CHAPITRE XLIl
l'ingratitude punie.
Nos voyageurs sont en route ; Georgette porte d'une main le léger paquet qui compose toute leur fortune, elle donne l'autre au petit Paul, qui chante et gambade tout le long du chemin. Sa mère sourit en le regardant; l'espérance et le courage sont leurs seuls compagnons de route!... La pauvre Georgette est bien changée depuis <iuel(|ue temps!... Pâle, maigre, les yeux caves et éteints, les lèvres décolorées, elle parait dix ans de plus qu'elle n'a, mais les larmes vieillissent si vile !
Georgette et son lils se reposent de temps à autre au pied d'un arbre ou devant quelque habitation ; ils ne sont pas habitués à marcher autant. Cependant il est urgent d'arriver le soir même à la ferme; sans cela que deviendront-ils? où passeront-ils la nuitî
Georgette reprend son courage; elle prend son fils dans ses bras, carTenfaiit n'a plus la force de marcher, et, chargée de ce précieux fardeau, elle s'avance vers îe but cù tendent ses désirs.
La nnit commence à couvrir la campagne de ses ombres, et ils ne sont pas encore à Bondy. Georgette, épuisée, se sent défaillir; elle s'appuie contre un arbre, et demande au ciel la force d'aller plus loin. Le^ petit Paul qui voit sa maman bien triste, ne chante plus et ne dit rien.
Un paysan passe près d'eux : la pioche et la bêche sur l'épaule, il regagne gaiement sa chaumière. Georgette l'appelle :
— Brave homme, sommes-nous encore 'oin dé Bondy?
— Non, mon enfant, à une demie-lieue tout au plus.
— Une demie-lieue!... aurai-je la force d'y arriver?...
— Que faites-vous donc là?..,
— Je me repose, vous le voyez 1
— Vous m'avez l'air ben fatiguée?.,.
— Oh ! oui !
— Et vous allez à Bondy?
— Si mes forces me le permettent!..,
— Eh ben , nous ferons route ensemble, je vais d© ce côté-là... Et cet enfant?
— C'est mon fils.
— Il est gentil... j'vas le porter... et vous, prenez mon autre bras et appuyez-vous dessus. Oh ! je suis solide, allez!...
— Vous êtes trop bon... mais je crains.
— Allons ! pas de cérémonie... et en route. Georgette accepte avec plaisir le bras du bon villa.
geois. Grâce à leur compagnon de voyage, Georgette et son fil.* arrivent à Bondy ; mais il faisait nuit depui* longtemps, et la ferme était encore éloignée.
— Est-ce ici que vous restez? demande le paysan à George tte.
— Non pas précisément, je vais plus loin... mais...
— Tenez, il se t'ait tard, si vous n'êtes pas ben pressée d'arriver, venez avec vot' fils passer la nuit dans ma chaumière ; vous serez reçue par de bonnes gens, et demain vous vous remettrez en routedès qu'il vous plaira,
— J'accepte votre offre avec reconnaissance, car j sens que je ne pourrais aller plus loin.
— Allons, morbleu, v'ià qui est parler : ma chaumière est ici près, nous y serons bientôt.
On se remet en marche, et l'on arrive à la demeure de maître Pierre. Une bonne villageoise et six enfants rangés autour d'une table attendaient avec impatience le retour du père de famille.
A son arrivée, chacun court à lui, l'embrasse ; tous ses enfants, dont l'aîné est unejoliefilledequinzeans, lui prodiguent les plus tendres caresses, tandis que sa femme lui avance son grand fauteuil ; on ne voit pas encore, on ne remarque point Georgette; là les lois de la rature passent avant tout; le premier hommage est pour celui que l'on aime, et non pour un étranger.
Maître Pierre fait lui-même avancer Georgette et son fils; il les présente à sa famille comme de pauvres voyageurs qu'il faut traiter le mieux que l'on pourra.
