‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 17 sur 50 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

« Christ; et pour ce qui est de la morale, il n'a jamais »^ enseigné que les doctrines certaines et indubitables « de l'Évangile et des Apôtres, suivant les Écritures * divinement inspirées; mais, quant aux livres des ^ saints Docteurs et des Pères, il les a tenus pour ter- « restres (1). »

Son « allocution morale » est encore plus remarquable pour l'époque, parce qu'elle est à peu près entièrement dégagée des subtilités scolastiques et des arguments vulgaires, tirés de la peur de l'Enfer et de l'envie du Paradis matériel, qui étaient la monnaie courante de la prédication des moines mendiants ; et qu'elle fait valoir au contraire, l'amour de Dieu à l'égard de l'homme et la nécessité de la vie intérieure, pour réaliser le règne de Dieu. En voici l'exorde :

« Saint-Paul, le vénéré docteur, nous enseigne que le « royaume de Dieu, lequel est au-dessus de nous, con- « siste dans la justice, la paix et la joie spirituelle. Ce « sont là les trois vertus qu'il faut posséder en nous- * même, ou à la possession desquelles nous devons as- « pirer de toutes nos forces, afin de participer au règne « de Dieu, c'est-à-dire afin que nous parvenions en « Dieu et que Dieu demeure en nous ; et aucune prati- « que extérieure ne doit passer avant ces choses. Tout »< exercice ascétique, tel que : jeûne, flagellation, veille, « chant des psaumes, récitation des pater-noster, cou- « cher sur la dure ou porter le cilice, tout cela n'a de « valeur et d'utilité qu'autant qu'il produit la justice, « la paix et la joie dans le Saint-Esprit ; car c'est d'après

(i) Manuscrit de La Haye, n° 154», folio llS-^-lLS^.

« ce résultat moral qu'on doit s'y livrer plus ou moins. « Et voici comment il termine : « Où manque la paix in- « térieure ou externe, là Dieu n'est pas, car le pro- «c phète dit « que la cité de Dieu est en paix » et le Seigneur « déclare que « Son Esprit ne repose que sur des hom- « mes pacifiques, » Chose étrange! l'inquiétude et la « souffrance externes viennent le plus souvent de ce que « l'homme veut que les choses se passent autrement « qu'elles n'ont lieu ; et qu'il ne veut pas accepter les « événements, plaisirs ou peines, profits ou pertes, « comme venant de la main de Dieu. L'homme pieux, « au contraire, s'efforce d'acquiescer à tout ce que Dieu « dispose à son égard ; et, s'il ne peut y arriver parte faitement, du moins il aspire à s'en rapprocher sans « cesse. En effet, mieux vaut encore pour l'homme ac- « cepter les douleurs et les épreuves comme lui venant « de la sagesse et de la bonté éternelles, que de tâcher « d'endurer la souffrance, avec ses propres forces, « sans savoir si elle lui vient, ou non, de Dieu. Tout ce K qui arrive dans sa destinée, Thomme doit le tenir H aussi certainement pour voulu de Dieu que si les « anges eux-mêmes le lui criaient de leur propre bou- « che! Dieu nous parle un langage divin, car il nous « parle par ses œuvres ; et les œuvres de Dieu ici-bas « sont les plus irrécusables témoins de sa volonté et de « ses désirs (1) ! »

Voilà, certes, le langage du christianisme en esprit et en vérité et l'expression d'un mysticisme, épuré de toute scorie visionnaire, mais établi sur les fondements

(1) Manuscrit de La Haye : N» 429. Fonds de Maestriclit, fol. 202v-212v.

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