‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 16 sur 50 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ries à l'adresse des riches; mais il donnait à tous les pécheurs, riches ou pauvres, bourgeois ou seigneurs, clercs ou laïques, des avertissements sévères et faisait briller aux yeux des pénitents les trésors de la miséricorde divine et du Saint-Esprit. Nouveau Jean- Baptiste, il mettait la cognée à la racine des arbres, et inspirait d'abord la crainte de la colère à venir (1). En effet, tout en évitant soigneusement les allusions personnelles, il savait si bien peindre les caractères, les variétés multiples du péché, que plusieurs de ses auditeurs croyaient y reconnaître leur portrait. Alors ils n'avaient d'autre alteniatîve que de s'avouer coupables et de se convertir, ou de se révolter contre un aussi hardi C6(iise«ir(3). Une anecdote rapi>ort6e par Tliomas à Kempis mettra en pleine lumière ces effets puissants de l'éloquence de Gérard deGroote, Unjour^àla suite d'un de ces réquisitoires moraux, un notable de Zwolle

apostropha en ces termes : * Maître Gérard, pourquoi nous importunes-vous, en introduisant de nouvelk» habitudes? cessez donc ces discours qui troublent et terrifient tout le monde ! » — ^ Oroote répondit : Je ne pourrais de bon gré vous Laisser prendre le chemin de l'enfer ! » — • Mais, répliqua le bourgeois, laisseznous au moins aller en paLx jusqu'à l'enfer! > — « Je n'en ferai rien,ditGroote, si vous refusez de m'écouter^ d'autres suivront mes conseils volontiers (3). > Maître Gérard ne se trompait pasdans ses prévisions:

(1> Tl^ats à Komfût . Vita C» M., «*p viii. ' (2) Ntnuitrit <l« U H$}^, r iSI'Jol. ie^Ali^. C^rardi fpîfMtoif cùmptione awiUtormn.

(3) îhonus 4 Kempis : C^nottâ^m JlMtlagnr/.. oip. t.

s'il rencontra quelques pécheurs obstinés, et beaucoup d'adversaires courroucés, surtout dans les rangs de la riche bourgeoisie et du haut clergé, il amena par sa parole des centaines et des milliers de pécheurs à changer de vie, à embrasser la croix du Christ, et à entretenir cette « vie cachée avec Christ en Dieu » qu'il avait puisée lui-même à la source de l'Évangile.

Il est plus facile de juger de la méthode et de l'influence de la prédication de Groote, que de ses idées et de leur expression ; car, de tant et de si célèbres discours, il ne nous en reste que trois ou quatre : les sermons latins « de Focaristis (1); » « rfe Paupertate (2), » « de Septem verbis Domini pendmtis in cruce (3), * et le discours connu sous le nom de « Zedelijke toespraak (4), » le seul qui nous ait été conservé en bas-allemand. Nous parlerons plus bas des deux premiers, qui ont plutôt un caractère juridique et sont adressés à des clercs séculiers ou réguliers. Voici, du moins, les principes que nous pouvons tirer, par induction, de sa « Publica protestatio » et de sa « Zedelyke toespraak, » Dans la première, maître Gérard déclare solennellement que « pour ce qui est de la foi, il n'a jamais prêché que la « foi catholique, solide et entière, telle qu'elle est fondée « sur la pierre angulaire elle-même, savoir Jésus-

(1) A été publié pour la première fois, in extenso et avec variantes, par M. le professeur J. Clarisse (de Groningue), dans VArchief voor Kerkelyke Geschiedenis, van Kut en Royaards, vol. I, II, VIII. — Leide, 1829.

(2) A été publié par M. le professeur G. MoU, dans les Studien en Bydragen, vol. II. Amsterdam, 1872.

(3) Est inédit; le manuscrit est entre les mains de M. le docteur Nolte, chanoine honoraire à Darmstadt.

(4) A été publié par M. le professeur J. van Vloten, dans le Nieuwe Archief voor Kerkelyke Geschiedenis, vol. II. Leide, 1850.

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