CHAPITRE ni
« terribles de l'Église sacro-sainte, qui a tant d'horreur « des propriétés ! Souvenez-vous de l'observation rigou- « reuse de la pauvreté par les anciens Pères et par vos '< propres prédécesseurs ! Souvenez-vous de la vie du u Christ, se dépouillant de tout et n'ayant qu'un ânon « pour toute monture ! Souvenez-vous de l'étendard glou rieux de la pauvreté ! En effet c'est la pauvreté qui, « dans les siècles passés, a fondé les villes, inventé les *< arts, évité les péchés, répandu les bienfaits de l'in- « dustrie. C'est la pauvreté du peuple romain qui a « fondé son empire (1) ! )»
Ainsi, c'est toujours par l'exemplede Jésus-Christ et la discipline apostolique, que maître Gérard cherche à réveiller le zèle et épurer les mœurs de ses contemporains; mais, venant près de deux siècles avant que les temps fussent mûrs pour la réformation, il devait succomber en pionnier courageux, dans la voie frayée par lui aux progrès de la postérité !
Lorsqu'on prend en main la cause de la vérité et de la justice, on suscite nécessairement l'inimitié des partisans de Terreur et des complices de l'iniquité ; enfin, si l'on est trop fier et trop convaincu pour consentir au silence et à la rétractation, il faut se préparera la révocation et au martyre. Un censeur aussi hardi et aussi loyal que Gérard de Groote ne pouvait échapper à ce sort fatal. La polémique contre Barthélémy, le libertin, lui avait déjà fait des ennemis irréconciliables à Kampen et à Zwolle (2); mais, ce discours fulminant contre les
(1) Manuscrit de Bruxelles (Bibliothèque de Bourgogne), n» 1218, provient du couvent de « Rouge Vallée » dans la forêt de Soignes.
(2) Manuscrit de La Haye , fol. 173'-175' : Epwtola ad Guilhelmum Onde
focaristes, prononcé à Utrecht, souleva une véritable tempête parmi les prélats, complices de ces abus. Tandis que maître Gérard combattait à ciel ouvert et avec des armes loyales, ses adversaires minaient le terrain sous ses pas, circonvenaient par leurs intrigues le pieux Florent qui, jusque là, avait protégé son diacre-missionnaire ; et, au moment où Groote était à l'apogée de son succès, obtinrent de l'évéque un arrêté perfide qui supprimait toutes les autorisations de prédicateurs itinérants. C'était du même coup fermer la bouche à Gérard de Groote.
Le peuple, dont il était le prédicateur favori, s'indigna de cette injustice, et Gérard n'aurait eu qu'un mot à dire pour provoquer une manifestation ; mais il était trop humble et charitable pour se venger de ses délateurs par une émeute contre le clergé (1); il se retira en silence dans le village Woudrichem (près Zwolle). Ses amis, au moins, se remuèrent de tous côtés pour lui faire rendre l'autorisation de prêcher, soit dans le diocèse d'Utrecht, soit dans celui de Cologne qui était voisin. Salvavarilla, archidiacre deBrabant; et Jean, archidiacre de Campauie, plaidèrent sa cause auprès d'Urbain VI, alors trop occupé du schisme et de ses propres périls (2). Un ami inconnu écrivit même à l'évéque d'Utrecht une lettre ferme et libérale, dans laquelle il réclamait une enquête sur les causes de cette interdiction, et, si on la refusait, menaçait d'en appeler
Sente, Ghysbertum Douet Johannem de Gronde (nol54i). Ibid., fol. 136v- 137^ ; Epistola ad Wernerum {Keynkamj)), derkum Tràiectensem.
(1) Thomas à Kempis : Vita G. M. cap. ix, ad finem,
(2) iManuscrit de La Haye; fol, 139'- 140'; SalvavaiMœ Ep. ad (Jrbanum.
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