Tous les liabitants de la chaumière s'empressent alors autour de Georgette et de son enfant; la jolie Louise (c'est le nom de la jeune fille de quinze ans) prend le petit Paul dans ses bras, tandis que la femme de Pierre fait reposer sa mère, et que les autres enïants préparent lo souper.
— Qu'ils sont heureux ! dit tout bas Georgette en considérant le tableau qu'elle a devant les yeux. Ah ! puissent leurs enfants ne jamais s'éloigner de cette demeure paisible!
— Vous le voyez, dit Pierre, j'vous avais dit que
VOUS seriez bien reçue, c'est d'ailleurs un devoir. Les malheureux sont toujours accueillis chez moi; :1 n'y a que les méchants et les ingrats que je repousse : ah! pour ceux-là, Us poTjrraient bien passer la nuit à ma porte i
Au nom d'ingrat, Georgette pâlit : elle senV que personne plus qu'elle ne mérite ce nom , elle se trouble, . mais les villageois l'engagent à se mettre à table ; elle éloigne de tristes pensées, et prend place avec son lils à la table de maître Pierre.
On soupe gaiement. Georgette admire l'attention que les entants de Pierre ont pour leurs parents : ils cherchent à lire dans les yeux de leur père, ils préviennent ses moindres désirs, et, dans l'accomplissement de ces devoirs, ils trouvent leur plus doux plaisir.
Quand l'appétit s'apaise, on cause davantage; maitre Pierre aimait à parler; Georgette lui demanda s'il habitait depuis longtemps dans les environs de Bondy.
— Pardine! je sommes né dans c'te chaumière, et j'espérons ben y mourir,
— Vous connaissez alors tous les habitants des enuirons?
— Certainement, pourquoi?
— Vous pouvez me donner des nouvelles de ceux qui habitaient une ferme située dans la vallée...
— Oh ! c'est la ferme de ce pauvre Jean que vou.< voulez dire... Pierre laisse échapper un gros soupir.
— La ferme de Jean, c'est cela même!,..
— Ignorez-vous qu'il est mort?...
— Non... je le sais... mais...
— Mais vous ne savez pas sans doute quelle fut la cause de sa mort!... et tous les malheurs qui ont suivi cet affreux événement!... ah!... c'est une liistoire terrible et que je connaissons trop bien!... car ce pauvre Jean e-tait mon ami, c'est-à-dire que je le voyais queu-
qu'fois aux cnamps. Ecoutez-moi, je vais vous racoii ter cela; mes enfants connaissent ces événements, mais ils ne sauraient trop les entendre raconter, car c'est une leçon pour eux, surtout pour mes liUes!... JMorguienne! si Jamais elles se conduisaient comme c'te. mais écoutez, écoutez.
Georgette frémit, elle setrouble, elle prévoit qu'elle va entendre le récit du mal qu'elle a fait à ses bienfaiteurs : en effet, Pierre lui raconte l'adoption de la petite fille, la manière dont elle fut élevée à la ferme de Jean, le dédain dont mamzelle Georgette payait sey bienfaiteurs, et sa fierté déplacée avec les villageois.
Maître Pierre n'oublie rien, il connaît les amours de Charles, auquel il aime à rendre justice; car on voyait bien que Charles n'était pas un séducteur; mais il n'épargne pas, en revanche, le jeune marquis, premier auteiu- des fautes de Georgette. Le bon paysan pleure en racontant la mort de .lean, suite de sa tendresse pour une ingrate : tous les habitants de la chaumière sont émus ; Georgette, pâle, immobile, les yeux fixés vers la terre, cherche à contenir, à dissimuler les tourments de son âme.
Pierre reprend son récit; mais lorsqu'il vient à la seconde fuite de Georgette et à l'incendie delà ferme, notre héroïne l'interrompt, ne pouvant croim .i oi^ qu'elle entend.
— Quoi! s'écpie Georgette, Lalleur avait osé?...
— Oui, il avait allumé la flamme qui embrasa la demeure de la veuve de Jean ; l'incendie fit en peu de temps des progrès rapides!... Au milieu de la nuit, on n'avait aucun secours !... Tout fut brûlé... et Thérèse réduite à la mendicité par celle qu'elle avait comblée de bienfaits.
