‹ GeorgetteChapitre 38 sur 44 · VOILA OU CELA MENE · texte numérisé non relu

VOILA OU CELA MENE

La nuit est A'enue. Georgette marche dans les rues (le Paris sans savoir oii elle est, ni oii elle ira,

Les réflexions, les regrets, les remords viennent en foule assaillir l'esprit de cette femme, qui n'a pas voulu penser, sentir et réfléchir tant qu'el'e a cru pouvoir braver l'adversité

L'histoire de sa vie se retrace involontairement a sa mémoire; elle s'aperçoit que la coquetterie, l'amour du plaisir et Tinconduite l'ont entraînée dans la si-

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tuation déplorable où elle se trouve. Elle se souvient le son oncle, de Charles, de ses bienfaiteurs, ces bons lerraiers qui ont tant fait pour elle!... Le malheur a cela de particulier : il donne beaucoup de mémoire, tandis que souvent la fortune la fait perdre.

Seorgette se rappelle aussi qu'elle est mère; elle éprouve pour la première fois le désir de voir son enfant. Depuis longtemps elle n'a pas envoyé d'argent aux villageois qui ont soin de son fils; ces paysans auront peut-être abandonné l'enfant!... ou, plus sensibles que sa mère, ils élèvent sans intérêt le petit garçon délaissé par sas parents.

Telles sont les réllexions de Georgette en marchant tristement dans cette ville, qui naguère Ta vue si brillante. Personne, en la rencoutrant ne se douterait que cette femme, dont la mise et la tigure annoncent la misère et la souffrance, est la même qui un an auparavant faisait retentir la capitale du bruit de ses folies.

Pressée par le besoin, le souvenir de la ferme se présente à l'esprit de Georgette (elle ignorait le désastre arrivé à l'habitation, Charles avait jugé inutile de l'en instruire). Incertaine sur le parti qu'elle prendra, elle voudrait revoir Thérèse, se jeter à ses pieds, lui avouer toutes ses fautes et en implorer le pardon ; mais une fausse honte, un reste de vanité l'empêchent d'exécuter ce dessein louable. Elle ne veut pas se présenter dans l'état où elle est devant une femme dont elle a fait le malheur. Thérèse croirait-elle à la sinr.érité de son repentir ? Qui trompe deux fois peut tromper mille !... Une première faute est souvent jsausée par l'inexpérience, mais une seconde prouve que le péché a des charmes pour nous.

Georgette rejette donc la pensée de retourner près de Thérèse. Cependant il faut prendre un parti!. Assise sur une borne, Georgette lève les yeux, et regarde tristement autour d'elle; elle voit passer plu-

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sieurs de ces femmes perdues dont Paris fourmille ; l'une chantait, l'autre dansait, toutes se livraient à la gaieté la plus grossière en agaçant les hommes qui passaient près d'elles. L'idée de se mêler de ces viles créatures s'offre à l'esprit abattu de Georgette; elle ne voit pas d'autres moyens pour ne pas expirer de besoin ; — Il est trop tard, dit-elle pour revenir à la vertu, le repentir est inutile, étouilons ces pre- ', miers remords, et cédons à ma destinée...

Malgré sa résolution d'étouffer tout sentiment d'honneur et de se lancer dans la carrière de l'opprobe et du vice, Georgette sent son cœur battre ; ses jambes chancellent, elle peut à peine se soutenir; mais elle se persuade que ce tremblement est produit par le besoin et non par un reste de pudeur. File cherche à se fortifier dans sa résolution.

Cependant, immobile au coin de la rue, elle n'ose accoster les hommes qui passent devant elle. L'hor loge d'une église voisine sonne onze heures. Bientôt les rues seront désertes, et il faudra périr de besoin sur une pierre !... Un jeune homme détourne au coin de la rue où est Georgette ; elle s'arme de courage et Tarréte ; l'inconnu la repousse et va s'éloigner. — Par pitié !... s'écrie l'infortunée. Au son de sa voii * le jeune homme s'arrête, la regarde avec attention ; un réverbère placé à peu de distance éclaire ses traits; Georgette le fixe à son tour: — Charles îs'écrie-t-eile, et, perdant connaissance, elle tombe sur le banc de pierre.

— Georgette !... Georgette parmi ces... Ah, malheureuse! dit Charles (car c'était lui-même). Puis, cédant à la pitié, il tire sa bourse, la met sur les genoux de Georgette, et s'éloigne à grands pas d'une femme dont la vue déchire son cœur.

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