‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 27 sur 50 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les échangeait très-libéralement. Ainsi, aux yeux de Groote, ces deux facultés : la foi et la science étaient indivisibles comme la Divinité d'où elles émanent; c'est pourquoi il a, sinon inventé, du moins réhabilité cette « piété savante » (pietas litterata) qui a fait la gloire des Frères de la vie commune.

Mais le plus beau caractère de ce réveil religieux opéré par Groote, et celui qui offre le contraste le plus remarquable avec la piété sombre et formaliste de son temps, c'est qu'il était éminemment joyeux et fervent d'esprit. Cette tendance est déjà visible dans son « Allocution morale (1) » citée plus haut, mais nulle part elle n'apparaît plus éclatante que dans ses lettres à Jean Gelé, le recteur de l'école de Zwolle; écoutez plutôt : « Mon frère et très-cher ami, soyez joyeux au Seigneur; « servez le Seigneur avec joie; réjouissez-vous, je vous « lerépète, réjouissez-vous ! Repassez sans cesse cette « parole : Dieu reprend ceux quHl aime, et il flagelle ceux « qu'il reçoit en grâce. Et soyez certain que la pensée *' que vous avez conçue d'entrer dans l'ordre des frères ^< mineurs n'a pu vous être suggérée que par le Diable ; « car cet ordre n'est nullement réformé dans notre pays; « c'est pourquoi, mon cher, soyez toujours gai et joyeux; <'■ restez éloigné de tout vœu et de tout costume; je « prends sur moi et ma conscience tous vos vœux ! (2) »

Il exprime ainsi sa tendance spiritualiste dans le fragment d'une lettre inédite que nous avons eu le plaisir de retrouver dans un manuscrit de Hanovre :

(1; V. l'Appendice.

(2) Manuscrit de La Haye : N° 154S fol. 259 recto et verso. Cf. six autres lettres à Gelé, ibidem, fol. 350^-260'.

« A quoi la vision corporelle de Jésus-Christ a-t-elle « servi à Pilate et à Hérode? il n'aurait pas servi davan- « tage de porter, de voir, d'acclamer le Christ, si on ne « l'avait conçu et compris spirituellement. Bien plus si « sa présence corporelle n'eût été dérobée aux Apôtres, le « Saint-Esprit ne serait pas descendu (1). » Enfin, Gérard de Groote s'élève au plus haut degré de l'intuition mystique de l'Amour divin, lorsqu'il s'écrie dans sa lettre à Berthold ten Hâve, l'un de ses convertis :

« Prends garde d'abandonner Dieu. Si tu laisses celui « qui est tout le bien, que te restera-t-il, si non tout le « mal ? Si tu laisses celui qui est tout ce qu'il y a de « beau, de riche, de noble, de vrai, de doux, de dési- « rable et de délectable, et en qui sont tous ces biens, « que te restera-t-il, sinon tout ce qu'il y a de laid, de K repoussant, de pauvre, d'ignoble, de faux, d'amer, de « périssable et de pénible! Si toi, tu l'abandonnes. Lui, « le Créateur, ne saurait abandonner sa créature. En « effet, il faut que la créature serve son Seigneur, soit « qu'il punisse, soit qu'il récompense, soit maigre elle « à travers les peines éternelles , soit de bon gré, à tra- « vers les joies célestes (2) ! »

(1) Manuscrit de Hanovre: N^XHI, 859, fol. 111 recto. Ce fragment de lettres sans adresse, fait partie d'un groupe de six lettres de Gérard de Groote, qui avait été signalé par le docteur Pertz dans VArchiv der Gesellschaftfûrdeutshe Geschichtskunde (tomeUI, p. 637), mais qu'il était impossible de retrouver depuis. Nous avons eu la joie de le retrouver, en juillet 1877, avec l'aide du savant directeur des Archives royales de Hanovre, M. le docteur K. Bodemann. C'est un manuscrit in-4» sur papier, avec reliure en bois recouvert de parchemin. H porte sur le recto de la couverture ces mots : « Ex. Bibl. M'^arum Meibom, n» 107, » et, en dedans, « Varia de Karolo magno, aliisque regibus. Il nous paraît de la fin du xv« siècle.

(2) Manuscrit de Hanovre: fol. 118v-ll9% Ep. ad clericum quemdam nomine Bertoldum. V. à l'Appendice, ces deux lettres en latin.

Ui,

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