SA MORT
Maître Gérard avait quarante ans, lorsqu'il commença ses prédications itinérantes. Il n'avait plus cette ardeur de la jeunesse et cet éclat d'imagination qui entraînent les auditeurs, ils n'avait pas même cet extérieur, qui avait donné un certain prestige aux prédicateurs des Croisades, à un Bernard de Clairvauxou à un Foulques de Neuilly. Au contraire, tout dans son aspect était chétif et mesquin : une petite taille, la tête chauve, une robe de bure grossière et un manteau troué. Il est vrai, la force intérieure qui l'animait se révélait au dehors par un front large et serein, des yeux vifs et surtout une parole suave et pénétrante ; il était doué d'une cons^ cience sincère, d'un esprit curieux et exacte d'un juge* ment droit et d'une foi incorruptible (1); et il disposait de deux puissants leviers pour soulever les masses et les pousser à la vertu : l'exemple de sa propre vie, qui était bien d'accord avec ses préceptes ; et la langue vulgaire, dans laquelle il savait improviser. - Aussi voyons*nous la multitude accourir pour Ven^
{{) Thomas àKempis: Chronicon Moritagnetanum, cap. i.
tendre dans les principales villes du diocèse d'Utrecht, qu'il parcourut successivement : d'abord à Amsterdam, où il prêcha pour la première fois en bas-allemand, puis à Haarlem, à Leide, à Zwolle et même à Deventer (1), où il fit mentir le proverbe que « nul n'est prophète dans son pays. » On se pressait dans les églises et, comme elles étaient souvent trop étroites pour contenir les milliers d'auditeurs qu'attirait sa parole, on envahissait les cimetières. On venait longtemps à l'avance retenir les meilleures places autour de la chaire, dressée en plein air, au point le plus élevé; tandis que maître Gérard préparait son discours, en priant à l'église ou en pai*^ courant le champ du repos. Le jour et l'heure de ses sermons était allichô à la porte de Ti^Use par l'un <le ses témoins Jean Brinkcrink (de Zulphen). En effel, chose singulière! Oroote n'enlreprenait jamais nne tournée de prédications, sans se munir d*un tonneau plein do manuscrite de la Hible> des Pères de l'itglise (2), et des aut«>un> de droit canoD; afin de pouvoir réAîter ses adver^ires par des preuves scriptural ros et canoniques; et $an3 être accompagné d'uu notaire et de deux témoins, chargés de dresser procis verbal, en cas d'interruption ou de discussion contradic^ loîre. Ces prfcautîons n^étaient pas suj>erflues, car sa prédication ne consistait pas, comme celle de la plupart des moines mendiants, dans un mélange de syllogismes, de citations latines, de jeux de mots ou de basses flatte^
(i) Thomas à K«inpts : Vita iT^ivii*^, et^. |.
(2) GerhinU Dumtur: RtrpuUka DsoimtrUmU AnAi€€iit; DafeolHai» 4719, vol. U ^. u. Oo >o écnU il« lonodtux jusqu'au xvtrsiedOi ttk IM« lÉnd^ pour (raniiKirier desltire»; làMtelean VatcaèogMrt, célèbre 4o«« leur arminii^n, qui n'osait pis d'un ùutttt moyM d6 Innipori;