‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 20 sur 50 · CHAPITRE TII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TII

« en celle du Créateur! 0 race élue, sacerdoce royal, « peuple de prédilection ! C'est vous que Dieu a initiés « à des mystères merveilleux ; vous qui êtes la lumière « du monde et le sel de la terre; vous qui êtes les ins- * truments et la voix du Saint-Esprit; vous les média- « teurs entre Dieu et l'homme; vous les favoris du «< Christ, qu'il a chargés de paître ses brebis de parole « et d'exemple ! Mais, hélas ! Quel est celui dont le cœur <^ ne brûlerait pas, à la vue des scandales commis par « les membres de cette noble compagnie ! Et une fois le « scandale devenu public, il se propage d'autant plus « vivement que le coupable jouit d'une prérogative plus « honorable....

« C'est pourquoi je redouble mes instances et je vous '< dis: 0 prêtres vertueux, rompez, rompez tout lien «< avec les fornicateurs ! Ne touchez pas à ce qui est « souillé! (1) » .

Il est impossible de mieux allier la haine vigoureuse du péché, aux égards que tout chrétien doit avoir pour le ministère de son Église.

Mais, Gérard de Groote n'eut pas d'adversaires plus déclarés que les moines mendiants ; en quoi, il fut d'accord avec la Sorbonne qui les avait exclus de toutes les chaires de l'Université de Paris et qui trouva plus tard dans le chancelier Gerson un organe éloquent et courageux des mêmes idées de réforme mystique et morale, et avec l'Université d'Oxford, où cette tendance était représentée par Wiclef . Seulement, le diacre de Deventer, qui était très-versé en Droit canon, se servit pour les combattre de la bulle, dite extravagante, du pape

(1) Manuscrit de Groningue : N" D. d. 33, fol. 57'-il6v.

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Urbain V qui commence par ces mots : « Ne in vinea » et décrète des peines sévères contre les moines avares, dissolus et usuriers. Les deux abus que Groote reproche aux ordres monastiques de son temps, sont l'oisiveté, mère de l'ignorance et de tous les vices ^ et la propriété des biens temporels, en tant que contraire au premier vœu de leur règle; comme on le voit par son «^ Sermon sur la pauvreté volontaire, prononcé le jour des Rameaux, » et adressé, sans doute, aux religieux d'un monastère. Voici une brève analyse de ce discours latin.

Dans l'exorde, Groote décrit l'entrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem, et fait ressortir le contraste qu'il y a entre la majesté originelle de Jésus et sa pauvreté, son humilité actuelle. Dans la première partie, il dit que nous devons imiter en action la vie pauvre de Jésus-Christ, il recommande à ses auditeurs le dépouillement des biens terrestres et la vie commune, mais sans propriété ; d'après les préceptes de saint Basile, de saint Augustin, de saint Bernard, mais surtout d'après l'exemple de l'Église apostolique. L'orateur emploie la deuxième partie à exalter la dignité de la pauvreté volontaire, et à prouver par des arguments tirés de la nature et des livres de Pythagore et de Socrate, de Josèphe et de Sénèque, qu'elle l'emporte sur la richesse. On pourra juger par le passage suivant du mouvement de son éloquence :

' « Plût à Dieu que vous fussiez délivrés de toute pro- '< priété ! Que de souvenirs sont là pour vous avertir ^^ d'y renoncer. Souvenez-vous des ordonnances du « Ghiist et des apôtres î Souvenez-vous de la règle et «< des vœux de votre ordre ! Souvenez-vous des menaces

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