chasser son ennui; mais, blasée sur ce genre de plaisir, elle n'y trouvait plus la distraction qu'elle cherchait. L'oisiveté, ce fardeau plus pénible à supporter que la peine et la fatigue, engourdissait son esprit et abattait son caractère. A dix-neuf ans, Georgette était déjà lasse de la vie.

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Quelquefois elle se rappeUit qu'elle était mère ; mais, ignorant les douceurs de tel état, elle avait payé en- QOi'c six n^.ois d'avance pour son fils, dont elle ne songeait point à se rapprocher.

Un soir, en revenant du spectacle, Georgette surprise en chemin par un violent orage fut forcée de chercher un abri ; elle entre dans la première porte qu'elle aperçoit, et attend que le temps lui permette de continuer sa route.

Un quart d'heure se p^sse, et la pluie ne cesse pas de tomber. Un homme entre en jurant dans l'allée qui sert de refuge à Georgette.

— Oh ! oh! la belle, que faites-vous ^à?

— Monsieur, j'attends que Forage cesse pour retourner chez moi.

— Si vous voulez monter dans ma chambre, vous y serez mieux qu'ici.

La proposition était un peu brusque; Georgette, habituée à plus de galanterie, ne savait que répondre; le monsieur s'en aperçut.

— Ah ! vous êtes efîarouchée de ma proposition? rassurez-vous!... Quoique je vous trouve seule, la nuit, dans une allée... ce qui n'est pas une situation très-décente; comme vous pouvez être une femme honnête, je vous promets que je ne vous retiendrai pas de force, car je n'aime que les femmesde bonne volonté. Allons, croyezmoi, venez... vous êtes déjà mouillée... vous êtes au vent .. vous êtes mal enfin , et vous serez mieux chez moi.

En disant cela, le galant prend la main de Georgette, et celle-ci se laisse conduire sans trop savoir ce qu'elle veut faire. Ou monte un escaher tortueux, on va jusqu'au cinquième étage... et plus on montait, plus Georgette soupirait, et se repentait d"avoir suivi son conducteur.

. En tin le monsieur s'arrête, ouvre une porte, et introduit sa dame dans une pièce dont l'obscurité n« permet pas de distinguer l'étendue.

-> Restez tranquille pendant que je vais battre le briquet, dit le conducteur de Georgette en lui offrant une chaise. Notre héroïne s'assied, rélléchiss.ant sur le parti qu'-^Ule doit prendre. Son hôte allunie la chandelle, elle distingue enfin les objets, et rexameii commence par le maître du logis.

Elle voit un homme de quarante ans, grand, robuste, assez bien de figure, dont la mise est décente, mais dont les manières n'annoncent pas une origine très-distinguée.

Après avoir examiné son obligeant conducteur, Georgette jeta un legard sur la chambre où elle se trouve. Celle pièce taisait à la fois chambre à coucher, salon, cabinet de toilette et cuisine. Des murailles presque nues, des croisées sans rideaux, un fourneau sur un poêle, un lit défait, des chaises cassées, et, au milieu de tout cela, des manteaux, des casques, des épées, des cuirasses et des rouleaux de papiers: voilà quel tableau s'offrit aux regards de Georgette, qui soupira encore, et se promit bien de ne pas rester longtemps chez son galant inconnu.

Celui-ci, tout en parcourant la chambre pour tâcher d'y mettre un peu d'ordre, jetait des regards sur Georgette; et sans doute l'examen n'était pas défavorable à notre héroïne, car plus il la regardait, plus il se donnait de peine pour arranger son appartement.

Enfin il termina, et d'un air doucereux s'avança vers Georgette.

— Ah çà, belle dame (ce compliment flatta Georgette. qui n'y était plus accoutumée), j'espère que vous me ferez le plaisir de souper avec moi sans façon ; je vous le répète, cela ne vous engage ^rien; mais à table nous ferons connaissance. Tenez, je su!» un bon diable, qui ne connais pas les cérémonies. Quanl vous m'aurez vu une heure, vous me connais irez C( mme si vous étiez ma femme !...

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