CHAPITRE V
assez souvent : Clerici extra religionem viventes. Ils n'en vivaient que plus fidèlement, à l'instar des chrétiens apostoliques, * sous la règle du Christ, c est-à-dire dans \ l'obéissance, l'absence de bien propre, la continence, « l'humilité, et par-dessus tout : la charité (1). Et cela, parce qu'ils étaient pénétrés de l'esprit de l'Évangile. Les heures de veille et de sommeil, de copie et de prière, de travail et de récréation étaient soigneusement réglées. Et ils tenaient régulièrement chaque année une assemblée générale des prêtres, clercs et laïques, délégués par les diverses maisons des Pays-Bas, pour élire le recteur de la confrérie tout entière (2).
Groote avait emprunté aux mœurs des chrétiens de la primitive Église une autre coutume, bien pervertie depuis, celle de la « confession mutuelle^ » et voici à quelle occasion. Il se trouvait un jour avec deux de ses compagnons : Florent et Jean (de Zutphen) dans une auberge, lorsqu'il leur dit : « Mes amis, si nous nous donnions mutuellement des avis sur notre conduite? >» Ils avaient accepté et, dès lors, tous les soirs, les Frères de chaque maison se rassemblaient, pour se faire des observations sur leurs défauts ; et, après avoir humblement reconnu leurs torts, ils allaient se coucher en paix (3). C'est ainsi que plus tard Calvin, par l'institution du * grabot » et
(1) J. Buschius. Op. citât., cap. ii, p. 6-8 et cap. v, p. 18-20.
(2) Alb. Mirœus. Regulœ et constitutiones clericorum in congregatwne viventium. Anti verpise, 1638 (cap. m, p. 144).
(3) Thomas à Kempis. Vita G. M., cap. xii. Les Frères de la vie commune ne se servaient du bas allemand que pour leurs « conférences » et pour les réunions de lecture et prière. Mais entr'eux et avec leurs élèves, ils parlaient toujours latin, et l'on était mis à l'amende lorsqu'il échappait à quelqu'un de prononcer un motteutonique.
Wesley par celle des « examens de classes » sous la direction d'un « leader » ont tâché de restaurer l'austère discipline de l'âge primitif, sans tomber dans les abus de la confession « en tôte à tête. >»
Mais les deux remèdes les plus efficaces aux yeux de maître Gérard contre l'oisiveté et la propriété des biens temporels, ces deux causes capitales de la décadence des ordres monastiques, c'étaient : le travail manuel et la pauvreté commune. Jamais le diacre de Deventer ne sépara ces deux moyens de Réformation, parce qu'il y voyait « le chemin de la perfection, ouvert par les apôtres aux premiers chrétiens, sous la direction du Saint- Esprit lui-même, » et il déploya la même vigueur pour recommander aux Frères de la vie commune la pauvreté et le partage des fruits de leur travail, qu'il avait mise à flageller la paresse des moines mendiants et la cupidité des Béguines. Il appliqua sévèrement la prescription de saint Bernard, auquel on prêtait ce propos : « Un religieux qui possède un seul liard ne vaut pas un liard ! » et comme on avait trouvé une fois quelques florins dans la cellule d'un Frère décédé subitement, il le fit inhumer sans prières et sans aucun honneur.
Aussi, d'après les préceptes formels de leur fondateur, les Frères pratiquèrent les divers métiers manuels ; il y avait parmi eux des meuniers, des maçons, des charpentiers, des laboureurs, des boulangers, et même des brasseurs (1). Mais ils s'adonnèrent surtout à la copie, à la traduction et à la vente des manuscrits de la Bible, des Pères, des classiques grecs et latins ;
(1) îlmns à K«mpis. Ckrmkm iÊ^iniaçutianmm H J. ftndiiu^