Grand Dieu! dit Georgette avec véhémence, c'est moi qui suis cause!...
— Vous? s'écrie Pierre en la regardant avec effroi.
— Qu'est devenue Thérèse? demande Georgette,
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qui, dans son désespoir, ne fait pas attention à Tinquiétiide (pli se manifeste sur le visage de Pierre, (ju'est- «11e devenue?... au nom du ciel, répondez-moi!...
— Elle n'est plus!., après avoir vécu quelque temps dans la douleur et les regrets, elle est morte victime de Tingratitude et de Tinconduite de celle qu'elle avait adoptée!
— Malheureuse!... s'écrie Georgette, et elle tombe évanouie au milieu des villageois.
La femme et les enfants de Pierre s'empressent de lui prodiguer des secours; le petit Paul pleure et appelle à grands cris sa mère; Pierre seul est insensible à ce tableu : son front est devenu sévère ; ses yeux inquiets examinent Georgette ; il a l'air de chercher à se rappeler ses traits, et plus il la regarde , plus son maintien devient grave, plus il montre d'indifférence pour les souffrances de Georgette. H éloigne ses enfants d'auprès d'elle, il semble craindre qu'ils ne respirent le même air que cette infortunée.
Enfin Georgette reprend ses sens, elle ouvre les yeux et regarde avec crainte autour d'elle...
— Qui êtes- vous? lui demande Pierre avec sévéritéen se mettant entre elle et ses enfants; qui êtes-vous? répondez !
Georgette tremble, le ton de Pierre la glace d'eff'roi.
— Je suis, dit-elle à demi-voix, une infortunée qui a payé bien cher ses égarements... je suis cette Georgette dont vous venez de raconter les fautes...
— Malheureuse ! s'écrie Pierre tandis que sa famille regardait Georgette avec douleur, vous êtes cette fille ingrate!... vous avez donné la mort à vos bienfaiteurs !... sortez à l'instant de chez moi! je n' voulons pas dans ma chaumière d'une femme qui nous porterait malheur!... tous les pères de famille de ce canton ont défendu à leurs enfants de vous approchei, et les miens se corrompraient auprès de vous 1... sortez vous dis-je...
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— P?r* pitié, s'écrie Georgette en tombant à genoux.
— De la pitié pour des ingrats, jamais !
— Ne me renvoyez pas au milieu de la nuit... Gel entant doit-il soalirir des fautes de sa mère?
— Votre fils est Tenfant du crime et de i'inconduite : je n'en veux pas dans ma maison. Encore une fois, sortez, ou je ne réponds pas d'être le maître de l'indignation que votre vue me cause.
Georgette embrasse les genoux de Pierre, les baigne de ses larmes, lui présente son fils : la famille du laboureur, attendrie par le spectacle de la douleur de Georgette, cherche à apaiser le courroux de maître Pierre; mais en vain on le sollicite : la présence de Georgette l'irrite, et l'infortunée, forcée de fuir sa colère, est chassée de la chaumière avec son fils au milieu de la nuit.
Georgette est allée tomber au pied d'un arbre, à peu de distance de la chaumière. Un torrent de larmes s'échappe de ses yeux; son âme est brisée par la douleur. Son fils, inquiet de son chagrin, dont une heureuse ignorance lui empêche de connaître la cause, le petit Paul l'entoure de ses bras, baise ses joues inondées de pleurs, et cherche à calmer ses peines.
— Ah, mon lils! s'écrie Georgette, sans toi j'aurais depuis longtemps cessé de vivre, mais pour toi je dois avoir la force de tout supporter.
Elle prend l'enfant sur ses genoux, cherche à le garantir de la fraîcheur de la nuit (car onn'étaitqu'au printemps); elle se dépouille d'une partie de ses vêtements; un frisson violent fait trembler ses membre:i, mais son tîls ne sent pas le froid, et elle prend courage.
