‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 32 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

et, par eux, le nombre des ouvrages scolaires fut tellement multiplié qu'ils se vendirent à meilleur marché !

De plus, pour que l'esprit ne s'engourdît pas comme la main, par ce travail de copie trop prolongé, maître Gérard prescrivit à chacun des clercs défaire un extrait des plus belles maximes des Pères et des Saints, et môme de ses propres réflexions, et de l'inscrire sur un certain livre appelé « rapiarium, » On rapporte que luimême, joignant toujours l'exemple au précepte, « avait transcrit et publié plusieurs opuscules, composés des paroles authentiques des Saints (l)))mais nous n'avons pu les retrouver.

Ce commerce journalier avec les étudiants devait amener les Frères à s'occuper d'instruction primaire ; en efl'et, il arrivait fréquemment aux écoles capitulaires, et même aux Universités des adolescents qui ne savaient pas même lire ou écrire. C'est pour obvier à cet inconvénient que les Frères de la vie commune ouvrirent, à Zwolle, le premier « Collège de pauvres clercs (2), »» où ils enseignaient eux-mêmes la lecture et l'écriture, l'orthographe et les éléments de la grammaire latine, et tout cela gratuitement. Bientôt, à ces classes de grammaire, vinrent .s'iyoulor celles d'humanités, pour lesquelles ils s'adjoignirent des professeurs émincnts par le savoir et la piété, pour l'entretien desquels les élèves paj^aient une certaine rétribution.

Les Frères ne taisaient pas seulement les classes de

(i) Thoma» û Kempi». Vita G, M., cap. xiii. Cf. Chronicon Windes, Ub. 11, 0. Ô2i (>5 et 67. Uucuiiijc déllnillu rayiarium: <• CollecUiiiouin ift^Doé uadÉiiio npU ÉnéecuBtuf.»

(2} J. Uftiiltts AsocQsais. l'tta Thosm JfoJ(colu c*?.x; en UU de kiu édition 4^ 4Jlùivrrs( d'A. Kcdipifi.

grammaire, ils donnaient aussi des Conférences familières (1) pour les laïques du dehors, dont nous avons dit quelques mots. Ces prédications en bas-allemand avaient lieu tous les dimanches, pendant l'avent et en carême, ainsi que les jours de fête dans le reste de Tannée; elles se tenaient d'ordinaire dans les Écoles des frères, mais, si elles étaient trop petites, dans les cimetières, comme avait souvent dû faire maître Gérard, à cause de l'affluence. Prenant pour base un chapitre de TÉvangile ou des Pères de l'Église, les ^ Frères conférenciers » (collationarii)j comme on les appelait, ne faisaient pas étalage de leur érudition ou de leur esprit, mais s'efforçaient de toucher le cœur des laïques et d'y réveiller la vie religieuse. A l'issue de ces conférences, on distribuait aux auditeurs des fragments de la Bible ou des Maximes des Saints, traduits en langue vulgaire. On voit ainsi poindre chez les Frères de la vie commune au xv® siècle l'idée de nos Sociétés Bibliques et des Sociétés de livres ou traités religieux.

Les premiers Frères qui menèrent la vie commune à Deventer (depuis 1372) furent Florent Radewyns, qui en fut le véritable organisateur et directeur, tandis que Gérard de Groote en avait été Tinspirateur et le législateur; Jean de Zutphen, surnommé * Brinkerink, » le compagnon inséparable et, pour ainsi dire, le fils spirituel de Groote; Jean à Kempis, moins connu, mais non

(1) Ces conférences portaient le nom de « Collationes » Le mot de collation est dérivé d'un léger repas des moines, pendant lequel il leur était permis de conférer ou causer ensemble ; mais il arrivait souvent qu'un seul, le plus instruit, ou le plus éloquent, prenait le dé de la conversation et parlait seul à tous, d'où vint que ce terme fut employé plus tard pour désigner une allocution familière.

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