‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 34 sur 50 · DES CHANOINES RÉGULIERS DE WINDESHEIM · texte numérisé non relu

DES CHANOINES RÉGULIERS DE WINDESHEIM

Du jour OÙ Florent Radewijns avait fait la première proposition d'une association pour la vie commune, Gérard de Groote avait prévu qu'elle serait en butte aux attaques des moines mendiants. Cela ne manqua pas d'arriver; et, à peine la première maison fut-elle ouverte à Deventer, que les disciples dégénérés de Saint-Dominique les accusèrent d'ébranler l'autorité de rÉgiise romaine, en se servant de la iaiigjue vulgaire au lieu du latin, et de retomber dans les erreurs des Lollards et des Beggards. Il fallut que maître Gérard montât dans la chaire de Saint-Lebwin pour réfuter leurs accusations perfides et démontrer, à grand renfort d'arguments canoniques, tirés des bulles Clémentines, que « les copistes de bonne volonté » n'avaient rien de commun avec ces hérétiques (1).

Mais, se disant qu'après sa mort, ces ennemis acharnés de toute piété libérale reprendraient la lutte plus violemment que jamais, il jugea prudent de préparer pour ses chers disciples un refuge, et comme un bou-

(1) J. Buschius. Op. citât., cap. m.

levard en cas de persécution. Or, à celte époque, il n'y avait pas de meilleur asile qu'un monastère. D'autre part, depuis l'année 1377, il avait rendu de fréquentes visites à J. de Ruijsbroek, le mystique et vénérable prieur de Groenendal; il avait été frappé du contraste qu'offraient la pauvreté et le zèle actif, la paix et la charité de cette maison, réformée suivant la règle de saint Augustin, avec l'oisiveté, l'opulence, la discorde qui régnaient dans les autres couvents ; et le monastère de Groenendal lui api)arut comme le type céleste d'une parfaite communauté (1). Ainsi, c'est tout ensemble par sollicitude pour les « clercs de bonne volonté > et par admiration pour Ruijsbroek que Groote projeta, dans l'année 1384, la fondation d'un monastère. La mort ne lui en laissa pas le temps, mais du moins ne put-elle l'empêcher d'en jeter les bases dans l'esprit de ses amis. Gomme ils l'interrogeaient, à son lit de mort, pour savoir quelle seriùt la règle du futur monastère, celle des Chartreux ou celle des Cisterciens? maître Gérard répondit : « Ni l'une, ni l'autre; car les uns «c vivent trop à l'écart du monde, auprès duquel il im- « porte que les dévots modernes conservent un libre .< accès ; et les autres ont une règle assez pénible, mais « qui n'est pas supportable par tous nos contempo- « rains. Mais, continua-t-il, ce qu'il vous faut, c'est « rOrclre des chanoines réguliers, parce que leur règle « est plus large et mieux appropriée aux Frères de la * Vie commune. N'acceptez personne dans votre com-

(l) Thomas à Kempis. Vita G. M., cap. x et xv. Cf. Manuscrit de La Haye : n"> 15i^ fol. 135' et 160'. Gerardi Epistolœ ad Huysbroec praîposilura et priorciu iu Viridi Valle.

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