Depuis une demi-lieure les infortunés étaient, assis aans la campagne, le petit Paul dormait sur les genoux de sa inère, et ce'le-ci veillait pour son lils: tout à coupk lie entend des pas qui approchent... elle lève la
tête... C'est une femme... c'est Louise, la fille aînée de Pierre.
— Pauvre femme ! dit la jeune fille, je veux tâcher de vous être utile. Mon père est bien sévère!.., aussi c'est eu cachette que je suis venue. Toul le monde dort, mais moi je ne pouvais m'endormir en songeant que vous étiez au milieu des champ? avec votre lils!... Je me suis levée tout doucement, j'ai pris la clef d'un hangar oîi nous mettons de la paille' et du bois; venez-y : là, du moins, vous serez à l'abri du froid, et vous pourrez dormir tranquillement.
— Chère enfant!... cela ne vous expose-t-il pas? Si votre père savait!...
— Non, non, il ne peut le savoir, pourvu que vous partiez demain au point du jour.
Georgette suit la jeune fille en portant son fils dans ses bras. On arrive au hangar : Louise fait entrer notra héroïne, qui promet de partir le lendemain au point du jour, et la jeune paysanne s'éloigne, contente d'avoir fait une bonne action.
Georgette, couchée sur la paille près de son fils, cherche en vain à goûter un peu de repos. L'inquiétude de leur sort à venir, le dénûmentoii ils se trouvent, la manière dont Pierre l'a traitée, tout se réunit pour agiter ses sens, et l'empêcher de céder à la fatigue. Le dernier espoir qui lui restait est évanoui : Thérèsen'est plus!...
Georgette passe la nuit tourmentée par ses réflexions et ses remords. Dès que le jour parait, fidèle à la promesse qu'elle a faite à la jeune paysanne, elle éveille 8on fils pour partir. Le petit Paul demande à manger à sa mère, celle-ci détourne la tête pour cacher ses pleurs.
— Viens, lui dit-elle, viens, mon ami, bientôt, j'espère, je pourrai...
Elle n'a pas la force d'achever, et l'enfant, qui lève
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ses regards sur elle, sent sa faim se passer eu voyant des larmes dans les yeux de sa mère.
Georgette prend la main de son fils et sort du hangar sans savoir où elle veut aller. La vue de la chaumière de Pierre lui rappelle la scène de la veille; elle entraine son tils loin de cette habitation ; mais le petit Paul qui se souvient d'y avoir soupe, arrête sa mère et lui montre la demeure des villageois :
— Maman, pourquoi n'entrons-nous pas la?...
— Ah! mon fils, nous ne le pouvons pas... on nous en a chassés !
— Chassés!... et qu 'avions-nous donc fait pour cela ? •
— Tu n'as rien fait, mon ami, mais ta mère!...
— Tu es pourtant bonne, toi, ce sont des méchants de nous avoir chassés. Mais tiens, allons dans cett( autre maison là-bas... on nous recevra là...
Non, mon ami, toutes les portes me sont fermées... je ne serais reçue nulle part... La honte, l'abandon, voilà quel est désormais le partage de ta malheureuse mère!...
— Oh! les méchants!... Eh bien, quand je serai grand, je reviendrai ici, et je battrai tous ceux qui ont chassé maman.
Georgette emmène son fils loin des chaumières, ils dirigent leurs pas vers la vallée qu'ils aperçoivent dans l'éloignement. Bientôt notre héroïne reconnait le paysage, le lieu où s'élevait la ferme de Jean ; chaque pas dans la vallée lui rappelle une époque de sa vie ; elle regrette ce temps heureux de l'enfance, qui fuit si rapidement pour ne plus revenir.
Georgette s'arrête à chaque arbre, à chaque bosquet : c'est là qu'elle faisait courir la vieille Ursule... c'esticiqu'elle jouait avec César; c'est de ce côté que Charles la rencontra pour la première fois; plus loin, il lui jura de l'adorer toujours !
