‹ GeorgetteChapitre 43 sur 44 · IG · texte numérisé non relu

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de la première journée, entrent dans une maisonnette damander de quoi rétablir leurs forces épuisées. Mais la maîtresse de la maison est dure, méchante.

— Allez, allez, leur dit-elle, il y a assez de mandiants dan? le pays! nous n'avons pas besoin de nourrir ceux (jui courent le monde.

Elle referme sa porte aux pauvres voyageurs. Georgette prend son fils dans ses bras et va s'adresseï ailleurs; même refus, même insensibilité!

— Il nous faudra donc attendre à demain, dit-elle tristement, et passer la nuii sur ce banc.

— Oh! maman, j'ai bien faim !...

— Cher enfant, demain... Hélas! demain peut-être nous ne serons pas plus heureux!...

Les infortunés passent la nuit au pied d'un arbre, et au point du jour se remettent en route, n'ayant rien pris depuis la veille. Le petit Paul fait quelques pas et ne peut aller plus loin; Georgette le prend dans ses bras et prie le ciel de doubler ses forces. Elle continue sa route; l'espoir d'arriver bientôt chez son oncle la soutient encore; mais à la fin du jour ils se trouvent au milieu des champs, ne découvrant aucune habitation !

L'enfant demande d'une voix faible quelque nourriture; Georgette, au désespoir, regarde autour d'elle... rien ! rien ! pour apaiser leur faim dévorante!...

— Oh, mon Dieu ! s'écrie-t-elle, faudra-t-il périr si près du terme de notre voyage?

Elle arrache quelques feuilles d'oseille, seule plante qui s'otïre > ses regards, en exprime le suc sur les lèvres de son iîls; mais, voyant que ce secours ne peut calmer ses soulirances, elle s'arme d'un courage surnaturel, et, serrant son fils contre son sein, se meta courir, espérant découvrir enfin une habitation.

Après une heure de marche, elle distingue au loin la pointe d'un clocher... c'est celui de Hambervilliers : encore un peu de chemin, et ils seront rendus... Mais

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la nuit commence à couvrir les champs; Georgette, exténuée, veut en vain avancer encore... ses genoux se dérobent sous elle... Un brouillard épais obscurcit sa vue., elle tombe avec son fils au milieu des champs.

Lorsque Georgette revint à elle, la nuit était obscure, on ne pouvait distinguer près de soi. Son premier mouvement fut de chercher son fils, elle étend le bras ' et touche celui de l'enfant.

— Il est près de moi, dit-elle, il dort!... gardonsnous de le réveiller!... demain, dès le point du jour, je serai à Rambervilliers, et j'y trouverai des secours pour mon fils.

Confiant son sort à la Providence, elle appuie sa tête contre sa mam ; la fatigue l'emporte sur le besoin, elle s'endort profondément.

Le jour brillait dans tout son éclat lorsque Georgette ouvrit les yeux. Elle s'empresse de regarder son fils... Un cri d'horreur et de désespoir lui échappe... Le petit Paul s'est frappé la tête en tombant sur une pierre, lorsque sa mère perdit l'usage de ses sens; le malheureux a reçu une blessure profonde ; il est couvert de sang et totalement inanimé. Sa mère le prend sur son sein, l'embrasse, l'appelle à grands cris, mais l'enfant ne répond plus !

Ce coup était trop fort pour la tête déjà affaiblie de Georgette , la vue de son fils mort, l'idée que c'est elle qui a causé son trépas bouleversent tout à fait ses sens; sa raison s'égare; elle ne sent plus sa faiblesse; elle prend son fils, court, s'arrête, lui parle, uii promet que bientôt il aura à manger; dans son délire, elle ne le voit plus mort, le souvenir de la faim qui les dévorait est la seule pensée qui frappe son imaginatioii.

Pâle, échcvelée,les yeux hagards, Georgette arrive à Rambervilliers; elle tient son fils caché sur son sein, et l'entortille du fichu qui la couvrait. Le hasard ou la nature la guide, elle se rend à la demeure de son

oncle; une bonne femme lui ouvre la porte, la vue de Georgette Teffraie.

— Où est M. Rudemar? demande Georgette d'une voix altérée en jetant autour d'elle des regards som- ])res.

— Que lui voulez-vous? il n'est pas ici, il est au château de Merville.

— Au château de Merville... Ah ! oui... je me souviens... c'est là qu'il est aussi.

— Que dites-vous donc ?

— J'irai au château de Merville. . . je le verrai encore... il donnera du pain à mon tils... Oui... oui... c est là que je dois aller !...

La bonne femme ne sait ce qu'elle veut dire; mais, désirant l'éloigner :

— Si vous voulez aller au château, lui dit-elle, tenez, prenez ce chemin, c'est toujours tout droit.

Georgette se met à courir, la nature semble avoir fait pour elle un dernier etïort ; elle arrive, elle entre dans le château.

La grande cour est ouverte, Georgette ne rencontre personne, elle marche au hasard. Les sons d'une musique religieuse frappent son oreille, elle se dirige du côté d'où ils partent; elle arrive devant la chapelle du château, elle entre, jette des regards éteints sur tout le monde qui est rassemblé dans le lieu saint; elle pousse un cri et tombe à l'entrée de la chapelle au moment où Charles venait d unir sa destinée à celle de la jeune Alexandrino.

Le cri de Georgette trouble la cérémonie; on s'empresse de porter secours a Ja pauvre femme, les jeunes époux s'avancent... un vieillard les suit le cœur oppressé d'un sinistre pressentiment.

— Georgette ! s'écrie Charles en apercevant l'infortunée à qui l'on s'efforçait d'arracher son fils qu'elle ne voulait point quitter.

— - Georgette ! dit à son tour M. Rudemar (c'était le

lîom du vieillard qui assistait au mariage des jeunes aiuauts). Oh! mon Dieu, cette femme serait-elle celle que j'ai tant pleurée?...

Georgette rouvre les yeux, la raison lui revient, elle reconnaît Charles.

— Adieu, lui dit-elle, adieu Charles, je meurs victime de mon inconduite!... Dites à cet oncle que j'abandonnai jadis... que je suis bien punie... mais que mon repentir fut sincère!...

Elle ne peut en dire davantage. Le vieillard, qui a reconnu Georgette, lui donne sa bénédiction ; Charles verse des larmes. L'infortunée les regarde, elle semble reconnaître son oncle; elle prend sa main qu'elle pose sur son cœur... Mais bientôt ses yeux se ferment... Elle entoure son fils de ses bras... On cherche à la rappeler à la vie, mais inutilement; elle n'était plu»!,».

tW DR OBOaGETTE

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