CHAPITRE VII
étaient autrefois si rares et si chers (1), baissa par suite de leur multiplication considérable et devint à la portée de la bourse des étudiants moins fortunés. Et même, comme on l'a vu, les Frères avaient coutume, à l'issue de leurs conférences, de distribuer des copies de chapitres de la Bible ou de Manmes des Saints, traduits en langue vulgaire.
D'ailleurs, il semble que les confréries de la vie commune eussent hérité de leur fondateur la passion des manuscrits. En effet, Groote avait légué à la maison de Deventer sa bibliothèque, qui abondait en manuscrits précieux, à cette condition : « qu'il y restât toujours « trois -Frères pour conserver les volumes, et pour les prêter libéralement » (2). A ce premier fonds, vinrent s'ajouter les livres de Florent Radewyns ceux de Jean de Gronde; et, au siècle suivant, elle s'enrichit encore des copies que Hégius fit faire d'ouvrages classiques à la bibliothèque de Nicolas de Cusa, en sorte que la bibliothèque de Deventer l'emportait au xv^ siècle sur toutes celles d'Allemagne et des Pays-Bas. Il s'en forma plusieurs moins riches, mais non moins utiles, auprès des écoles de la vie commune ou des couvents de chanoines réguliers, entr'autres à Windesheim, à U trecht, à Louvain, à Gouda, à Groningue.
La lumière appelle la lumière; de même qu'il suffît d'une étincelle, approchée d'une matière inflammable^ pour produire une grande flamme, ainsi ces humbles confréries de copistes, ces collèges de pauvres clercs
(1) Un certain manuscrit complet de l'Ancien et du Nouveau Testament, fut payé cinq cents florins d'or par un bourgeois d'Utrechl.
(2) Dumbar. R. D. Analecta, vol. 1. p. 9 et 11.
et ces modestes bibliothèques attirèrent un immense concours de philologues et d'humanistes. Il faut ranger parmi les premiers : Jean Celé (mort en 1417), le savant recteur de l'école de Zwolle, dont Thomas àKempis nous dit qu'il forma les plus savants des Bénédictins; Alexandre Hegius (mort en 1498), et Jacques Zintheim (mort en 1533), qui professèrent la grammaire latine à Deventer, et dont les cours étaient suivis par près d'un millier d'étudiants; et, le plus célèbre de tous, Jean Van Pauteren (Despauterius), qui professa le latin à Louvain et Bois-le-Duc (1). C'est ce dernier, mort en 1520, qui réussit à faire abandonner le « Doctrinale » ou Manuel de la langue latine d^ Alexandre à Villa Del, en vers latins, dont on se servait depuis trois siècles, mais qui était devenu tout à fait obscur et insuffisant ; et à introduire à sa place, dans les écoles, une nouvelle grammaire, une syntaxe, une prosodie, puisées aux meilleures sources de l'antiquité et qui furent en usage dans les collèges en France jusqu'au milieu du xvir' siècle. Le môme Hegius, et son illustre émule, Agrlcola, remirent en honneur le culte de la Muse latine; et ouvrirent la série de ces trois cents poètes latins auxquels les Pays-Bas ont donné naissance (2).
Mais la plus solide gloire des Conl'réries de la Vie commune, c'est d'avoir procuré à la Renaissance des humanistes, tels que : Rodolphe Agrlcola et Alexandre Hegius, Hermann Busch et Rodolphe Lange, Jean Wessel et Erasme; et d'avoir indirectement i)ar leurs travaux de
(1) Mirceus. Chronicum iUterarum, p. 336-
(2) Hofinaan Peerlkamp. Poetœ latini Neerlandici,