Georgette cherche des yeux la ferme... mais en vain !
le soc du laboureur a passé sur cette terre où s'élevait jadis riiabitation de Jean; cependant elle reconnaît l'endroit où elle était bâtie; quelques pierres; sont encore entassées près de là, mais bientôt il ne restoi-a plus rien de ces ruines, et Treil, en admirant ces champs nourriciers, ne découvrira plus aucun vestige d'habitation.
Georfjretté s'éloigne à regret ; elle dirige ses pas vers an boucpiet de bois où doit reposer son bienfaiteur. Ne pouvant plus lui exprimer son repentir, elle veut du moins rendre un dernier hommage à sa mémoire.
Elle aperçoit bientôt le tombeau de Jean ; ce lieu parait avoir été respecté et même embelli par les villageois ; elle quitte la main de son hls et s'avance religieusement vers le dernier asile de ses bienfaiteurs, car elle pense que Thérèse repose près de son époux ; en etfet le même tombeau les rassemble, et Georgette lit ces mots gravés sur la pierre timulaire :
(( Donnez une larme à deux infortunés que l'ingratitude amis au tombeau. »
Georgette tombe à genoux, elle baigne le tombeau de ses larmes, et adresse au ciel de ferventes prières en expiation du mal qu'elle a fait. Après avoir rempli ce devoir, elle sentit son cœur soulagé; se levant plus calme, elle reprit la main de son fils, et s'éloigna de ces tristes lieux, non sans tourner souvent la tête pour les revoir encore.
Nos voyageurs marchèrent quelque temps. Georgette, livrée à ses souvenirs, avait oublié sa situation présente, elle y fut rappelée en jetant ses regards sur son fils : l'enfant, intimidé par la tristesse de sa mère, n'osait lui faire connaître ses besoins ; Georgette le Qrend dans ses bras, l'embrasse :
— Cher enfant, dit-elle, je t'ai oublié un instant,, pardonne-moi! c'était pour mes bienfaiteurs!... désormais je ne veux plus vivre que pour loi. Tu as faim, sans doute, et tu n'osais me le dire! Viens,
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mon ami, bientôt nous aurons de quoi déjeuner. En disant cela, Georgette regardait son léger paquet, c'était leur dernière ressource.
— Quand je l'aurai vendu, pensait-elle, il ne nous restera plus rien!... mais peut-être le ciel prendra pitié de nous.
Georgette trouva à Bondy un marchand qui, par grâce, lui donna six francs de ses effets ; c'était le quart de leur valeur: elle prit l'argent et courut acheter à son fils de quoi satisfaire son appétit. Pendant que Tenfant déjeunait, elle comptait le peu qui lui restait, et se désolait en songeant que la mort de Thérèse lui ravissait sa dernière espérance !... Tout à coup le souvenir de son oncle frappe son esprit ; cet oncle qu'elle a jadis abandonné, est peut-être disposé à lui pardonner ; Georgette saisit avidementce dernier espoir. Jadis elle n'eût point osé retourner près de ce parent qui a élevé son enfance ; maintenant, l'existence de son fils en dépend, elle ne balance pas, l'espoir de trouver à Rambervilliers un asile et des secours ranime ses esprits abattus ; mais un i idée cruelle se présente : Si son oncle était mort!. ..
Cette crainte est désespérante, Georgette la repousse avec eliroi.
— S'il n'est plus, se dit-elle, j'aurai du moins tenté le dernier moyen qui me reste. Mais le ciel aura pitié de mes souffrances, il permettra que je retrouve mon oncle, qu'il me pardonne, et que je sois enfin tranquille sur le sort de mon fils.
Mais comment, avec si peu d'argent, se rendront-ils à Rambervilliers ?
— Eh bien! dit Georgette, j'implorerai sur ma route la pitié des âmes sensibles; je n'ai pas craint jadis de m'assimiler aux plus viles créatures !... Ah ! je ne dois point rougir de mendier pour mon fils.
Lorsque le petit Paul eut fini son modeste repas, eâ
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mère le prit dans ses bras, et se mit en route pour retourner cliez son oncle le tabellion.