‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 30 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

diants pauvres, qui affluaient à l'École capitulaire de Deventer. Il avait choisi parmi eux les meilleurs calligraphes, auxquels il ne payait le prix de leur travail qu'au fur et à mesure, « afin, nous dit-on, de les obliger à venir le voir plus souvent; » et il ne les congédiait pas souvent sans leur faire partager son frugal repas, qu'il assaisonnait de bons conseils et même de bons mots.

A ces jeunes clercs vinrent se joindre des laïques de bonne volonté et des ecclésiastiques, amis des beUes lettres et de la vie intérieure. Entre ces derniers, brillait au premier rang Florent Radewyns, maître-ès-arts de l'Université de Prague, converti à Dieu par les prédications de Groote, et qui, de chanoine-prêtre à l'église de Saint-Martin d'Utrecht, était devenu volontairement simple vicaire à Saint-Lebwin de Déventer, afin de mener une vie plus intime dans la compagnie de son maître bien-aimé. C'était un homme de bon conseil, aussi riche des biens de l'esprit que de ceux du monde, aussi aff'able pour les autres qu'il était sévère à lui-même (1). Un beau jour de Tannée 1371, il vint trouver Groote et lui fit cette proposition : « Mon cher maître, quel mal « y aurait-il à ce que moi et ces copistes de bonne vo- « lonté nous missions en commun nos profits de chaque « semaine, afin de mener une vie commune ? (2) »

A quoi Gérard répondit : ^ Vie commune! vie commune!

(1) Thomas à Kempis : Vita mag. Florentii (après la Vie de maître

Gérard^.

(t) De là le nom de « Scriptores bon» voluntatis » ou de « Clerici vita) commuais » ou « C. extra religionem viventes, » qu'ils reçurent indifféremment. On les appelait aussi « Clercs réguliers de saint Jérôme » ou de saint Augustin, ou de saint Grégoire, suivant le nom du saint sous Pinvocation duquel ils avaient placé leur maison.

« jamais ces gueux de Mendiants ne souffriront cela ; « ils s'y opposeront de toutes leurs forces. » Mais,répon- « dit Florent, quel inconvénient y aurait-il à commencer? Dieu, sans doute, nous accorderait la réussite ! Alors Groote, après avoir un peu délibéré en lui-même, s'écria : « Eh Lien ! au nom de Dieu, commencez cette vie « commune. Je serai votre défenseur et protecteur fidèle, « contre tous vos adversaires » (1). C'est ainsi, dans la plus grande simplicité, mais sous le regard du Dieu tout-puissant, qu'ont commencé les plus grandes œuvres.

Aussitôt qu'il eut l'approbation du maître, Florent n'eut pas de cesse qu il n'eût trouvé un asile pour la communauté projetée; à l'exemple de Gérard qui avait cédé sa maison paternelle aux « nouvelles Béguines, » il abandonna sa demeure aux << copistes de bonne volonté, » et Gérard y joignit une autre plus petite avec un revenu de 40 florins d'or, pour entretenir les plus pauvres. Mais l'espace devint bientôt insuffisant pour le nombre croissant de clercs ; et alors plusieurs bourgeois de Deventeren reçurent chez eux, jusqu'à huit ou dix, auxquels ils procuraient la table, le logis, et même des vêtements. On reconnaît bien là l'hospitalité traditionnelle des Hollandais.

Gérard de Groote sut éviter, dans l'organisation des Frères de la vie commune, l'écueil où étaient venus se briser presque tous les réformateurs d'ordres monastiques. La première règle de la nouvelle confrérie fut de n'en avoir pas, et de ne pas prononcer de vœux solennels, d'où leur vint cette dénomination qu'on retrouve

(1) J. Buschius. Op. citât., cap. ii, < r

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