‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 19 sur 50 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

«^ corps de TÉglise menace ruine depuis longtemps; que «c dis-je? il tombe déjà en ruines (1). Nous souffrons >< surtout dans le chef, le pape ; or, suivant la doctrine < des médecins, c'est-à-dire de Gallien, le mal de tête « est le symptôme d'une grave maladie et l'effet d'une « fièvre qui ravage tout l'organisme. Nous tous, sem- '< blables à des médecins inexpérimentés, nous ne <c voyons que les signes actuels du mal, sans prendre K garde aux symptômes plus anciens, mais non moins « importants. Ceux-là, nous les laissons entièrement « de côté; tandis que la souffrance présente n'est pas «: la cause principale du dépérissement. Je tiens pour K indubitable que les chandeliers de l'Église doivent v< être renversés à cause de la cupidité et de la luxure . des ecclésiastiques (2). Ce schisme ne guérira pas « sans laisser une longue cicatrice... Et moi, qui sou- « haite le retour de l'Église à l'unité, je voudrais que u les deux papes rivaux fussent au ciel pour chanter le « Gloria inexcelsis (3); » et qu'un véritable Eliakim desu cendît sur terre, pour y rétablir la paix, quand même << il ne serait pas de cette race de vipères. Mais l'heure ce présente est Theure des ténèbres! Que Dieu nous dé- K livre du mal! Amen (4). > Paroles quasi-prophétiques, si Ton songe qu'elles ont été écrites par Groote, au moins quarante ans avant le concile de Constance! Cette conscience loyale et austère, tout en restant soumise au dogme et à la discipline catholiques, pressentait, un siè-

(1) Manuscrit de La Haye : N» 15^, fol. 115v.

(2) Manuscrit de La Haye : N» 154», fol. 165' et 166^

(3) Les deux papes étaient alors Urbain VI et Clément VIL

(4) Manuscrit de La Haye • N» 154^, fol. 230'. Epistola de Sdsmate.

cle et demi avant Luther, que le schisme serait irrémédiable, si l'on ne réformait l'Église « dans son chef et dans ses membres. »

Mais après avoir signalé la cause et, pour ainsi dire, la racine de tous les maux de l'Église dans la corruption de la Papauté, maître Gérard censure impitoyablement les abus du clergé tant séculier que régulier, à savoir: la simonie, le cumul des bénéfices, entr'autres, sur la tête des mineurs, et tout le système de vénalité des offices. Et surtout, il flagelle jusqu'au sang ces prêtres dissolus qui, sans souci de la cure d'âme, et sans pudeur, entretiennent chez eux des concubines, sous le nom de « focaria, » et sont appelés par cette raison : « focaristes (1). »

Écoutez plutôt les accents de la sainte colère qu'il fait entendre dans son sermon « de FocaristiSy » prêché dans la maison du chapitre d'Utrecht, devant une nombreuse assemblée du clergé, pendant le carême de 1383 :

« Messeigneurs et bien-aimés frères, ayant à vous par- « 1er de l'exclusion et de la correction des prêtres forni- <- cateurs, je ne voudrais laisser croire à personne que je ^ n'ai pour le sacerdoce ni affection, ni estime. Loin de « moi cette pensée ! Car il y a deux choses dans ce sujet : ■< le prêtre, le fornicateur; or, autant j'aime et j'estime < le prêtre, autant je hais et j'ai en sainte horreur le « fornicateur. 0 Messeigneurs! plus le sacerdoce est « auguste, plus les dérèglements y sont scandaleux...

* En effet, quoi de plus extraordinaire et de plus glo- « rieux que de transformer la substance de la créature

(1) Du Gange, dans son glossaire de la Latinité au moyen âge, définit la focaria : meretrix fooo assidens.

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